PROCÈS DE BAILLY
stipendiés de la commune le suivaient en l’accablant d’injures et parfois en lui jetant de la boue. C'était une journée d’hiver; une pluie froide tombait sans cesse. — « Tu trembles, Bailly! » lui cria un des insulteurs. — « Mon ami , c’est de froid , » répondit-il tranquillement.
On arriva au Champ de Mare. L’échafaud fut dressé; puis « le peuple, » pour parler comme le procès-verbal du tribunal révolutionnaire, ne voulant point que cette terre sacrée fût souillée par la présence d’un si grand criminel, s’opposa à ce qu’il y fût exécuté. Alors chacun s’empressa à démonter la guillotine pour la transporter dans un des fossés qui bornent le Champ de Mars du côté de la rivière. Là on dressa l’échafaud parmi les ordures. Bailly fut alors mené dans ce fossé, après avoir ainsi assisté pendant trois heures aux apprêts de son supplice, au milieu des insultes et sans cesse menacé de violences dont ses bourreaux seuls le défendaient. On brûla le drapeau rouge devant lui en dirigeant la flamme sur son visage. La douleur lui arracha une plainte. « Vous devez être bien satisfaits, disait-il, car vous nie faites bien souffrir. » II tombait presque en défaillance; mais, recueillant ses forces , il monta d’un pas ferme sur l'échafaud , et reçut la mort comme une délivrance.
«Sa tête tomba, dit le procès-verbal, aux applaudissements des spectateurs et aux cris de « Vive la république ! »
Maintenant aucun jour ne se passait sans effusion de sang , et parmi les condamnés que leur obscurité ou l’infériorité de leur condition n’avait point garantis des vengeances politiques, il se trouvait toujours quelques noms connus. — Un député du Calva-