‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 120 sur 138 · PROCÈS DE MADAME ROLAND · texte numérisé non relu

PROCÈS DE MADAME ROLAND

la Révolution , il entendit le roulement des tambours, releva la tête et reprit la contenance de fermeté et d’indifférence qu’il avait montrée pendant toute la route. Arrivé au pied de l’échafaud, il embrassa son confesseur, monta les degrés et se livra à l’exécuteur, disant : « Dépêchez-vous. » — Lorsqu’il fut attaché sur la planche, un valet du bourreau se mit à tirer ses bottes. « Vous ferez cela après , » dit-il de grand sang-froid. Jamais le duc d’Orléans n’avait manqué du courage qui fait risquer la vie et braver la mort. Il ignora le courage de la conscience et du caractère.

Deux jours après, M"1' Roland fut conduite au tribunal. Elle avait été mise en prison dès le 31 mai , détenue à Sainte-Pélagie , puis amenée à la Conciergerie, lorsque le comité de salut public eut résolu de lui faire suivre de près le sort de ses amis. Comme eux, elle a reçu de la mort une gloire que sa vie politique ne lui avait point méritée. Le récit de ses derniers moments transmis par des compagnons de sa captivité a rendu son nom inséparable d’une impression d’attendrissement et d’intérêt. Non -seulement elle les pénétra d’admiration , mais ils étaient sous son charme. Ce qu’elle avait de composé et de compassé dans l’esprit et la conversation, était devenu vrai et naturel dans une situation si solennelle ; les vertus qu’elle avait voulu avoir, elle les avait. Sans pouvoir renoncer à ses opinions absolues et intolérantes, en gardant ses haines implacables, elle était douce et sympathique pour les prisonniers qui n’étaient point de son parti; la dignité de ses manières exerçait autour d’elle une sorte d’autorité ; au milieu des femmes perdues auxquelles on l’avait mêlée;

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