DÉCLARATION DE CDERHE A I.' ANGLETERRE
stances actuelles et des observations positives. La perspicacité peut devenir une cause d’erreur dans la conduite, quand, regardant par delà le présent, elle oublie de le mettre en ligne de compte. De là tant d’illusions des hommes révolutionnaires, tant de malheurs où ils ont précipité le pays.
Brissot s’était mépris sur l’Angleterre, comme sur le continent; il savait, par les historiens, que l’Angleterre avait eu une révolution, qu’elle avait mis un roi à mort, et en avait chassé un autre; il avait lu dans Delolme qu’elle avait une constitution. Il en déduisait que l’opinion anglaise devait être favorable à la France révolutionnaire, et que cette opinion, grâce à la forme parlementaire, imposerait au gouvernement une alliance avec la république, ou tout au moins la neutralité.
Dans cette idée, les hommes politiques de la Gironde et les amis qu’ils avaient dans le conseil exécutif, Lebrun, Garat, Roland et Clavière, avaient tenté des négociations secrètes avec le ministère anglais. M. de Talleyrand était retourné à Londres au commencement de septembre ; M. Maret , alors premier commis aux affaires étrangères, y fit quelques voyages, et M. Pitt voulut le voir. Il prévoyait déjà que le roi ne pourrait être sauvé et que la France serait entraînée aux extrémités d’une révolution anarchique. Ainsi, il se préparait à la guerre et s’occupait à faire cesser les dissentiments des puissances coalisées et les méfiances qui paralysaient l’action de leurs armées. Toutefois, il s'épouvantait de ce que serait une telle guerre, des sacrifices qu’elle coûterait à l’Angleterre, de l’état où elle pourrait mettre l’Europe, de sa durée, de l'impossibilité de la paix avec
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la France révolutionnaire. Ainsi, il ne repoussait pas les espérances que cherchaient à lui donner les agents français et les écoutait volontiers. En même temps Dumouriez négociait dans le même sens par l’intermédiaire de Maulde son ami, ministre de France à la Haye, et de lord Aukland, ministre d’Angleterre à la même cour.
Mais le maintien de la neutralité avait pour conditions évidentes que la vie du roi serait respectée, et que la lutte des partis dans le sein de la Convention laisserait entrevoir la possibilité de voir s’établir en France un gouvernement capable de raison et de durée.
L’invasion de la Belgique et la victoire de Jemmapes, sans briser complètement ces communications inoflicielles, les rendirent vaines. Elles ne furent plus sincères de part ni d’autre. Les factions révolutionnaires, en France, étaient dans une telle disposition, que le mauvais succès de la guerre les jetait dans une fureur aveugle et que le triomphe des armées de la république les exaltait jusqu’à une présomptueuse ivresse. Voici ce que Brissot écrivait à Dumouriez trois semaines après la bataille de Jemmapes : « C’est ici un combat entre la liberté et la tyrannie ; entre la vieille constitution germanique et la nôtre. Avec des pamphlets allemands et des baïonnettes tout s’arrangera.... Pas un Bourbon ne doit rester sur le trône ! Ah ! mon cher, qu’est-ce que Alberoni et Richelieu qu’on a tant vantés? Qu’est-ce que leurs projets mesquins comparés à ces soulèvements du globe, à ces grandes révolutions que nous sommes appelés à faire ? Ne nous occupons plus de ces projets d’alliance avec la Prusse, avec l’Angleterre, misérables
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échafaudages. Tout doit disparaître. « Novus rerum « nascitur ordo. » Il faut que rien ne nous arrête. J'aime à croire que la révolution de la Hollande ne s’arrêtera pas devant le fantôme de l’illuminisme *, et qu’il ne sera pas pour vous le « sta sol ! » Une opinion se répand ici : la république française ne doit avoir pour bornes que le'Rhin. »
Brissot avait donc renoncé aux ménagements qu’imposait une négociation avec le gouvernement anglais , et bien qu’il eût allégué, en faveur de l’appel au peuple et du sursis, les dangers d’une rupture avec l’Angleterre, il avait, ainsi que ses amis, prévu qu’elle allait éclater et s’y était résigné. Maintenant une illusion succédait à une autre ; il en était quitte pour raisonner sur l’Angleterre comme sur les puissances du continent. George n’était plus un roi constitutionnel, mais un despote comme les autres; « Pitt, un ministre perfide qui sacrifiait des nations entières à son ambition ; il avait corrompu l’opinion nationale; il avait réussi à empêcher le peuple anglais d’examiner avec attention la nécessité de tous les événements de notre Révolution et de reconnaître, dans le supplice de Louis, un grand acte de justice. »
Mais Brissot prétendait connaître la pensée intime de la majorité des Anglais, de « cette nation où la raison est cultivée dans toutes les classes. D’ici à peu de temps, cette guerre, qu’à force d’intrigues on a rendue populaire, sera un objet d’horreur et d’exécration. Les ministres actuels ne finiront pas leurs jours dans le sein de la tranquillité. La nation an-
• Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume 11.
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glaise fera justice de ces conspirateurs en place. » Brissot leur annonçait l’échafaud de Strafford.
Quant à la France, voilà quelle situation il lui promettait. « C’est l’Europe entière , ou plutôt ce sont tous les tyrans de l’Europe que vous avez maintenant à combattre sur terre et sur mer. 11 faut que le commerçant oublie son commerce, pour n’être plus qu’armateur ; que le capitaliste consacre enfin ses fonds à soutenir nos assignats et à subvenir au besoin de numéraire ; que le propriétaire et le laboureur renoncent à toute spéculation et portent l'abondance dans nos marchés. » Et après ces non-sens économiques, il proposait que le citoyen français, comme un soldat romain, se tînt prêt à marcher en portant ses provisions, ce qui suppléerait au vide des magasins. « 11 faut que toute la Fraace ne soit qu’un camp; il faut se préparer aux revers et s’accoutumer aux privations. L’instant approche où ce sera un crime d'avoir deux habits, si un seul de nos frères soldats est nu. »
La conclusion était une déclaration de guerre au roi d’Angleterre et au stathouder des Provinces-Unies.
11 n’y eut point de discussion, mais divers orateurs, à l’envi l’un de l’autre, dirent à peu près les mêmes choses que Brissot. On décréta que toutes les pièces seraient imprimées, et recevraient la plus grande publicité. Puis il fut débattu si la Convention ferait une adresse au peuple; les uns prétendaient qu’elle servirait à désabuser l’opinion anglaise; les autres répondaient que c’était se méprendre , que tout le peuple anglais était pour la guerre; que les commerçants faisaient des souscriptions, et que c’était une guerre nationale en Angleterre. Marat se moquait des illusions de Brissot. L’adresse fut votée dans l’espoir d’éclairer,