AGITATION DES ESPRITS
pas écoutée; il écrivit sur-le-champ à la Convention. Elle avait déjà agréé l’hommage que l'auteur lui avait fait de son ouvrage; elle déclara par un ordre du jour motivé que l'autorité municipale n’avait pas le droitde censurer les œuvres dramatiques. Le parterre était demeuré dans la salle, attendant cette réponse, et «l'Ami des Lois » fut joué aux grands applaudissements du public.
Le lendemain, la commune maintint son arrêté, en lui donnant cette fois, pour motif, la nécessité de maintenir l’ordre public; en même temps elle censura le maire pour s’être cru autorisé par la décision de la Convention à lever la suspension qu’avait prononcée l’autorité municipale.
Les conversations dans les cafés et même dans les lues n’avaient plus de contrainte. On entendait fredonner des chansons royalistes. Target, qui s’était d’abord refusé à l’honneur de défendre le roi, craignit ensuite le blâme public dont le menaçait une opinion qu’il n’avait pas prévue. Il fit imprimer une brochure pour soutenir la cause qu’il n’avait pas voulu plaider.
D'autre part, la faction jacobine s’étonnait de cette liberté d’opinion, qu’elle avait tenue depuis quatre mois dans le silence et dans l’effroi ; se sachant la plus forte, elle s’exaspérait de jour en jour, et menaçait de recourir à ses habitudes sanguinaires. Un passant avait été dénoncé par Santerre, comme ayant insulté un gendarme de l’escorte du roi, lorsqu’il était amené à la Convention ,‘ le 26 décembre. Cet homme fut arrêté quelques jours après au faubourg Saint-Antoine,' le commissaire de police qui le conduisait ne put empêcher qu’il ne fût massacré.