‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 75 sur 137 · ADIEUX DU ROI A SA FAMILLE · texte numérisé non relu

ADIEUX DU ROI A SA FAMILLE

mon père bien changé; il pleura de douleur sur nous, et non par crainte de la mort; il raconta son procès à ma mère, en excusant les scélérats qui le faisaient mourir. 11 répéta qu’on avait voulu recourir aux assemblées primaires, mais que ce n’avait pas été son avis, parce que cette mesure mettrait le trouble dans l’État, il donna ensuite des instructions religieuses à mon frère, lui recommanda surtout de pardonner à ceux qui le faisaient mourir, et lui donna sa bénédiction , ainsi qu’à moi. Ma mère désirait ardemment qu’il nous fût permis de passer la nuit auprès de mon père. Il le refusa, en lui faisant sentir qu’il avait besoin de tranquillité; elle lui demanda de venir au moins le lendemain; il le lui accorda. »

A dix heures un quart, le roi se leva. La reine, les enfants et M“ Élisabeth firent quelques pas vers la porte , en poussant de douloureux gémissements. « Oui , disait le roi , je vous verrai demain à huit heures. — Vous nous le promettez, disaient-ils tous ensemble. — Oui ! — Pourquoi pas à sept heures? dit la reine. — Eh bien oui : à sept heures, répondit-il, adieu! » — Il prononça cet adieu d’un accent si expressif, que les sanglots redoublèrent , Madame royale s’évanouit aux pieds du roi. Il les serra encore sur son cœur, et s’arrachant à leurs embrassements : « Adieu! adieu!» dit-il, et il rentra dans sa chambre.

« Àh! monsieur, quelle entrevue! dit-il en rentrant à l’abbé Edgeworth ; faut-il donc que j’aime et que je sois si tendrement aimé?... Mais c’en est fait; oublions tout le reste pour ne penser qu’à l’unique affaire du salut. »

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