DÉSORDRES DE L'ADMINISTRATION MILITAIRE
par nos armées. Danton était arrivé en Belgique un peu avant ee décret, avait par ses correspondances contribué à y décider la Convention, puis s’était activement occupé à le mettre en exécution. Les biens du clergé étaient saisis; les- propriétés des émigrés confisquées; les persécutions commençaient, et parfois le ministre du 2 septembre s’étonnait avec blâme qu’on ne coupât point encore des têtes.
Dumouriez ne trouvait donc plus l’appui que Danton lui avait prêté trois mois auparavant. Les Jacobins de Paris, Marat surtout, étaient déchaînés contre lui; ils publiaient à leur tribune et dans leurs journaux qu’il était un traître et un voleur. Il ne pouvait compter sur les Girondins pour être défendu avec fermeté. En vain essayait-il de se rendre favorables les républicains sincères et naïfs; ils étaient peu nombreux et lui-même les connaissait pour ridicules. Lorsqu’il écrivait à Anacharsis Clootz une lettre intitulée : « Le général des sans-culottes à l’orateur des sans-culottes, » il y avait plus de raillerie que d’intrigue dans une telle lettre; mais certes, il n’y avait pas de dignité.
La saison était devenue rude ; l’armée était campée dans l’évêché de Liège, pays pauvre; les soldats n’avaient ni bois, ni paille; ils brûlaient les arbres des vergers et la charpente des maisons. Des bataillons entiers étaient nu-pieds. Il arrivait peu de capotes. Le comité des achats , ainsi qu’une administration centrale inexpérimentée , achetait des draps et des cuirs, qui étaient venus de Belgique à Paris , puis il les renvoyait en habits et en souliers aux lieux d’où ils étaient partis. La force des bataillons diminuait de jour en jour; les soldats déser-
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taient. Les gardes nationaux, et même quelques-uns de leurs officiers, retournaient chez eux; ils étaient justifiés et approuvés aux Jacobins par Marat et ses amis, parfois même à la Convention, llonsin envoyait des colonnes mobiles dans les villages pour y faire des réquisitions; les paysans massacraient des soldats isolés. Une guerre active comporte tous ces désordres et ces souffrances ; mais l’armée était dans ses quartiers , cantonnée dans un pays qu’on voulait rendre français. Une administration raisonnable lui aurait épargné tant de misère, et préservé les habitants de pareilles vexations.
Avant de commencer une nouvelle campagne, il fallait remédier à tant de causes qui pouvaient la rendre malheureuse; il était indispensable aussi de concerter les opérations des différentes armées, et de combiner leurs mouvements. Le général Custine, qui commandait sur le Rhin, et qui, à ce moment, plaisait mieux aux révolutionnaires que Dumouriez, n’était point d’accord avec lui. 11 importait de décider l’ensemble du plan de campagne.
Dumouriez quitta son armée et vint passer le mois de janvier à Paris. Le vainqueur de Valmy et de Jemrnapes fut obligé d’y vivre presque caché, du moins de ne se montrer dans aucun lieu public. Poursuivi de dénonciations aux Jacobins, menacé par les brigands qui le soupçonnaient avec raison de chercher des moyens pour sauver le roi, désigné à leurs poi-. gnards par Marat, il lui arriva un jour d’être poursuivi dans la rue. La maison où il se réfugia avait heureusement une double issue.
il régnait alors un tel désordre à Paris; de san-
M'MOLKiKZ A HAItlS.
glantes exécutions étaient si imminentes que Westermann alla trouver Vergniaud et lui offrit de faire, pour défendre les Girondins, ce qu’on lui proposait de faire contre eux. « J'aime mieux être assassiné qu’assassin , » répondit Vergniaud. Peu de jours auparavant, Westermann avait rencontré Marat, et lui ayant demandé raison des atroces calomnies qu’il imprimait contre Dumouriez, il termina l’explication en lui donnant des coups de bâton.
A cette époque, la Convention ne pouvait s’occuper de nulle affaire; le procès de Louis XVI absorbait toutes ses pensées : c’était un instant critique, un danger menaçant pour la nation, pour l’Assemblée, pour tous et chacun des hommes qui la composaient. Dumouriez adressa au président de la Convention quatre mémoires sur la nécessité d’annuler le décret du 15 décembre qui avait établi les lois révolutionnaires en Belgique; sur l’administration militaire et l’institution du comité des achats; sur l’organisation de l’armée; sur le plan de campagne. Une lettre ferme et hautaine accompagnait ces mémoires.
« Vous êtes les représentants de la nation dans l’ Assemblée; les soldats de la patrie sont ses représentants en face de l’ennemi. Son salut dépend de leur gloire ou de leur honte, ils ont donc le droit de vous dire la vérité et d’exiger ce qui leur est nécessaire pour agir avec succès. Toute l’Europe armée n'est pas capable de les effrayer, mais ils ont besoin de vêtements, d’armes, de chevaux et de subsistances.... J’ai combattu en Champagne avec une poignée de monde, et cette formidable armée prussienne s’est évanouie devant le courage et la persévérance dedsoldats républicains. Toutes les parties de l'admi-, ti. 23
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nistration me secondaient et je n’ai eu que des éloges à faire. La même armée vient d’enlever' la Belgique au despote autrichien; elle manque de tout parce qu’on a cassé les marchés et désorganisé l’administration. Nommez un comité pour examiner les plans de campagne, les besoins et les ressources des armées, ou si vous renvoyez ce travail au- pouvoir exécutif, choisissez des hommes en état d’ordonner. Le bureau de la guerre est devenu un club, et ce n’est pas dans un club qu’on expédie les affaires.... J’offre mes veilles, mon expérience et ma vie, je ne crains pas qu’on me soupçonne d’aspirer à la dictature ou au stathoudérat de la Belgique, quoique ces srfttises aient été imprimées par des malfaisants, plus ennemis de la république que de moi ... Si , dans la terrible crise où nous nous trouvons, la Convention ne m’accorde pas la confiance que je crois mériter, si elle prend des précautions contre moi ; si elle ne décide rien sur les mémoires que je soumets à sa sagesse, je me démettrai du généralat et je continuerai mes études sur la guerre et la politique , toujours prêt à sortir de la retraite dès qu’un gouvernement bien réglé me présentera les moyens d’être utile à mes concitoyens. »
Les mémoires de Dumouriez furent renvoyés au comité de défense générale. L’Assemblée législative avait eu un comité avec celte même attribution. La Convention venait de le rétablir et l’avait composé de dix-huit membres choisis par les comités des finances, de la guerre, de constitution et diplomatique: les Girondins s’y trouvaient en majorité.
Gensonné et Brissot y exerçaient une influence prépondérante; Danton et Lacroix y soutenaient des opi-