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d’abord servi dans les armées autrichiennes et fait la guerre contre les Turcs. Il avait été remarqué pour sa bravoure, son intelligence, par la distinction de son caractère et de son esprit. Il était d’une taille élevée, d’une figure superbe. Des protecteurs puissants s’intéressaient à lui; mais il vit que l’obscurité de sa position de famille ne devait pas lui laisser espérer une carrière et un avancement dont il se sentait digne. Il quitta le service autrichien et rentra en France; pendant six ans il exerça l’emploi d’inspecteur des bâtiments publics. La Révolution le trouva dans cette situation. Il partit comme volontaire dans un bataillon et se distingua de telle sorte que Custine, juste appréciateur du mérite militaire, lui donna un avancement rapide. Pendant le siège de Mayence, il eut occasion de montrer ce qu'il valait, et lorsque la \ille capitula, il était adjudant général. 11 fut d’abord mis en détention comme tout l’état-major de la garnison de Mayence. Appelé comme témoin dans le procès de Custine, il rendit hautement témoignage de la bravoure et do l’activité de son général; en ce moment c’était un acte de courage plus rare que d’affronter la mort dans les batailles. Lorsque les Mayençais furent envoyés dans la Vendée, Merlin et Reubell, qui connaissaient le mérite de Kléber, le firent nommer général de brigade. 11 refusa. « C’était, dit-il dans ses mémoires, un brevet pour mârcher à l’échafaud ou, ce qui était pis encore, pour languir dans une prison, le glaive suspendu sur la tête. »
Les chefs des Vendéens voyaient quels efforts allaient être dirigés contre eux et se préparaient de leur côté à une énergique défense. Leurs divers rassemblements étaient nombreux. Les gentilshommes du pays ou des
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provinces environnantes avaient de jour en jour afflué vers la rébellion; le nombre des déserteurs s’était aussi augmenté ; les paysans devenaient plus aguerris. Les décrets menaçants de la Convention exaspéraient la population et même les patriotes ; de telle sorte que les représentants et les généraux furent obligés d’expliquer que ce n’étaient point des mesures générales et qu’elles seraient appliquées seulement dans les cas de trahison ou de révolte ouverte.
La levée en masse opérée dans les départements limitrophes n’avait d’autre effet que d’exciter le mécontentement et d’accumuler autour de l’armée des rassemblements auxquels on ne pouvait pas distribuer des armes en quantité suffisante, Barère, soit pour rassurer l’opinion publique, soit pour épouvanter les ennemis, avait dit à la Convention que cette grande mesure avait produit une levée de quatre cent mille combattants. La vérité fut qu’environ cinquante mille hommes furent inutilement entassés dans les petites villes de la région limitrophe qui était alternativement envahie par les Vendéens ou l’armée de Rossignol. Ces rassemblements se dispersaient lorsque l'ennemi approchait.
Rossignol et son état-major, irrités de ne pas avoir le premier rôle dans cette guerre, essayèrent pourtant d’agir : ils se portèrent en avant du pont de Cé et de Saumur. Cette marche ne leur réussit point. L’armée éprouva des échecs successifs que Ronsin, dans sa correspondance, présentait comme des succès. Les Vendéens achetaient chèrement leurs avantages; ils imitaient le courage de leurs chefs, qui, en leur donnant l’exemple, s’exposaient sans cesse au danger. Bonchamp, La Rochejaquelein, Stofllet furent blessés.
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Un chef moins important et moins connu, M. de Piron, obtint à Coron une des plus complètes victoires qu’eussent remportées les insurgés. 11 mit en déroute toute la division de Santerrc et lui prit son artillerie.
Ce fut le dernier terme de la prospérité des Vendéens; le moment de leur ruine approchait. Désormais leur gloire allait consister dans une résistance désespérée; seulement leur détresse pouvait encore s’honorer par quelques combats victorieux.
Les Wayençais et l’armée de Canclaux avaient passé la Loire, délivré les abords de Nantes des attaques de Charette et des bandes de la basse Vendée. Ils avaient passé la Sèvre nantaise et allaient s’avancer dans le Bocage, en combinant leur mouvement d’une part avec l’armée de Saumur, d’autre part avec les divisions de Luçon et de Fontenay.
Les généraux vendéens voyaient qu’il s’agissait du sort de l’insurrection. Déjà Charette, poussé hors de son territoire accoutumé, arrivait sur les bords de la Sèvre, emmenant avec lui non-seulement ses soldats, mais la population entière, qui fuyait le fer et le feu dont elle était menacée par les décrets de la Convention. Toutes les forces vendéennes, environ quarante mille hommes, se réunirent et marchèrent aux républicains, qui s’étaient avancés de Clisson sur le village de Torfou. Ils l’emportèrent après une forte résistance; mais la retraite des Vendéens ne fut pas une fuite. Ils se rangèrent derrière les haies et les fossés, et l’affaire s’engagea de la manière la plus vive. Les Mayençais n’étaient pas encore habitués à celte manière de combattre. Bientôt, sur leurs flancs et derrière eux, ils se virent environnés de tirailleurs. « Nous sommes coupés, >i s’écrièrent quelques voix. Lesmou-
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vements ordonnés par les généraux parurent une retraite; rien ne réussit à arrêter le désordre. Les canons ne purent être emmenés et tombèrent au pouvoir des Vendéens. Des troupes fraîches arrivèrent, rallièrent les bataillons de l’avant-garde et arrêtèrent la poursuite. C'était Kléber qui commandait cette division. Il avait été blessé d'une coup de feu au commencement de l’action et n’alla se faire panser que lorsqu’elle fut terminée. Il en avait eu meilleure espérance. « On ne vit jamais, dit-il dans ses mémoires , un combat, un acharnement plus terribles. « De part et d’autre il y eut une foule d’actes héroïques. Lescure, Bonchamp, Charette et les autres chefs inspirèrent aux paysans un courage et un dévouement plus animés encore que par le passé. C’est à cette affaire deTorfou que Kléber ordonna à Chevardin , commandant des chasseurs de Saône-et-I.oire, de défendre le passage du pont de Boussay. « Tu seras tué, lui dit-il, mais tu sauveras tes camarades. — Oui, mon général, » répondit Chevardin. Ils s’embrassèrent en se disant adieu.
Le lendemain, Charette et Lescure réussirent plus complètement , en attaquant le général Beysser sur la route de Nantes à Montaigu. Puis, poussant jusqu’à Saint-Fulgent, ils forcèrent à la retraite la division du général Mieczowski. Bonchamp et d’Elbée furent moins heureux, en essayant d’enlever un convoi défendu par les Mayençais.
Il semblait que les Vendéens allaient rester maîtres de I<èur pays; mais ils n’avaient encore combattu qu’une avant-garde de l’armée de Mayence ; ils avaient profité de l’ignorance où étaient le gouvernement, les généraux et les représentants, sur le nombre, la position et les ressources des armées de
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l’insurrection. Il fallait reconnaître que de tels ennemis n’étaient point à mépriser, s’avancer avec précaution et agir avec ensemble. C’est ce qui avait été impossible avec l’armée de Saumur, où Rossignol ne se conformait pas au plan convenu et se faisait battre en détail. 11 avait même, malgré les ordres du comité de salut public, retenu une partie de la garnison de Mayence.
La querelle entre les généraux et les représentants de Saumur et de Nantes recommença. Pheli peaux écrivait au comité de salut public : « Personne ne pourra plus douter que les agents de Saumur sont dirigés par l’Autriche et l’Angleterre : au moins veulent- ils éterniser la guerre de la Vendée.... Le général Rossignol, qui, depuis un mois, annonce à la Convention de prétendues victoires obtenues par sa vigilante bravoure, tandis qu’il n'est pas sorti de son lit ou de sa baignoire , n’a dirigé dans le fait que des mouvements désastreux. L’armée de Mayence a plus fait en six jours que toutes les armées de l’Ouest en six mois. »
Les représentants de Saumur étaient obligés de convenir que les divisions dé Saumur et d’Angers étaient maintenant dans un tel étal qu’il était impossible de les faire avancer, sans s’exposer infailliblement à un nouvel échec.
Canclaux adopta donc un nouveau projet : il voulait entrer dans le Bocage par Mortagne, tandis que les divisions de Niort et de Fontenay y pénétreraient par la Châtaigneraie et Bressuire.
Le comité de salut public était trop soumis aux Jacobins pour donner tort à Ronsin, qui exerçait leur autorité dans les armées de l’Ouest. Canclaux , Grouchy et les autres généraux connus et éprouvés, furent lil. . ' 32
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suspendus; Aubert-Dubayet fut appelé à Paris; les deux armées de Nantes et de Saumur furent réunies en une seule, sous le nom de l’armée de l’Ouest, et placées sous les ordres de Lécbelle, homme obscur, récemment devenu général, et qui n’avait paru qu’un instant dans la Vendée. Rossignol fut chargé de commander l’armée des côtes de Brest, dont on détachait les divisions qui servaient sur la Loire. — En même temps, en accordant aux Jacobins les destitutions des généraux, le comité de salut public reconnut que Ronsin était l’homme funeste et dangereux. La société des Jacobins avait pour attribution d’élire les officiers de l’année révolutionnaire; elle choisit Rousin pour la commander; ce fut alors qu’il alla pratiquer à Lyon les maximes et les instructions de ceux qui lui accordaient une si juste confiance.
Par un reste de bon sens, les généraux de brigade de la garnison de Mayence conservaient leur emploi. Kléber, Ilaxo et Reaupuy étaient des hommes distingués.
Le projet de Caudaux ne fut point changé; l’exécution en était commencée avant le déplacement des généraux, et les diverses colonnes avaient suivi la route qui leur était indiquée. Kressuire avait été occupée, puis Cliâtillon, après un combat très-vif, où presque tous les chefs vendéens avaient combattu corps à corps dans la mêlée comme de simples soldats, même ceux qui étaient blessés et qui portaient leurs bras en écharpe. — De leur côté, les Mayencais avaient remporté une complète victoire sur l’armée de Ronchamp et de d’Elbée.
Ce fut à cet instant qu’arrivèrent les destitutions de tant de généraux qui venaient de rendre des ser-
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vices si importants, et qui a^ aient la confiance des soldats et des officiers. « Veut-on , disait Kléber, les punir de leurs succès? »
Léehelle n’était pas arrivé , non plus que Rossignol, qui devait, selon les ordres du comité, commander en l’attendant. Phelipeaux et Gillet prirent sur eux de confier le commandement en chef à Kléber.
Voici en quels tenues il appréciait le général en chef, à qui le gouvernement conventionnel donnait une si diflicilc mission : « Le comité de salut public annonça Léehelle comme réunissant l’audace et les talents nécessaires pour terminer celte trop longue et trop cruelle guerre. Selon le témoignage, donné sans exagération par ceux qui l’ont connu, il était le plus lâche des soldats, le plus mauvais des officiers, le plus ignorant des chefsqn’on eût jamais vus. 11 né connaissait point la carte, savait à peine écrire son nom, et ne s’était pas une seule fois approché de l’ennemi à la portée du canon. Rien ne pouvait être comparé à sa poltronnerie et à son ineptie, que son arrogance, sa brutalité et son entêtement. »
Les représentants Ifentz et Prieur de la Marne l'annonçaient par une proclamation: « Les Duinouriez et les Custine, pour voiler leur trahison , avaient signalé leurs commencements par des victoires. Leur exemple donne à la nation de justes inquiétudes, sur les hommes d’une caste qui a soulevé l’Europe contre nous et qui grossit les rangs de nos ennemis. 11 n’y en a plus à la tête de nos armées. Caudaux et Dubayet, ci-devant nobles, sont rappelés; Léehelle, homme du peuple, ancien soldat, est votre général en chef. — La guerre a formé des républicains; nous pouvons nous passer des nobles, dont la plupart sont
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<les conspirateurs. Tout a les yeux sur vous; les représentants du peuple sont là; les traîtres sont livrés à la justice. »
Léclielle, accompagné de Carrier, commissaire de la Convention , vint, le 8 octobre, prendre le commandement de l’armée. Kléber voulut lui expliquer le plan de campagne adopté par le général Canclaux : sans même jeter les yeux sur la carte dépliée sous ses yeux, il dit : « Oui, ce projet est fort de mon goût; mais c’est sur le terrain qu’il faut se montrer. H faut marcher en ordre, majestueusement et en masse. » Les généraux demeurèrent confondus de la stupidité du commandant en chef qu’on leur envoyait. Lorsqu'il se présenta aux soldats elles passa en revue, il eut le dépit d’entendre quelques voix crier : « Vive Dubayet. » Dès lors il conçut une haine implacable contre la garnison de Mayence. Kléber en conserva le commandement : il avait dix mille hommes sous ses ordres..
Les colonnes républicaines s’étaient avancées et se concentraient sur Mortagne et Cholet. Toutes les divisions de la grande armée vendéenne s’étaient aussi réunies. Un premier combat, où Lescure fut mortellement blessé, les refoula jusqu’à Cholet, où ils ne tentèrent pas de se défendre. Les républicains occupèrent la ville ; la division du général Chalbos y arriva de Chatillon. Le lendemain, 17 octobre, les Vendéens, au nombre de quarante mille hommes, revinrent attaquer Cholet. Bonchamp, d’Elbée, La Rochejaquelein, Royrand, Stofflet, étaient là avec leurs meilleurs soldats ; tous combattirent avec le courage du désespoir. Cette fois ils marchèrent en colonnes, comme L’infanterie de ligne, et chargèrent les bleus avec une telle fureur,
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qu’ils pénétrèrent jusque dans le faubourg de la ville. Le général Beaupuy fut blessé, deux fois renversé de son cheval, et peu s’en fallut qu’il ne fût pris. La victoire fut longtemps indécise; Kléber qui commandait, car il n’était pas question du général Léehelle , eut quelques moments d’inquiétude; les rebelles se ralliaient et retournaient à l’attaque après avoir été repoussés.
Cette sanglante et mémorable journée se termina à la nuit tombante. « Jamais, selon le récit de Kléber, les rebelles n’ont donné un combat si opiniâtre et si bien ordonné, mais qui leur ait été si funeste; il» combattaient comme des tigres, et nos soldats comme des lions. »
Bonchamp et d’Elbée furent grièvement blessés; des prodiges de valeur honorèrent aussi l’armée de Mayence, et la victoire fut chèrement achetée. « J’ai perdu, dans les journées du 15 et du 17 octobre, quatorze chefs de brigade , chefs de bataillon ou officiers de mon état-major dans ma seule division ; tous mes compagnons d’armes de Mayence et mes amis. »> Ainsi s’exprime Kléber dans ses Mémoires.
Les Vendéens ne furent point poursuivis dans leur retraite, qui ne fut pas une déroute ; ils purent relever et emmener leurs blessés. On pouvait croire leur armée détruite et la guerre terminée ; elle devait secontinuer avec le môme dévouement et le même courage, mais sur d’autres champs de bataille. Les chefs avaient prévu que désormais la défense du pays devenait impossible, et ils s’étaient déterminés à l’abandonner. Les dispositions étaient prises pour passer sur la rive droite de la Loire. Le prince de Talmont et M. d’Autichamp, pendant la bataille de Cholet,