PROCÈS DE BAILLY
et devenu leur jouet, tel qu’un homme ivre ballotté par la populace. 11 supportait tout avec une patiente gravité. 11 n’avait pas une illusion sur son sort : « 11 faut, disait-il , savoir supporter la mort en homme de bien, comme un inconvénient du métier; mais il ne faut pas rougir de regretter la vie, elle a du charme pour les âmes honnêtes. » 11 n’avait pas une espérance quelconque de trouver justice, et répondit avec calme et sincérité aux accusations qui lui étaient adressées sans raison et sans bonne foi. 11 se défendait patiemment contre des dépositions mensongères. « 11 ne faut pas, disait-il, désespérer des lois de son pays. » 11 accomplissait sa défense comme un devoir.
Le tribunal ordonna qu’il serait exécuté au Champ de Mars; que le drapeau rouge, signe de la loi martiale, serait attaché à la charrette, traînant dans la houe , puis brûlé par le bourreau.
Le président lui demanda s’il avait quelque réclamation à faire contre l'application de la peine. 11 répondit : «J’ai toujours fait exécuter la loi; je saurai m’y soumettre, puisque vous en êtes l’organe. »
11 s’inquiéta non de sou courage , mais de ses forces, et prit deux tasses de café. — «J’ai un voyage assez difficile à faire, disait-il, je veux me ranimer et m’exciter ; j’espère que j’arriverai jusqu’au bout. — « Peut-être l’accomplissement du jugement ne leur suffira point; je me persuade que la police y veillera. »
Elle y veilla peu. Le condamné était sur la charrette , les mains liées. Une autre voiture suivait portant l’instrument du supplice et la charpente de l’échafaud. Le trajet dura deux heures. Les misérables