‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 125 sur 138 · PROCÈS DE MANUEL · texte numérisé non relu

PROCÈS DE MANUEL

dos, Cussy, fut exécuté sans jugement, comme étant hors la loi, le même jour que Gilbert de Voisins, émigré rentré et placé aussi hors la loi.

Puis vint le procès de Manuel, si récemment encore procureur de la commune, représentant du peuple, marchant en tête de la faction révolutionnaire, complice par docilité des massacres de septembre. Ils lu? furent imputés par l’accusateur public , comme complice de Pétion. Les hommes qui avaient ordonné le crime le rejetaient sur ceux qui leur avaient lâchement obéi. L’intérêt timide qu’il avait montré aux prisonniers du Temple n’aurait pas dû lui être reproché, car il n’avait ni empêché, ni même atténué la dureté insolente des geôliers.

Sa conduite pendant le procès du roi était plus répréhensible aux yeux de ceux qui avaient poursuivi avec passion la condamnation. Ce changement complet et courageux n’a jamais été expliqué avec vraisemblance. On ne trouve nulle preuve certaine que Manuel fût en intelligence avec les personnes qui auraient voulu sauver le roi. Un des défenseurs de la reine rapporta même qu’elle avait témoigné quelque crainte, en voyant Manuel appelé en témoignage dans son procès. Rien dans les interrogatoires qu’il subit devant le tribunal révolutionnaire n’éclaircit comment il avait presque soudainement pris, avec vivacité, cause pour la justice et l’humanité. Peut-être une nature mobile et sympathique prit-elle le dessus sur les opinions révolutionnaires qu’il avait jusqu’alors professées. Sa contenance ne manqua point de fermeté pendant le procès; il en eut moins après la condamnation.

PROCÈS DE GIREY-Dl'PRÉ.

Le général Houchard se défendit avec énergie. Soldat de fortune, couvert de nobles cicatrices, vainqueur dans une bataille qui avait arrêté l’invasion ennemie, il ne s’accoutumait point à la pensée d’être accusé de trahison et de s’entendre traiter de lâche par le moine défroqué qui présidait le tribunal révolutionnaire et par un représentant du peuple qui, orgueilleux et comme étonné d’avoir eu un cheval tué sous lui , prétendait donner des leçons de bravoure et de tactique à un vieux général d’avant-garde. Il pleurait de rage en répétant : « Ils m’ont appelé lâche! »’

Un ami de Brissot, Girey-Dupré, qui avait été collaborateur de son journal, fut amené de Bordeaux tout meurtri des fers dont on l’avait enchaîné. Il s’était trouvé à Caen avec les députés qui avaient tenté vainement une résistance à l’oppression. C’était un jeune homme de vingt-quatre ans, d’un esprit animé et facile, d'une âme ardente, plein de courage et de dévouement. Peu de moments avant de monter au tribunal, il chantait un couplet qu’il venait de faire sur l’air et le refrain d’un des chants patriotiques qui avaient cours à cette époque :

Martyrs de la liberté sainte ,

A l’échafaud marchons sans crainte ,

L’immortalité nous attend.

Mourons pour la patrie ,

C’est le sort le plus beau , le plus digne d’envie.

11 se présenta devant ses juges après avoir fait luimême sa toilette de condamné, le col ouvert et sa chemise rabattue. On l’interrogea sur ses relations avec Brissot. «J’ai connu Brissot, répondit-il; il a

PROCÈS DE BARNAVE

vécu comme Aristide , il est mort comme Sydney , martyr de la liberté. » On interrompit son interrogatoire , et la sentence fut prononcée.

Peu après, en vertu d’un décret d’accusation rendu par l’Assemblée législative seize mois auparavant, Barnave comparut devant le tribunal. H avait été détenu d’abord à Grenoble, puis au fort Barrault. Une évasion eût été facile; il s’y refusa : «Je pourrais émigrer si j’étais demeuré étranger aux affaires de mon pays; mais j’y ai pris une part active, et l’évidence même du danger me défend de quitter ma patrie, si malheureuse en ce moment. »

Ce sentiment d’honneur et de résignation inspira du respect à ses compagnons de la Conciergerie. Ce fougueux orateur, qui s’était jeté en avant de la révolution de 1789, qui avait semblé la pousser hors des limites justes et raisonnables, se montrait homme sage, politique profond, raisonnait avec calme et sagacité sur la politique extérieure et intérieure. Sa situation ne lui laissait aucune espérance et il raisonnait en toute liberté d’esprit. « Au témoignage d’un de ses camarades de chambrée, il avait plus appris en une année de prison que les orateurs politiques n’auraient pu faire en dix ans. »

C’est qu’il n’avait pas attendu la persécution et la tyrannie révolutionnaires pour revenir à la raison; ami de la véritable liberté, il quitta la route qui conduisait au désordre et à l’anarchie. Les mouvements populaires, qui succédèrent aux discussions où il avait soutenu d’imprudentes opinions, l’éclairèrent’.

1 Œuvres de Barnave.

PROCÈS DE BARNAVE

« Le triste succès de ces moyens et le mal-être que j’en éprouvais m’avertirent de changer. » — « Peutêtre , ajoute-t-il , ceux qui ont vécu dans les affaires publiques et qui ont connu le charme de la popularité m’excuseront-ils de lui avoir fait alors quelques sacrifices en songeant avec quelle énergie j’ai résisté depuis. »

11 pouvait honorablement reconnaître qu’il s’était trompé : en convenir était une preuve de désintéressement et de courage. Il avait aimé une révolution de liberté, et n’avait point voulu travailler par orgueil, par ambition et par envie, à une révolution d’égalité. 11 pouvait donc revenir en arrière sans rien désavouer de ses sentiments et de ses opinions. 11 avait été de bonne foi, et il l’était encore. Inhabile à l’intrigue, il s’était retiré dans sa province , et si , par habitude, la voix publique associait toujours son nom au nom de ses amis Adrien Duport et Lameth, il n’en est pas moins certain que, depuis les premiers jours de 1792, Barnave ne fut pour rien dans leurs relations avec la cour'. Il ne vit jamais la reine qu’avec eux, hormis lorsqu’il alla prendre congé en quittant Paris. 11 lui fallait la tribune et la publicité. Longtemps après lui, les fragments qu’il a laissés ont été publiés. C’est là qu’on peut voir combien l’expérience avait éclairé cet esprit accoutumé à l’étude et à la réflexion. Nul, parmi les hommes distingués de cette époque, n’a mieux reconnu et indiqué les causes et les effets nécessaires de la Révolution qui renversait le trône et bouleversait la société.

Ses amis, quand il était encore prisonnier en Dau-

' Histoire de l'Assemblée constituante, par M. Alexandre de Lametb.

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phiné, avaient essayé de le sauver en s'adressant à Danton, qui déjà avait préservé Duport. Danton répondit : « Barnave a parlé à la tribune « de ces hom- « mes qui grandissent et grossissent dans les troubles « comme les insectes dans la corruption. » Plusieurs, qui sont puissants aujourd’hui , ne lui ont point pardonné ces mots; ce sont eux que nous avons à craindre. Toutefois il fit conseiller à Barnave d écrire une lettre à la Convention.

Barnave répondit du fort Barrault : « Leur demander justice serait reconnaître la justice de leurs actes antérieurs, et ils ont fait périr le roi. J’aime mieux souffrir et mourir que de perdre une nuance de mon caractère moral et politique. » ,

Pendant qu’on le conduisait à Paris, il écrivait à Boissy d’Anglas en lui recommandant de donner à sa mère des soins et des consolations : « Quoique je regarde mon sort comme à peu près fixé d’avance, je crois devoir à moi-même de ne rien omettre pour ma défense ; et ne fût-ce que pour laisser après moi une mémoire honorable , je donnerai tous mes soins à ma justification. »

Boissy d’Anglas s'adressa à Bazire, qui avait assurément tous les titres à un grand crédit dans le gouvernement révolutionnaire. — « Je suis affligé de ce que vous me dites, répondit-il, mais je ne puis rien faire pour votre ami. J’ai moins d’influence que vous, et vous ne tarderez pas à le voir. » Le pronostic devait se réaliser bientôt.

Barnave fut amené devant le tribunal avec Duport- Dutertre, ancien ministre de la justice, compris dans le même acte d’accusation,

Le réquisitoire de Fouquier-Tinville fut d’une exm. 26

PROCÈS DE BARNAVE

trême violence. 11 avait incriminé les opinions que Brissot avait soutenues sur les colonies. Barnave avait défendu les opinions diamétralement opposées ; ce grief se trouvait dans son accusation. Elle fut si < haineuse et si mensongère que l’auditoire , tout composé qu’il pouvait être de spectateurs payés, en témoigna quelque mécontentement.

Barnave se défendit avec une fermeté fière. L’accusateur public et le président l’interrompaient souvent, mais sans le troubler, sans abattre son énergie. Le public était ému. Quelques-uns des jurés paraissaient même attendris.

Le président craignit l’impression que produisait la défense de l’accusé ; il se hâta de résumer le débat en des termes plus passionnés encore que Fouquier Tinville. 11 fit honte aux jurés de leur émotion , et réussit assez facilement à les ramener aux dispositions qui leur étaient habituelles. — Ils se retirèrent pour délibérer et peu d’instants après ils apportèrent leur déclaration.

Les accusés entendirent leur sentence sans étonnement. Quelques voix dans l’auditoire dirent i « C’est dommage. » Cette parole fut douce à Barnave, et il la répéta avec satisfaction dans sa prison.

Le lendemain les condamnés furent conduits au supplice, dans la même charrette qu’un pauvre curé et sa sœur, un horloger et un maître d’hôtel garni, tous convaincus de conspiration contre la république.

Barnave ne fut pas insulté pendant la route. Monté sur l’échafaud , il voulut parler encore uue fois à ce peuple, dont il avait été l’idole, et qui souvent l’avait couvert d’applaudissements. On lui laissa prononcer

COLLOT d’hERBOIS A LYON. 403

quelques paroles qui furent éloquentes et semblèrent écoutées avec bienveillance. — « C’est donc la récompense que je reçois de mon amour pour la liberté ! » Ce furent ses dernières paroles.

Ainsi était inauguré le gouvernement révolutionnaire; évidemment ce tribunal était son institution fondamentale. En disant que la terreur était à l’ordre du jour, les orateurs et les pétitionnaires avaient proclamé que leur république ne pouvait s’établir que par l’échafaud.

Maintenant le sang allait y couler chaque jour sans nul intervalle et en progression croissante. Nous «avons accompli un devoir en racontant les derniers moments des condamnés illustres, par où commencèrent les massacres juridiques ; le courage et la noble contenance des victimes relèvent l’honneur national souillé par les bourreaux.

Mais ce n’était pas à Paris seulement et sous les yeux de la Convention que le sang coulait « pour affermir la république , » comme disait un des chants patriotiques, qu’ou criait sous les fenêtres des prisons

Les départements, livrés à l'autorité absolue des représentants en mission, devenaient le théâtre de jugements plus informes, plus dépouillés de garanties, el d’exécutions plus sanglantes.

Collot d’Herbois était arrivé à Lyon au commencement de novembre, le jour même où Couthon allait en partir. Sa mission lui était donnée bien plutôt par

' Il faut du sang , il faut du sang ,

Pour affermir la république.

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les Jacobins, les Cordeliers et la commune, que par le comité de salut public, qui peut-être en ce moment hésitait à exercer sur la malheureuse ville de si vastes et si cruelles vengeances. Collot d’Herbois était destiné à appliquer dans toute son étendue le système d’extermination révolutionnaire. Avant de quitter Paris, il avait dit à la société des Jacobins « je reviendrai vous dire que le midi est purifié et qu’il n’y reste (jue des patriotes, ou je mourrai dans cette ville » — Lui-même fut chargé de choisir les missionnaires jacobins dont Couthon avait indiqué la nécessité.

Les mêmes hommes qui chargeaient Collot d’Herbois de cette terrible commission, lui firent donner pour collègue Fouché de Nantes, dont le nom était alors à peu près inconnu , hormis dans les départements de la Nièvre et de l’Ailier, où il avait été envoyé depuis quelques mois. Fouché, en arrivant à la Convention, s’était placé au côté droit, parmi les modérés et les Feuillants; lorsque commença le procès du roi, il se proposait de défendre ouvertement et avec courage la cause de la justice et de l’humanité. 11 l’avait ainsi annoncé à M. Daunou, son ancien confrère dans la congrégation de l’Oratoire. Bientôt après il vit où était le danger et où serait le succès. Il fit imprimer une opinion, et donna son vote pour la mort du tyran; désormais il siégea sur la Montagne.

Lorsque des représentants furent envoyés en mission dans les départements pour hâter les levées d’hommes, Fouché alla à Nevers : c’était le pays de Chaumelte. Il l'accompagna, et pendant quelques

' Séance du 8 brumaire an ii.

COLLOT D'HERBOIS A LÏOS. 405

jours ils parcoururent ensemble le département , s’attachant d’abord à abolir complètement le culte catholique. Chaumette avait une passion violente et presque fanatique contre la religion. Les églises furent fermées et dépouillées. Fouché écrivait à la Convention : « Les prêtres sont enfermés et le peuple demande, avec instance, justice de ces conspirateurs, craignant de voir échapper ces grands coupables. »

Le premier essai pour établir le culte de la raison ou de la nature, que Chaumette devait bientôt inaugurer à Paris , se lit à Nevers. Fouché , dans sa souveraine autorité, prit un arrêté, où considérant que le peuple français ne pouvait reconnaître d’autre culte que celui de la morale universelle; d’autre dogme que celui de sa souveraineté et de sa puissance, il était ordonné que tous les signes religieux qui se trouvaient sur les places, sur les maisons, et généralement dans tous les lieux publics, seraient anéantis; que le drap mortuaire, dont seraient couverts les citoyens décédés, de quelque croyance qu’ils fussent, porterait, quand on les conduirait à la sépulture commune, non plus un emblème religieux, mais la figure du sommeil; qu’au milieu de ce lieu de sépulture, d’où tout signe de religion serait proscrit, s’élèverait une statue allégorique et profane du sommeil, et qu’on écrirait sur la porte de ce cimetière: «La mort est un sommeil éternel. »

« J’ai débarrassé les autels, écrivait-il à la Convention, des monceaux d’or qui alimentaient la vanité des prêtres, et je leur ai tellement donné la chasse, qu’il n’y en a plus un dans la Nièvre. Quelques-uns s’avisent encore de jouer leurs comédies, mais les sans-culottes les surveillent, renversent tous leurs

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théâtres, et plantent sur leurs débris l’arbre immortel de la liberté. »

Le rôle de Fouché ne se bornait point à persécuter les prêtres. Toutes les mesures révolutionnaires, toutes les intentions des plus extrêmes Jacobins étaient accomplies; de sorte que les départements de la Nièvre et de l’Ailier subirent le régime des clubs , des comités révolutionnaires et de la loi des suspects, deux ou trois mois avant les départements voisins ; c’est-àdire qu’ils furent livrés aux volontés, aux fantaisies des révolutionnaires exaltés de chaque ville, de chaque district. C’était une tyrannie exercée par le voisin sur le voisin qu’il enviait ou qu’il haïssait. Le despotisme du gouvernement devenait plus vexatoire et plus cruel quand il était remis aux mains des petits tyrans de la localité. Or, c’était en leurs mains que les représentants en mission conGaient l’autorité.

Ainsi Fouché, après avoir créé à Moulins un comité révolutionnaire, composé d’hommes détestés et méprisés, lui conférait le pouvoir de prononcer, contre quiconque s'opposerait à ses arrêtés, la peine de l’exposition publique sur l’échafaud.

« Je suis étonné de votre embarras, leur écrivait-il; il vous manque du blé : organisez votre armée révolutionnaire, et mettez sur l’échafaud les fermiers et les propriétaires qui seront rebelles aux réquisitions. 11 vous manque des logements : emparez-vous des hôtels de vos suspects détenus. En un mot, marchez d’uu pas ferme et hardi à la régénération universelle. »

Tel était le compagnon que Collot d’Herbois s'était donné. Deux jours après l’arrivée de Fouché, ils écrivaient au comité de salut public. — «Nous menons nos

COLLOT u'iIERBOlS A LYON.

opérations aussi rapidement que possible ; nous avons donné aux tribunaux et commissions une marche plus vive. Hier, six coupables ont reçu la mort. Un nouveau tribunal va se mettre en activité à Feurs. La guillotine nécessaire pour consommer ses jugements est commandée et partira sans délai. La mine bâtera les démolitions. j> — a Mais les subsistances; vous ne pouvez concevoir combien cet objet fait perdre de temps. »

Le culte catholique fut interdit, comme à Nevers, avec les plus horribles profanations. Une procession, où un âne habillé en évêque, traînait dans la fange des rues la croix et l’Évangile, était en même temps destinée à solenniser la mémoire deChâlier, «.ce dieu sauveur, mort pour la république. » Fouché, à une des stations, pariait ainsi : «Martyr de la liberté, les scélérats t’ont immolé; le sang des scélérats est la seule eau lustrale qui puisse apaiser tes mânes irrités. Le sang des aristocrates te servira d’encens. »

Une commission de surveillance républicaine fut composée avec les Jacobins venus de Paris. Elle était chargée de veiller à l’exécution des ordres donnés par les représentants, de recevoir les dénonciations, de faire démolir la ville, d’envoyer des colonnes révolutionnaires dans les campagnes, de dresser les listes de proscription.

Cette commission publia aussitôt une sorte de manifeste ou d’instruction pour les comités révolutionnaires et les municipalités. C’est un des documents les plus curieux de cette époque. Il expose d’une façon précise et systématique les opinions et les projets d’avenir, sinon de la Convention et du comité de salut public, du moins des Jacobins et des Corde-

COLIOT D'ilF.RBOIS A LYON.

liers. Cette pièce fut approuvée et contrc-signée par Collot d’Herbois et Fouché.

Elle avait pour épigraphe : « Le but de la révolution est le bonheur du peuple. » La commission commençait par déclarer qu’elle prétendait seulement indiquer aux autorités patriotes le but où elles devaient tendre, mais non point leur prescrire des bornes. « Tout est permis pour ceux qui agissent dans le sens de la Révolution; il n’y a d’autre danger pour le républicain que de rester en arrière des lois de la république. Quiconque les prévient, les devance; quiconque semble outre-passer le but, souvent n’y est pas encore arrivé. » — « Le peuple est l’universalité des citoyens français; ce n’est pas cette classe privilégiée par ses richesses qui avait usurpé toutes les jouissances de la vie et tous les biens de la société ! Le peuple : c’est surtout la classe immense du pauvre qui donne des défenseurs à nos frontières, qui nourrit la société par ses travaux, qui l’embellit par ses talents, qui l’honore par ses vertus. — Ce serait une dérision insultante pour l’humanité que de parler d’égalité, lorsque des intervalles immenses de bonheur séparent l’homme de l’homme.... Ceux qui ont su saisir l’esprit de la Révolution et en favoriser les progrès, ont vu qu’elle tendait à faire disparaître les monstruosités inhumaines; si une égalité parfaite de bonheur est malheureusement impossible entre les hommes, il est du moins possible de rapprocher davantage les iutervalles. »

Puis, suivait une peinture de toutes les misères du pauvre et des délices de la richesse et du luxe, départis exclusivement aux sangsues du peuple, à des scélérats couverts d’opprobre et de dorure. « Le mépris de ces superbes poursuit le pauvre dans sa cliau-

COLLOT d’hEKBOIS A LYON.

mière; ces monstres au lieu de s’attendrir sur les maux qu’ils ont causés, les aggravent par leurs dédains, se croient déshonorés s’ils sont approchés par le malheur, et indignent de respirer le même air que le pauvre. »

«Dans ce renversement des principes, dans cette humiliation de la vertu, il fallait une révolution totale; car on ne peut tergiverser avec les principes.

« L’aristocratie bourgeoise produirait bientôt l’aristocratie financière; celle-ci eût renouvelé l’aristocratie nobiliaire, car l’homme riche ne tarde pas à se regarder comme étant d’une pâte privilégiée ; on en reviendrait au point de protéger ces usurpations par des institutions. Ainsi ressusciteraient le clergé et ses dogmes. Un autel isolé dans une république n’a point une base solide; on lui donnerait un trône pour l’appuyer. »

La commission annonçait ensuite comme conséquences inséparables de la royauté, la dîme, la corvée, la torture, les cachots.

« Pour être vraiment républicain , il faut que chaque citoyen opère en lui-même une révolution; ses principes, ses sentiments et ses actions, tout doit être nouveau . Vous êtes opprimés , il faut que vous écrasiez vos oppresseurs. Vous ne devez pas avoir d’autre culte que la liberté, d’autre morale que la nature. »

Après un tableau des devoirs, des vertus, des nobles jouissances de l’homme qui aime et qui sert une patrie libre, il lui était interdit de donner des larmes aux ennemis du peuple; « sa sensibilité doit être réservée pour les martyrs de la liberté. Quiconque a d’autres sentiments n’est pas républicain et

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