‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 121 sur 138 · PROCÈS DR MADAME ROLAND · texte numérisé non relu

PROCÈS DR MADAME ROLAND

elle était respectée et aimée. Le son de sa voix avait une mélodie touchante. Les sentiments nobles, élevés, patriotiques qu’elle exprimait n'avaient rien de forcé; parfois elle se retirait dans sa chambre et, appuyée sur la fenêtre, elle pleurait pendant des heures entières; puis elle rassemblait ses forces, revenait se mêler aux entretiens des autres prisonniers et jouir encore des plaisirs de l’esprit, car il y avait là des prisonniers appartenant à cette aristocratie de l’intelligence, persécutée autant et plus que les autres aristocraties. La pensée de sa fille venait souvent l’émouvoir; elle avait la certitude que son mari ne lui survivrait pas. 11 semblait que tous deux se fussent réciproquement promis le suicide.

Le jour où elle devait paraître au tribunal, elle s’était habillée avec simplicité, mais avec une sorte de soin et d’élégance. Sa robe était blanche et ses cheveux descendaient sur ses épaules. Toutes les femmes de la chambrée se pressaient autour d’elle eu pleurant et prenaient sa main pour la baiser; elle rencontra sur son passage M. Bcugnot, et en souvenir de quelques controverses politiques : « Adieu , monsieur, faisons la paix; il est temps, » dit-elle, en lui serrant la main , et comme il avait les larmes aux yeux , elle ajouta : « du courage. »

Elle avait été plusieurs fois interrogée , par forme d’instruction préalable. A l’audience du tribunal, elle fut traitée avec dureté ; on lui adressa des questions outrageantes ; le bulletin du tribunal abrège ainsi le compte rendu de l’audience.

« L’accusée a dit pour sa défense qu’elle n’avait jamais eu de correspondances avec Brissot, Pétion, ni Gorsas; qu’elle avait toujours estimé Brissot et ses

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