‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 25 sur 138 · PROJET DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

PROJET DE ROBESPIERRE

il 5

jour plus vivement engagée, bien que Paris fût menacé de quelque terrible convulsion, les représentants apportaient à cet examen un véritable intérêt. Les Girondins croyaient au succès et à la durée de leur œuvre. Les Jacobins espéraient qu’un changement de situation allait bientôt rendre inutile le travail auquel se livrait l’Assemblée; mais ils saisissaient l’occasion d’exposer leurs opinions et leurs doctrines.

Robespierre proposa une déclaration des droits. 11 s’expliqua sur quelques-uns des articles de son projet. « 11 est nécessaire, dit-il, de compléter votre théorie de la propriété. Ames de boue qui n’estimez que l’or, je ne veux point toucher à vos trésors, quelque impure qu’en soit la aource. Cette loi agraire dont on a tant parlé, n’est qu’un fantôme créé par les fripons pour épouvanter les imbéciles. L'extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux et de bien des crimes; mais nous n’en sommes pas moins convaincus, que l’égalité des biens est une chimère. 11 s’agit de rendre la pauvreté honorable, et non pas de proscrire l’opulence. »

Puis il traitait d’abusive l’extension qu’avait reçue l’idée de propriété, — la possession de l’homme par l’homme , — l’esclavage ou la vassalité féodale , — le droit héréditaire des monarques. « Votre déclaration semble faite, non pour les hommes, mais pour les riches , les agioteurs et les tyrans'. » 11 arrivait ainsi à définir la propriété. Dans son système, elle était « le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi. »

En ce sens, il n’était pas logique de placer la propriété au nombre des droits de l’homme; elle dérivait

PROJE!' DE ROBESPIERRE.

non pas de la justice naturelle, mais de l’autorité de la loi ; elle était une concession révocable du souverain. Robespierre l’entendait bien ainsi. Plus tard son inimitié contre les riches devait s’exaspérer par le besoin qu’il avait de flatter les passions populaires, afin de les « colérer, « comme il le disait, contre les classes à qui la tyrannie révolutionnaire était odieuse.

Sa doctrine sur l’impôt appartenait de même à la position politique qu’il avait prise. « Les citoyens dont les revenus n’excèdent pas ce qui est nécessaire à leur subsistance ne doivent pas contribuer aux dépenses publiques. Les autres doivent les supporter progressivement selon l’étendue de leur fortune. »

Outre les amendements plus importants qu’il proposait sans les motiver, il présentait un projet de déclaration des droits complètement différent; plus tard il l’imposa presque en entier à la Convention. Dès lors il recommanda spécialement à l’attention publique les articles suivants; ils donnent une curieuse idée du degré d’absurdité où était tombé un homme, qui est maintenant représenté parfois comme raisonnable et habile. .

« Les hommes de tous les pays sont frères et les différents peuples doivent s’entr’ aider, selon leur pouvoir, comme les citoyens d’un même État. Celui qui opprime une nation se déclare l’ennemi de toutes. — -Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des brigands et des assassins.— Les rois, les aristocrates et les tyrans, quels qu’ils soient, sont des esclaves révoltés contre le sou-

Page 1