‹ Histoire de la Convention nationale. T. 2Chapitre 88 sur 137 · ARRESTATIONS ARBITRAIRES · texte numérisé non relu

ARRESTATIONS ARBITRAIRES

quisitoriales au projet de loi contre la provocation au meurtre que vous avez rejeté. Si vous tourmentez les citoyens, si vous les aigrissez contre la Révolution, qui payera les impôts? où trouverez-vous des hommes pour faire la guerre? Ils vous demanderont : Pourqui allons-nous nous battre? On parle d’union, et tous les citoyens se regardent avec méfiance. Personne n’ose ouvrir son cœur. Chacun craint sur un mot d être envoyé à l’Abbaye, où l’attendent les terribles souvenirs du 2 septembre. » On ne pouvait rappeler cette ddte sans exciter les murmures des Jacobins; l’orateur fut interrompu.

« Paris, continua-t-il, est plongé dans la stupeur. La douleur muette, pour nous servir d'une expression de Tacite, se promène dans les rues, et la terreur qui enchaîne l’expression de tous les sentiments, se lit gravée sur les traits de tous les citoyens. Le roi est mort: l’anarchie est-elle aux abois? les factions sontelles terrassées? l’assassin qui me poignarderait estil enchaîné? Jamais l’émigration ne fut plus active; elle devient même effrayante. Si vous voulez rassurer les bons citoyens , si vous êtes persuadés que la liberté individuelle est la base de la liberté publique, changez le nombre et la composition du comité de sûreté générale; rapportez un décret voté sous l’influence d’un événement funeste et surpris dans une séance du soir où il ne se trouvait que deux cent quatre-vingt-trois représentants. »

La discussion s’engagea sur l’arrestation du journaliste. Les passages qui furent cités à la tribune prouvent qu’à ce moment on pouvait encore, avec beaucoup de courage, se risquer à quelque liberté. « Vous ne savez donc pas, disait ce journal,

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que le comité de sûreté générale a été renouvelé, et que la liste est souillée des noms de Bazire, de Chabot et d’autres hommes de sang, qui disposent souverainement de l’honneur, des biens et de la vie des

citoyens C’est le conseil des Dix de Venise; ils

n’ont qu’à dire : Poignardez, et on poignarde. » — Ailleurs on lisait : « Saint-Fargeau a été assassiné par un homme qui lui reprochait d’avoir voté la mort de Louis XVI après avoir promis le contraire. » Et après : u La mort de Louis XVI était arrêtée depuis longtemps; elle a été prononcée pour servir l’ambition d’un seul homme. » .

Personne ne prit la défense du journaliste ; mais on remarqua que le comité n’aurait pas dû le faire arrêter et qu’il eût fallu le livrer à la justice ordinaire, selon les formes légales.

La question fut ajournée jusqu’à plus ample rapport du comité. Il fut présenté deux jours après, et Nicolle, rédacteur du « Journal français, » fut mis en liberté.

Lanjuinais insista sur le renouvellement du comité; Bazire répondit: « On peut maintenant le supprimer; il a osé faire le bien, il a balayé le Palais- Royal, ce repaire de tous les coquins. Les complices de Pâris sont arrêtés. » Or, il était de notoriété que Paris n’avait point de complices.

La Convention, en faisant mourir le roi, ne donnait donc à la France ni le calme intérieur, ni la liberté; en même temps elle -rendait la guerre plus terrible, elle provoquait de nouveaux ennemis. Les dangers d’une invasion allaient devenir plus menaçants; les sacrifices demandés à la nation ne tarderaient pas à

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ruiner son commerce et son industrie, à lui coûter sa richesse et abolir pour un quart de siècle toute prospérité : le sang de la jeunesse devait être répandu sur les champs de bataille, dans une guerre sans terme.

Dans la séance du 30 janvier, le ministre des affaires étrangères se présenta à la barre. « Le conseil exécutif vous a rendu compte des mésintelligences qui se sont élevées depuis peu entre la république française et le gouvernement britannique. Nous vous avons instruits des efforts que nous avons faits pour éviter une rupture, dont les malheurs incalculables retomberont sans doute sur ceux-là seuls qui les auront provoqués. C’est avec douleur que j’apprends à la Convention l'inutilité de nos efforts. Le faible espoir de paix qui nous restait, il y a quelques jours, s’est évanoui. Sa Majesté britannique a pris occasion de la juste rigueur exercée sur le dernier de nos rois pour faire éclater la rupture. La mort nécessaire d’un tyran étranger a été pour les Anglais le signal d’un deuil extraordinaire et d’une insulte que rien ne peut pallier. A peine la nouvelle de la mort de Louis futelle arrivée à Londres que le ministre de la république reçut l’ordre suivant: « Sa Majesté britannique « a bien voulu ordonner que M. Chauvelin, qu’elle « a reçu au mois de mai en qualité de ministre de « Sa Majesté très-chrétienne, sorte du royaume, avant « le 1* février prochain. »

« Si quelque chose peut adoucir le sentiment d’indignation qu’une pareille conduite a inspiré au conseil exécutif, c’est la pensée que la nation française soutiendra son indépendance sur mer avec autant de succès que sur terre. »

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Le comité de défense générale s'était concerté d’avance avec le ministre; Fonfrède monta aussitôt à la tribune au nom de ce comité pour proposer le décret suivant :

« La Convention nationale, après avoir entendu la lecture des notes communiquées par le ministre des affaires étrangères sur la conduite du gouvernement anglais et sur les outrages faits à l’ambassadeur de la république, renvoie toutes ces pièces au comité pour lui présenter un rapport sous deux jours. — Le conseil exécutif est autorisé à prendre sur-le-champ toutes les mesures et les précautions que l’intérêt de l’État exige. «

Le décret fut adopté sans nulle discussion. Le sentiment de dignité nationale imposa, dans ce premier moment, à l’Assemblée une contenance calme et silencieuse.

Brissot présenta le rapport; jusque-là il avait été, sans contestation , chargé de toutes les questions diplomatiques; il semblait appelé à professer sur ces matières. C’était lui surtout qui avait voulu la guerre avec les puissances du continent, non-seulement pour créer au gouvernement du roi des embarras et des périls, où il devait succomber; mais aussi dans l’espoir que les despotes étrangers, abandonnés par l’opinion de leurs sujets, se trouveraient sans défense contre les armées de la liberté, et seraient bientôt victimes des révolutions. Écrivain abstrait et déclamatoire , il avait jeté son pays dans les hasards d’une guerre indéfinie, sur la présomptueuse assurance que lui donnait une vue conjecturale de l’avenir. Étranger à la pratique des affaires, il ignorait que la vraie politique consiste avant tout à s’occuper des circon- II. 22

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