PROJET DE CONSTITUTION
crétée; c’était rendre vaine la proposition de Danton. Plus qu’aucun autre il avait contribué à décider l’incorporation de la Belgique ; à la vérité pour la piller plutôt que pour l’affranchir. Maintenant- il reconnaissait que, dans le cas d’une négociation, il importait d’avoir la faculté d’en disposer. On passa à l’ordre du jour sur la proposition de Robespierre, en exprimant que les pays réunis faisaient partie intégrante de la république française.
Les Girondins obtinrent un nouveau succès auquel ils attachaient une grande importance. Dans les premiers temps de la Convention, le désir de donner à la France une constitution et de construire l’édifice de la république, avait été manifesté par tous les partis. L’opinion publique, mécontente du présent et alarmée de l’avenir, était impatiente d’obtenir une règle, des • garanties et quelque espoir de fixité. Les Jacobins voulaient constituer, ou, pour parler plus exactement, composer une société selon leurs passions ou leurs chimères; les Girondins, pleins aussi d’illusions et de présomption, se croyaient les législateurs par excellence.
L’Assemblée avait eu d’abord une entière confiance dans leur savoir et leurs talents et les avait placés en majorité dans le comité chargé de cette grande tâche. Les Jacobins se méfièrent d’avance d’une constitution qui serait l’œuvre de leurs adversaires détestés. Robespierre fut profondément offensé d’avoir été écarté de ce comité. Plus la discorde s’envenimait entre les deux partis, plus les Jacobins cherchaient à éloigner le moment où l’Assemblée entreprendrait cette discussion. Les hommes de la Montagne commençaient à
HAPP0R1 DE CONDORCET.
s’apercevoir que la France n’était pas encore préparée pour un établissement tel qu’ils le voulaient. Avant de donner des garanties à sa liberté, avant de constituer des droits aux citoyens, il leur fallait broyer, anéantir les résistances de l’ancienne société, et ne point lui fournir des armes qui seraient tournées contre la tyrannie révolutionnaire.
Ainsi pensaient les ambitieux et les meneurs de ce parti , et ils en étaient venus au point de ne s’en point cacher.
Le procès du roi n’avait point laissé la possibilité de songer à la constitution. Bientôt après , au mois de février, Condorcet, rapporteur du comité, proposa le projet de constitution, en le faisant précéder d’un long exposé de principes.
Condorcet avait souvent varié dans ses opinions; il était incontestablement attaché aux idées de liberté, aux progrès de l’esprit humain, au développement du bien-être général; mais il avait cru d’abord que le bonheur de l’humanité pouvait être l’œuvre d’un despotisme éclairé; puis il avait eu confiance en une forme de gouvernement où la division des pouvoirs donnerait une large part d'autorité à l’aristocratie; ensuite il avait mis son espérance et son ambition dans la constitution de 1791. Un amour-propre irritable et une absence presque complète de courage politique, contribuaient ainsi à le faire changer d’amis et de route. La considération dont il jouissait ne se rapportait point à son caractère, mais à sa renommée de savant et d’homme de lettres; il était le rédacteur le plus accrédité de son parti.
Ce qui était invariable en lui, c'étaient les procédés