OPINIONS DE ROBESPIERRE
l’organisation sociale, les promesses de vertu et de bonheur prodiguées à une nation en proie au désordre, à la ruine, aux terreurs du présent et de l’avenir, n’en poursuivaient pas moins leur cours imperturbable.
Robespierre puisait , sans jamais la tarir, dans cette source d’éloquence. 11 avait la verve des lieux communs. Ses discours se résumaient presque tous en une adoration du peuple, c’est-à-dire de la multitude; car il n’admettait jamais que les classes intéressées à l’ordre public fissent vraiment partie de la nation.
« Les maux de la société ne viennent jamais du peuple, mais du gouvernement. — La misère des citoyens est le crime des gouvernants. — Le pouvoir et l’opulence enfantent les vices; la médiocrité et le travail sont les gardiens de la vertu. — Fondez votre constitution sur cette maxime incontestable : le peuple est bon, ses délégués sont corruptibles. — C’est dans la vertu et la souveraineté du peuple qu’il faut chercher un préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement. — L’équilibre des pouvoirs amène nécessairement une ligue des pouvoirs rivaux contre lo peuple. — La défense de sa cause ne doit pas être confiée à des tribuns; cette institution suppose l’esclavage du peuple. — Je n’aime pas que le peuple se retire sur le mont Sacré; je veux qu’il reste à Rome et qu’il enchaîne les patriciens. — 11 n’y a qu’un seul tribun que je puisse avouer, c’est le peuple lui-même. »
Cette série d’adulations se terminait à dire que la durée des magistratures devait être courte ; que nul ne pouvait exercer deux magistratures; qu’il fallait multiplier les fonctionnaires publics plutôt que de leur confier une autorité trop grande; que les diverses