CONQUÊTE DE LA BELGIQUE
Hassenfratz aide-savant, homme d’un jacobinisme cynique; l’imprimeur Momoro, qui apportait dans cette coterie ses idées de loi agraire et de communisme.
Le premier effet du changement de ministre fut de retarder les envois qui avaient été réglés avec Dumouriez et de retarder les mouvements qu’il avait combinés. Pache commença par décrier tout ce qui s’était fait avant lui. Il bouleversait tout, afin d’épargner, disait-il , l’argent du peuple. Il renvoya les employés des bureaux et les peupla de Jacobins pris dans la région la plus abaissée du parti.
Dumouriez avait des forces très-supérieures à l’armée autrichienne du duc de Saxe-Teschen. Ses mouvements étaient combinés avec les corps d’armée du général Valence qui avait remplacé Arthur Dillon, et du général Beurnonville qui succédait à Kellermann. Son projet était de contraindre, par des manœuvres et sans bataille, l’armée ennemie à évacuer la Belgique. 11 lui fallut ouvrir la campagne dans les premiers jours de novembre, sans avoir reçu ni souliers, ni capotes, ni effets de campement, ni argent.
Soit par cette inexactitude de l’administration révolutionnaire, soit parce qu’il s’était trompé dans ses conjectures et dans ses calculs, Dumouriez n’avait point réussi à empêcher la jonction des armées du duc de Teschen et du général Clairfait. Dès lors l’occupation de la Belgique ne put être obtenue que par une bataille.
Elle fut donnée à Jeminapes, près de Mons, le 6 novembre. Ce fut la première victoire des armées républicaines, car Valmy n’avait été au’une canon-
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nade. Tous les corps combattirent avec ardeur et fermeté. La position de l’ennemi fut emportée , mais non sans efforts et sans perte d’hommes. Les Autrichiens perdirent treize pièces de canon et environ quatre mille hommes. Leur armée, diminuée et découragée, se retira; le territoire de la Belgique fut envahi; les places fortes se rendirent; le pays de Liège fut occupé par l’armée française; elle s’étendit jusqu’à Aix-la-Chapelle.
Ce beau triomphe des armes françaises ne changea point la position politique deDumouriez; il n’acquit pas une plus grande influence dans les affaires publiques. Ce succès , ce commencement d’une renommée militaire firent plutôt naître parmi les acteurs du drame révolutionnaire un sentiment de méfiance et d’envie. 11 ne gagna pas même l’autorité nécessaire pour établir l’exactitude et la régularité dans l’administration de la guerre. Le dénûment où l’armée était laissée , empêcha le général de tirer de la victoire de Jemmape8 toutes les conséquences qu’elle aurait pu avoir. Le lendemain de la bataille, en entrant à Mons, sa position était plus embarrassante que la veille. Sans vivres, sans munitions, sans effets d’équipement, il n’y avait pas moyen de marcher en avant.
Cependant, pressé par la nécessité, enhardi par sa victoire, Dumouriez voulut se créer une administration. 11 avait auprès de lui un homme de beaucoup d’esprit, l’abbé d’Espagnac, qui, depuis le ministère de M. de Galonné, s’était fait une réputation de financier habile, de spéculateur hardi, d’aventurier dans les grandes affaires. En ce moment, il était ad-