COLLOT DHERBOIS QUITTE LYON
salut public sur les horreurs ordonnées par les commissaires de la Convention. Les dragons du cinquième régiment avaient été deux fois commandés pour assister aux fusillades et pour achever les malheureux blessés. Le colonel Beaumont, indigné de l’emploi qu’on donnait à ses dragons, en parla sévèrement à Collot d'Herbois, qui le fit aussitôt mettre en prison. Le régiment se présenta en niasse devant le représentant, demandant la liberté du colonel; Collot refusa. Alors éclata une vraie sédition militaire. Un bataillon de l’Aude se joignit aux dragons et ils se rangèrent en bataille, vis-à-vis l’armée révolutionnaire que Collot avait requise. Si le combat se fût engagé, les brigands de Ronsin n’auraient pas fait une longue résistance. Tout furieux révolutionnaire que fût le général jacobin, il comprit la nécessité de céder et le colonel fut rendu à son régiment.
Dès lors une division se manifesta ouvertement entre les troupes de la garnison et l’armée révolutionnaire. C’étaient chaque jour des rixes qui souvent devenaient sanglantes. Les représentants s’en irritaient et redoublaient le nombre des condamnations et des exécutions.
Cependant la Convention, ni le comité de salut public n’avaient encore donné nulle marque d’approbation à la conduite de ses commissaires : ils envoyèrent Ronsin à Paris pour solliciter un décret solennel qui ratifiât leurs mesures et les autorisât dans toute la France. — Ronsin fut arrêté deux heures après son arrivée; Collot, surpris de cette nouvelle, quitta Lyon pour retourner au comité de. salut public.
Les horreurs insensées, qui étaient commises à Lyon
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et dans d’autres départements , inquiétaient moins l’Assemblée et les hommes politiques que l’indépendance de jour en jour plus audacieuse des agents imposés par la commune et les Cordeliers au conseil exécutif. Ils affectaient, même à Paris sous les yeux de la Convention , une sorte de pouvoir supérieur à toute autorité régulière. Les membres du comité de salut public, et peut-être Robespierre, voulurent tenter une résistance au mouvement qui les entraînait. Plielipeaux et Fabre d’Églantine, amis de Danton, commencèrent l’attaque, et le même jour on décréta l'arrestation de Ronsin, de Vincent et de Maillard; mais aucune parole ne fut prononcée contre les représentants en mission. Leur conduite ne fut pas improuvée; il ne fut pas question des mesures atroces qu’ils avaient prises; ils ne reçurent point d’instructions en sens contraire. Le comité de salut public parut songer seulement à maintenir l’autorité du gouvernement conventionnel.
Ainsi, lorsque Collot s’expliqua à la tribune des Jacobins, il n’avait point à se défendre; loin de là, il réclamait contre l’arrestation de Ronsin et se joignait à Hébert pour demander qu’il fût mis en liberté.
« 11 a rendu de grands services à la patrie; il est un ardent ami de la liberté; son caractère est bouillant; il ne sait pas composer avec les aristocrates et les modérés.
On nous a accusés d’être des anthropophages; on examine avec une attention scrupuleuse de quelle manière sont morts les contre-révolutionnaires. — Qui sont donc ces hommes qui réservent leur sensibilité pour les contre-révolutionnaires , qui ont des larmes de reste pour les cadavres des ennemis delà liberté? —
COLLOT I) I1ERB01S QUITTE LYOX.
Une goutte de sang versée des veines généreuses d’un patriote me tombe sur le cœur, mais je n’ai point de pitié pour les conspirateurs. A'ous en avons fait foudroyer deux cents d’un coup, et l’on nous en fait un crime. C’est encore une marque de notre sensibilité. Lorsqu’on guillotine vingt coupables, le dernier exécuté meurt vingt fois, tandis que deux cents conspirateurs périssent ensemble; la foudre populaire les frappe et semblable à celle du ciel , elle ne laisse que le néant et les cendres. — Les Jacobins ont toutes les vertus, ils sont compatissants, humains, généreux, mais ils réservent ces sentiments pour les patriotes qui sont leurs frères; les aristocrates ne le seront jamais. »
Ainsi, les représentants en mission et les agents qu'on leur adjoignait continuèrent à exercer leur arbitraire et horrible tyrannie. Au moment où Collot d’Herbois semblait rappelé , où Ronsin était mis en arrestation, quelque espérance était rentrée dans l’âme des Lyonnais; ils avaient pensé que la Convention ne serait plus inaccessible à la pitié. M. de Fontanes était alors à Lyon , se dérobant, dans un .asile caché, aux persécutions et à l’échafaud. 11 écrivit une pétition aussi noble et courageuse que le comportait une telle terreur. Présentée à la Convention , elle y excita quelque intérêt; elle fut renvoyée aux comités de salut public et de sûreté générale. Collot en prit occasion pour faire un long rapport sur sa mission et les mesures qu’il avait prises; il ne dit point tout, il allégua beaucoup de fausses circonstances. Au total , il s’applaudit de ce qu’il avait fait et ne renia aucun de ses actes. Après l’avoir entendu, l’assemblée décréta, comme il le demandait, que les arrêtés et