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ASSASSINAT DE LEPELLETIER

cimetière de la Madeleine une fosse, où la chaux vive devait consumer les restes mortels de Louis XVI.

Le récit de la mort de Lepelletier causa plus d’émotion à l’Assemblée. La veille au soir, il était à dîner chez un traiteur au Palais-Royal. Un inconnu, apprenant que c’était un représentant, lui demanda comment il avait voté. « Selon ma conscience, répondit Lepelletier, j’ai voté la mort. » Aussitôt cet homme lui plongea dans la poitrine un sabre qu’il tenait caché sous sa redingote, puis se hâta de sortir avant que les assistants se fussent mis en devoir de l'arrêter.

Cet assassin se nommait Paris; il avait servi dans la garde constitutionnelle du roi et professait ouvertement les opinions royalistes les plus exaltées. Le décret de condamnation l’avait exaspéré jusqu’à la fureur. Il cherchait une vengeance et une victime; Lepelletier lui était complètement inconnu.

A l’indignation contre ce crime et aux regrets donnés à Lepelletier, se mêlait l’inquiétude très-naturelle que pouvait inspirer cet acte de fanatisme. L’assassin n’était pas arrêté; il pouvait frapper d’autres représentants; son exemple susciterait peut-être des imitateurs. Plusieurs députés racontèrent les menaces qui leur avaient été adressées, les dangers qu’ils avaient courus, ils oubliaient que leurs collègues, qui avaient parlé ou voté autrement, s’étaient trouvés aussi exposés à des insultes, à de mauvais traitements, à des menaces de mort. La colère et l’alarme allèrent jusqu’à dénoncer comme provocateurs les représentants du parti opposé à la Montagne.

« On nous fait passer pour des Maratistes et des

panégyristes de septembre, disait Saint-André; on veut faire périr les bons citoyens sous le couteau ; on nous appelle assassins, hommes de sang!

— 11 n’y a plus rien à ménager, lorsqu’on égorge les amis du peuple. 11 y a des hommes dans l’Assemblée qui osent dire que ce n’est pas un crime, et que Lepelletier n’était pas un véritable ami du peuple, » ajoutait Amar.

Legendre et plusieurs autres demandaient le renouvellement du comité de surveillance, où les Girondins étaient en majorité. On proposait aussi des visites domiciliaires. C’était un effrayant souvenir des mesures qui avaient précédé le 2 septembre.

Barère , en approuvant cette mesure , chercha à rassurer les esprits : « A ce mot de visites domiciliaires, j’ai frémi; j’ai craint qu’elles ne devinssent le signal des vengeances particulières. 11 vous appartient de sanctifier ces mesures effrayantes pour la liberté. C’est à vous de les organiser. Je demande qu’un comité en présente le mode, afin que la justice et la confiance des citoyens y président. »

Ce discours de Barère présagea le régime qui allait être établi sur la France; il commençait à réaliser les pronostics des orateurs qui, peu de jours auparavant, annonçaient quelles seraient les conséquences nécessaires de la condamnation du roi ; elles ne tardaient pas à se manifester.

« La république, continuait l’orateur, a été décrétée le 21 septembre; elle s’est affermie ce matin à onze heures. Elle a de grands ennemis; il faut vous occuper des mesures de sûreté générale, afin de les surveiller au dedans et de faire les préparatifs néces-

saires pour les vaincre au dehors.... Quelles sont les personnes qui alarment la sûreté publique? Qui est-ce qui a commis hier un attentat horrible? Ce sont les émigrés, les stipendiés de Coblentz, les anciens esclaves du roi. Décrétez que tous les citoyens qui recèlent des émigrés seront punis de six ans de fers.... Il est un principe de tous les temps et de tous les peuples; c’est que la souveraineté du peuple a tous les droits, tous les moyens de prendre les mesures nécessaires à la sûreté générale.... L’histoire de touB les pays atteste que , dans les révolutions des empires , il n’y a pas loin du trône à l’échafaud. Ce qui vient de se passer n’est donc pas un événement si extraordinaire. Mais ce qui a droit d’accabler de surprise et de douleur, c’est de voir qu’au milieu d’un peuple libre, un scélérat est assez audacieux pour assassiner un de ses représentants. C’est là un attentat à la souveraineté nationale, un crime de lèse-nation, un odieux parricide! »

Barère proposa que la Convention tout entière assistât aux funérailles de Lepelletier, et qu’il fût enseveli au Panthéon. %

Robespierre fut de cet avis; mais le point principal de son discours fut une attaque contre Roland. Le chasser du ministère était depuis deux mois une des plus ardentes volontés des Jacobins et de Robespierre surtout. C’était enlever aux Girondins la part qu’ils avaient dans le gouvernement; si tant est que ce nom pût être donné au conseil exécutif.

Selon Robespierre, le meurtre de Lepelletier avait été provoqué par les calomnies de la presse; et comme le ministre de l’intérieur avait eu à sa disposition un crédit destiné à former l'esprit public, il convenait

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d’examiner « avec une sévérité républicaine, si les sommes dépensées avaient eu réellement ce respectable emploi. »

Pétion essaya de défendre ses amis et son parti. Robespierre venait de parler avec une certaine réserve; son attaque était détournée. Deux jours auparavant, à la tribune des Jacobins, où les ménagements n’étaient pas nécessaires, il s’était exprimé avec la plus injurieuse âcreté. C’était à cette diatribe que Pétion voulait répondre.

Il fut mainte fois interrompu, au point d’en être troublé. De vives apostrophes lui rappelèrent sa faiblesse au 2 septembre. « Il veut faire le procès aux assassins. Ce serait à lui de monter le premier sur l’écbafand, » lui disait Thuriot. t< Tu es un vil calomniateur, » criait Collot d’Herbois.

Il réussit pourtant à se faire entendre, et après quelques apologies, ou ce qui était plus facile, après des récriminations, il conclut contre les visites domiciliaires.

Danton sembla ne point s’associer aux dénonciations portées contre les Girondins; il voulait se montrer étranger à toutes les passions. « Je ne suis pas accusateur de Pétion ; il eut des torts; il peut avoir été faible. Mais je le dis avec douleur, bientôt la France ne saura plus sur qui reposer sa confiance. Quant aux attentats dont nous avons tous gémi, on aurait dû vous dire clairement que nulle puissance ne pouvait les arrêter; ils étaient la suite de cette rage révolutionnaire, qui animait tous les esprits. Ces actes étaient une suite nécessaire de la fureur d’un peuple qui n’avait jamais obtenu justice. J'adjure tous ceux qui me connaissent de dire si je suis un buveur de

sang, si je n’ai pas employé tous les moyens de conserver la paix dans le conseil exécutif. Je prends à témoin Brissot lui-même. N’ai-je pas montré une extrême déférence pour ce vieillard opiniâtre? Roland, dont je n’accuse pas les intentions , réputé scélérats tous ceux qui ne partagent point ses opinions. Je demande pour le bien de la république , qu'il ne soit plus ministre. Je m’oppose aux visites domiciliaires; mais il vous faut un comité de sûreté générale, qui jouisse de la plénitude de votre confiance. Il faut que, lorsque les deux tiers de ses membres tiendront le fil d’un complot, ils puissent se faire ouvrir les maisons.

« Le tyran n’est plus. Tournons toute notre énergie, toutes nos agitations vers la guerre. Faisons la guerre à l’Europe.... Organisez le ministère; qu’il soit immédiatement nommé par le peuple. Le ministère de la guerre est entre les mains d’un bon citoyen, mais il passe ses forces. Je ne demande pas qu’on lui ravisse ses fonctions, mais qu’elles soient partagées. »

Danton avait parlé dans un désir de conciliation. On pouvait déjà remarquer souvent en lui des signes de découragement; il voyait le chaos d’une telle situation. Pour en sortir il ne s'agissait point de prendre une détermination hardie, de frapper un grand coup; cette sorte d’habileté et de courage avait pu servir à la destruction; elle était impuissante à établir un pouvoir régulier, à remettre l’ordre dans la société. Danton perdait quelque chose de sa popularité toutes les fois qu’il essayait de retarder la marche des révolutionnaires , que lui-même avait affranchis de tout frein. Le fil lui manquait pour le guider dans ce labyrinthe de l’anarchie.

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