DISCOURS DE GENSONNÉ
Gensonné avait été l’homme important, l’homme politique de son parti à l’Assemblée législative; il était l’ami de Dumouriez et moins passionné que ses amis; il vint en aide à Vergniaud et à Brissot. Comme eux, il proclama les crimes de Louis XVI et la justice de sa condamnation ; mais son discours fut surtout une vive attaque contre Robespierre et les Jacobins.... il entra dans un détail plus positif de leurs efforts et traça un tableau animé de la situation. Les factions sont rarement exactes ou véridiques dans leurs exposés. Mais les paroles qui se prononcent dans une assemblée sont une partie essentielle de son histoire ; elles témoignent de son esprit et de ses mœurs; elles mettent en scène les opinions.
« Il n'est que trop vrai, l’amour de la liberté a aussi son hypocrisie; son culte a ses cafards, ses cagots et ses charlatans; ils caressent les préjugés et les passions du peuple, qu’ils veulent tromper. Ils se vantent avec effronterie; ils parlent sans cesse de leur zèle et de leur désintéressement. L’un se proclame l’ami du peuple, l’autre le défenseur incorruptible de ses droits; un autre offre à tous les passants le baume de la république universelle.
« La faction, que je dénonce, ne veut pas que le peuple jouisse de sa souveraineté, parce qu’elle veut l’exercer sous son nom ; elle veut dominer la Convention par la crainte, et se rendre nécessaire au peuple en usurpant ses droits. — Quel étrange despotisme nous menace?, quelle espèce de gouvernement se propose-t-on de donner à la France? pourquoi cherchent-ils à influencer les sections de Paris? H y a peu de jours que l une d’elles s’est proclamée en insurrection permanente. N’ont-ils pas applaudi à cet
DISCOURS DE CENSONNÉ.
arrêté? n’y ont-ils pas adhéré? n’a-t-on pas déclaré dans une autre, sous la religion du serment, qu’aucun républicain ne resterait sur le territoire français si Louis n’était pas envoyé au supplice, et qu’en ce eas il faudrait créer un défenseur de la république ?
« Le croiriez-vous? une adresse par eux rédigée est colportée dans toutes les sections ; on veut qu’elles déclarent que le peuple est l’auteur des atrocités de septembre. C’est ainsi que pour couvrir les brigandages d’une poignée de scélérats, ils veulent enlever au peuple de Paris jusqu'au sentiment de son honneur et jusqu’à la conscience de ses vertus.
« L’un d’eux n’a-t-il pas dit publiquement que si l’appel au peuple était adopté , le triomphe de ceux qui l’ont proposé serait la mort, et que les fédérés, avant de se rendre aux frontières, auraient à renouveler partout les horreurs de septembre ?
«Quel est celui d'entre nous, dont l’oreille n’ait pas été frappée aux abords mêmes de cette enceinte, de ce cri féroce : « A la guillotine, » prononcé contre quelques-uns de nos collègues, et toujours mêlé aux acclamations qu’on prodigue aux chefs de cette faction ?
« Ne forment-ils pas, ici même, une faction dans notre assemblée ? ne la désignent-ils pas sous le nom de la Montagne? et il semble qu’ils aient choisi cette dénomination pour rappeler ce tyran, chef des Assassins, et servi par leur dévouement fanatique à ses ordres sanguinaires.
« On se demande quels sont leurs moyens? où sont leurs trésors? où sont leurs armées? Leurs moyens, c’est l’opinion. Ils veulent s’en emparer d’une manière exclusive; ils sont aidés par leur propre orga-