DISCOURS DE SA1NT-JUST
ve t'ait) de la terre, qui est le genre humain et contre le législateur de l’univers, qui est la nature. »
Les tribunes publiques étaient garnies de spectateurs pour applaudir ces tristes folies.
Saint-Just prononça un discours où se succédaient des paragraphes brefs et visant à l’effet; il s’était pris de goût pour la forme extérieure du style de Montesquieu et cherchait à l’imiter, mais souvent ses phrases concises n’en étaient pas moins vides et vagues. 11 n’apporta, dans cette question générale, aucune passion de parti; de sorte qu’il tombait dans de continuelles contradictions. L’intention générale de ce discours était de représenter la république et le nouvel ordre social comme un futur âge d’or où le peuple n’aurait d’autres lois que ses vertus, où tout gouvernement serait superflu, hormis pour le représenter dans les relations extérieures.
« Ce sont les gouvernements qui ont corrompu le peuple en substituant à la vie sociale la vie politique essentiellement usurpatrice et tyrannique. « En même temps il demandait un gouvernement vigoureux. Quelques lignes plus loin, il disait : « Le Français est facile à gouverner. 11 lui faut une. constitution douce. Ce peuple est vif; il est propre à la démocratie, mais il se lasse de l’embarras des affaires publiques. Il doit être régi sans faiblesse mais sans contrainte. — L’ordre ne résulte pas de la force; les lois ne repoussent que le mal; l’innocence et la vertu sont indépendantes sur la terre. — Lorsqu’une révolution change un peuple toutâcoup, il faut le prendre tel qu’il est; en essayant de le réformer, il faut se ployer à ses faiblesses; il ne faut pas faire qu’il convienne aux lois, mais faire en