‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 72 sur 137 · OERNIERS JOURS OU ROI XI TEMPLE · texte numérisé non relu

OERNIERS JOURS OU ROI XI TEMPLE

lui faire la moindre illusion. Quand on lui disait que ' l’Assemblée prononcerait la détention ou le bannissement, il répondait: « Puissent-ils avoir cette modération pour ma famille; je n’ai de craintes que pour elle. »

Le 17 janvier, au soir, le roi était seul dans sa chambre; une lampe, posée sur la cheminée, répandait une faible clarté; ses coudes étaient appuyés sur la table devant laquelle il était assis, le visage couvert de ses mains. M. de Malesherbes entra. 11 arrivait de la Convention, où le décret de mort venait d’être voté. Le roi s’y attendait; il était tout préparé à cette nouvelle; il l’écouta sans aucun trouble, regarda fixement M. de Malesherbes, se leva, et lui dit : « — Depuis deux heures , je suis occupé à rechercher si, dans le cours de mon règne, j’ai pu mériter de mes sujets le plus léger reproche; eh * •

bien ! je vous le jure dans toute la vérité de mon cœur, comme un homme qui va paraître devant Dieu, j’ai constamment voulu le bonheur de mon peuple, et jamais je n’ai formé un vœu qui lui fût contraire. »

Le lendemain, lorsque ses défenseurs vinrent lui rapporter qu’ils avaient réclamé inutilement l’appel au peuple, ils lui racontèrent qu’à leur sortie de l’Assemblée un assez grand nombre de personnes s’étaient pressées autour deux, disant : « Non! non! le roi ne périra pas, ou du moins ce ne sera qu’après nous et nos amis. — Connaissez-vous, dit le roi, ceux qui vous ont parlé ainsi? Tâchez de les retrouver, et dites-leur que je ne pardonnerais pas qu’il y eut une goutte de sang versé pour moi. Je n'ai pas voulu qu’il en fût répandu, quand peut-être il aurait

pu me conserver le trône et la vie. Je ne m’en repens pas. »

D’autres pensées l’occupaient. 11 songeait au salut par delà une vie qu’il ne pouvait pas sauv er. Déjà , la veille, il avait dit à M. de Malesherbes : « Ma sœur m’a indiqué un bon prêtre, qui n’a point prêté serment, et que son obscurité pourra soustraire, dans la suite, à la persécution. Voici son adresse. Je vous prie d’aller chez lui, de le préparer à venir lorsqu’on m’aura accordé la permission de le voir. Voilà une commission un peu étrange pour un philosophe. Mais si vous souffriez autant que moi; si, comme moi, vous alliez mourir, je vous souhaiterais les mêmes sentiments de religion ; ils vous consoleraient bien mieux que la philosophie. »

Le 1 9 janvier, M. de Malesherbes revint au Temple. Deux officiers municipaux étaient dans la chambre ; ils consentirent à laisser le roi s’entretenir seul avec son défenseur, et passèrent dans un cabinet. La porte vitrée leur donnait moyen de voir sans entendre. M. de Malesherbes ne pouvait parler; sa voix était étouffée par les sanglots. Le roi le pressa dans ses bras; il cherchait à le consoler pendant que luimême restait calme et sans émotion. « La mort ne m’effraye pas, disait-il, j’ai la plus grande confiance dans la miséricorde de Dieu. »

M. de Malesherbes avait trouvé l’abbé Edgeworth et assura le roi qu’il pourrait le voir, que la permission serait accordée.

Cette douloureuse entrevue avait fini par émouvoir le roi. Sa fermeté était amollie par la douleur de M. de Malesherbes. Il le conjura de revenir le voir et de ne pas l’abandonner dans ses derniers moments.

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Cléry était aussi tout eu larmes. Lorsque le roi le vit en cet état de désespoir, une sympathique impression lui ôta pour un instant sa force et sa constance; il pâlit tout à coup. Cléry, à cette vue, était près de s’évanouir. Le roi lui prit les mains. « Allons, dit-il à voix basse, car il était regardé et écouté; allons, plus de courage! » Son visage se ranima; le calme revint; et, comme il en avait l’habitude, il se rasa lui-même.

La journée se passa ainsi. Pendant ce temps, l’Assemblée votait sur le sursis; mais le roi n'en concevait pas la moindre espérance. M. de Malesherbes lui avait donné la liste de l’appel nominal; il la parcourait et s'affligeait de trouver le nom du duc d’Orléans parmi ceux qui avaient voté sa mort. « Il est plus à plaindre que moi, ajoutait-il; ma position est triste, mais certes je ne voudrais pas changer avec lui. »

Sa pensée se portait sur sa famille. « Je ne crains point la mort; mais je ne puis envisager, sans frémir, le sort cruel que je vais lasser après moi à la reine, à mes malheureux enfants. » — Puis il songeait à la France. « Je vois le peuple, livré à l’anarchie, devenir la victime de toutes les factions, les crimes se succéder, de longues dissensions déchirer la France. » — Prenant les mains de Cléry, il ajoutait : « Oh ! mon Dieu , était-ce le prix que je devais recevoir de tous mes sacrifices? n'avais-je pas tout tenté pour assurer le bonheur des Français ? »

M. de Malesherbes ne put revenir ni le soir, ni le lendemain : la commune lui interdisait l’entrée du” Temple. On dit au roi qu’il devait adresser une demande écrite pour réclamer la présence de son défenseur; il ne lui fut pas même répondu. Laissé ainsi

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