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PROSCRIPTION DES GÉNÉRAUX EN CHEF

mais nous excluons les gens suspects. Toutefois il faut prendre des ménagements, afin de ne pas opérer une subite désorganisation. »

Les généraux en chef ne pouvaient, comme les simples officiers , échapper à la proscription; ils étaient trop en vue pour conserver une position si importante. Leur courage , leur capacité , l’affection de leurs soldats, loin d’être une excuse aux yeux du parti dominant, étaient un motif d’inquiétude plus grave que les chances de la guerre.

« On parle de talents militaires ; l'impétuosité française et le courage des patriotes qui dirigeront nos armées y suppléeront; que les généraux nobles qui possèdent quelque talent, aillent pleurer dans les déserts de n’avoir pas été utiles à leur patrie. » Ainsi parlait Saint-André à la tribune de la Convention. On ne les envoya point dans les déserts, mais à l’échafaud.

Alexandre de Beauharnais, commandant de l’armée du Rhin, en qui le comité de salut public avait assez de confiance pour le nommer au ministère de la guerre qu’il refusa, envoya sa démission, et sa retraite ne le préserva point.

Le supplice de Custine devint le signal pour envoyer successivement au tribunal révolutionnaire tous les généraux dénoncés par l’opinion jacobine : Houchard, après la victoire de Hondschoote dont les représentants lui reprochaient de ne pas avoir profité; La Marlière , Biron , Dillon , Brunet général de l’armée des Alpes à qui Napoléon rend un honorable témoignage dans ses mémoires et qu’Albitte dénonçait à la Convention, en ces termes : « S’il était

AVANCEMENT DANS l.’ ARMÉE.

permis à un patriote d’être avide de sang humain , je voudrais me rassasier du sang de Brunet. »

Cette haine féroce contre les souvenirs de la noblesse, cette intolérance stupide et méfiante contre la moindre nuance de modération , cette responsabilité du succès imposée par ceux mêmes qui dérangeaient les moyens de l’obtenir, éteignaient, non pas le patriotisme et le dévouement des officiers distingués , mais toute ambition, toute ardeur d’avancement '. Ils craignaient de monter en grade ; ils se dérobaient autant qu’ils le pouvaient à la connaissance des représentants, dont un bien petit nombre montrait du discernement et ne se laissait pas abrutir par le fanatisme révolutionnaire. On voyait des colonels et des adjudants généraux, refuser les grades supérieurs, ou solliciter, comme faveur, de les exercer temporairement et par commission pour une opération particulière. Il fallut des instances réitérées pour faire accepter de l’avancement à Desaix, à Gouvion Saint-Cyr, à Macdonald *, à Kléber et à beaucoup d’autres.

La retraite ou la destitution des officiers nobles donna lieu à un grand mouvement dans le personnel de l’armée ’. On commença par obéir au décret de la Convention sur l’avancement. Ce n’étaient point les soldats qui élisaient leurs officiers ; mais les représentants, qui les nommaient, se conformèrent d’abord à la règle de l’ancienneté, non pas de grade, mais de service: de telle façon qu’un soldat, oublié dans les rangs , comme blanchisseur ou cordonnier de sa com-

* Mémoires du maréchal Saint-Cyr.

* Mémoires de Levasseur, de Saint-Cyr, de Kléber.

* Mémoires du maréchal Saint-Cyr.

avancement dans l'armée. 269

pagnie, se trouvait, en devenant sergent, avoir, par l'ancienneté, plus de droit que tous les autres sergents. Dans le grand vide produit par l’exclusion des nobles, des soldats vieux et incapables de servir passèrent colonels en dix jours.

Ce respect pour l’ancienneté, conséquence de l’esprit d’égalité, fut aussi consulté d’abord dans le choix des officiers généraux. Des militaires qui avaient vieilli sur les contrôles de la milice provinciale ou dans la garnison d’un fort, devenaient généraux de division, sans avoir jamais aperçu un soldat ennemi.

Une armée ainsi composée et ainsi gouvernée présentait un étonnant spectacle. Parmi cette désorganisation régnait l’ardeur du sentiment national, de la défense du pays, et aussi un désir de la gloire militaire. Une sorte de discipline volontaire suppléait à l’anarchie légale. La vaillance, la capacité du commandement, l’instinct stratégique se faisaient jour à travers la confusion de l’égalité. Des hommes dont le talent, ou même le génie, serait demeuré méconnu d’eux-mêmes, et qui tout au plus seraient parvenus péniblement au rang d’officier de fortune, se manifestaient et leur supériorité les plaçait tout à coup hors de pair. Ils franchissaient les grades ; on avait besoin d’eux , c’était leur titre à ce rapide avancement. La république subissait les malheurs du désordre, mais elle profitait de ses hasards.

Un bataillon de volontaires recruté à Paris, après le 10 août, avait été envoyé à l’armée de Custine et y était arrivé deux mois après devant Mayence; il avait commis quelques désordres. Le général aimait les soldats, recherchait leur faveur et se mettait souvent en communication avec eux; mais il était sévère et

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