MARAT EN ACCUSATION
l’expulsion de trois cents membres de l’Assemblée. Si vous aviez le pouvoir, vous n’objecteriez pas, comme aujourd’hui Danton, que vous êtes juges et parties, vous les banniriez; et lorsque la république vous conjure de bannir vos divisions en bannissant cet homme, qui désigne ici même les victimes de sa rage, qui attise les flambeaux de la discorde; c’est donc pour lui seul que vous vous déclarez inhabiles à prononcer? »
La discussion fut fermée; les Girondins avaient été écoutés avec faveur par la majorité. Marat, voyant la disposition de l’Assemblée, désavoua l’adresse qui avait été le premier motif de l’accusation; il l’avait, disait-il, signée sans la lire comme président; il en approuvait les principes; mais il n’était pour rien dans la rédaction.
Il fut décrété que Marat serait envoyé à l’Abbaye et que le comité de législation ferait un rapport le lendemain. Par une longue lettre, Marat annonça à l’Assemblée qu’il ne voulait être ni emprisonné, ni égorgé dans une prison et qu’il se mettait à couvert des scélérats soudoyés. « Les complices de Dumouriez voulaient, disait-il, se débarrasser de lui; puis ils en viendraient à Robespierre, puis à Danton et à tous les députés énergiques. Mais lui, l’œil du peuple, allait continuer son infatigable surveillance. »
La Convention écouta la lettre et passa outre. Le rapport du comité fut présenté par Delaunay, député du parti modéré. Les Montagnards ne voulaient pas l’entendre. 11 parvint cependant à donner lecture complète de la pièce signée Marat, dont Guadet n’avait lu que les premiers paragraphes; la suite était encore plus violente.
MARAT KN ACCUSATIOX.
« Exterminons tous les conspirateurs, si nous ne voulons pas être exterminés nous-mêmes. - — Faites pleuvoir les pétitions; qu’elles manifestent le vœu formel du rappel de tous les députés infidèles qui ont trahi leur devoir en ne votant point la mort du tyran; de tels délégués ne sont que des traîtres , des royalistes ou des hommes ineptes. Ce sont eux qui forment une faction criminelle et désastreuse ; avec eux, c’en est fait de la liberté. — Le foyer de leur conspiration est à Paris; c’est le lieu où ils ont juré d’anéantir la cause sacrée de l’humanité, sur les cadavres des patriotes.— Aux armes, républicains! Volez à Paris, au quartier général de la république. Tous les moyens d’accélérer votre marche doivent être mis en usage. Si nous sommes attaqués avant votre arrivée, nous saurons combattre et mourir. Nous ne livrerons Paris que réduit en cendres. »
Les Montagnards étaient résolus à ne point abandonner Marat. Déjà la plupart d’entre eux avaient voté cette adresse à la séance des Jacobins. « Si elle est coupable, dit Dubois-Crancé, décrétez-moi d’accusation , car je l’approuve. »
Aussitôt Camille Desmoulins, David et beaucoup d’autres se levèrent en criant : « Nous voulons la signer.
— Il faut l’imprimer et l’envoyer à tous les départements, disait Granet, député jacobin. — J’appuie la proposition, répondait Vergniaud; il faut que les départements connaissent ceux qui proclament la guerre civile. »
La Plaine et les modérés de toute opinion étaient désolés de cette déclaration d’implacable guerre civile, de cet oubli des intérêts du pays. Qu'allaient penser