‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 71 sur 137 · ARRÊT DE MORT DU ROI · texte numérisé non relu

ARRÊT DE MORT DU ROI

Dumouriez était venu à Paris; ou supposa généralement, et depuis il a assuré que son voyage et le séjour assez long qu’il y fit, avaient pour principal motif le désir do sauver le roi. — Il n’eut aucune influence; il n’entrevit pas une chance pour une entreprise quelconque à tenter par force ouverte ; il fut spectateur de l’acharnement furieux des uns, de l’incertitude des autres, de la lâcheté des honnêtes gens, des manœuvres et de la violence des révolutionnaires; mais voyant l’appareil effrayant qui entourait la Convention, entendant des menaces si voisines de l’exécution, il s’étonna que trois cent dix hommes, malgré tous les poignards dirigés sur leurs poitrines, eussent persisté dans un courageux dévouement à la justice et à l’humanité. « Oui, braves citoyens, dit-il dans ses Mémoires, vous avez eu plus de courage que je n’en ai montré et vu dans les batailles. »

Par ce quatrième appel nominal , tout était consommé. L’arrêt, ou, pour parler plus exactement, le décret fut rédigé et adopté dans les termes suivants :

« La Convention nationale déclare Louis Capet dernier roi des Français, coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d’attentat contre la sûreté générale de l’État. — La Convention nationale décrète que Louis Capet subira la peine de mort. — La Convention nationale déclare nul l’acte de Louis Capet apporté à la barre par ses conseils et qualifié d’appel à la nation du jugement contre lui rendu, défend à qui que ce soit d’y donner aucune suite, à peine d’être poursuivi et puni, comme coupable d’attentat contre la sûreté générale de la république. »

Cambacérès avait voté contre l’appel au peuple ,

ARRÊT DE MORT Dtï R04. 293

pour la mort conditionnellement, de telle sorte que sa voix n’avait pas été comptée avec les vingt-six de l’amendement de Mailhe; il venait de dire oui pour le sursis. Plusieurs fois, pendant le procès, il avait eu à prendre la parole soit au nom du comité de législation, soit comme jurisconsulte. Ce fut lui qui régla les formalités pour l’exécution.

« Citoyens, en prononçant la mort du dernier roi des Français, vous avez fait, dit-il, un acte dont la mémoire ne passera point et qui sera gravé par le burin de l’immortalité dans les fastes des nations. — Le salut public a pu seul vous prescrire cet important décret. Aujourd’hui qu’il est rendu, je viens, au nom de l’humanité , appeler votre attention sur celui qu’il va frapper. Ménageons-lui des consolations et prenons des mesures propres à empêcher que l’exécution de la volonté nationale soit entachée d’aucune souillure. Je fais en conséquence les propositions suivantes.

« 11 sera envoyé au conseil exécutif une expédition du décret qui prononce contre Louis Capet la peine de mort. ' — Le conseil exécutif sera chargé de notifier dans le jour le décret à Louis, de le faire exécuter dans les vingt-quatre heures de la notification, de prendre toutes les mesures de sûreté et de police qui lui paraîtront nécessaires. — 11 sera enjoint aux maire et officiers municipaux de Paris de laisser à Louis la liberté de communiquer avec sa famille et d’appeler, auprès de sa personne, les ministres du culte qu’il indiquera pour l’assister dans ses derniers moments. »

Ce décret fut adopté, et la séance fut levée le 20 janvier, à trois heures du matin.

Depuis le jour où le roi était venu à la Convention avec ses défenseurs pour assister au discours de M. Desèze, il s’était refusé à toute espérance. « Vous voyez, disait-il à M. de Malesherbes, que dès le premier jour je ne m’étais point trompé; ma condamnation était prononcée avant que j’eusse été entendu. »

Sa résignation était de plus en plus calme; sa patience à endurer les brutalités de ses geôliers et des commissaires de la commune avait plus de douceur encore. 11 était touché et reconnaissant lorsque , parmi ces hommes grossiers , il croyait entrevoir quelqu’un d’eux ému de pitié et de sympathie pour son sort. On continuait à le fatiguer des précautions d’une surveillance inutilement gênante. Les communications avec sa famille étaient restées interdites. 11 ne voulait pas demander que cette cruelle rigueur lui fût épargnée; il craignait lin nouveau refus, et il avait raison de ne pas compter sur le moindre sentiment d’humanité. « Dans quelques jours, disait-il, ils ne me refuseront pas cette consolation; il faut attendre. » •

Le 1" janvier il ne reçut les souhaits de bonne année que du fidèle Cléry; il chargea un municipal d’aller savoir des nouvelles de sa famille et de lui porter ses vœux pour la nouvelle année. « Quel premier jour de l’an ! *> disait-il. Ce jour-là les municipaux eux-mêmes furent émus de l’accent avec lequel il prononça ces paroles.

Ce qu’on lui racontait de cette opinion de Paris manifestée dans les théâtres, des sentiments qu’osaient montrer les honnêtes gens, du courage de quelques membres de la Convention le touchait sans

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