LEVÉE D HOMMES A PARIS
grand, mieux la propriété du capital est garantie contre l’envahissement des ennemis. »
Ce que Danton voulait, c’était l’application de cette mesure à Paris. « Paris a un luxe et des richesses considérables. Le décret pressera cette éponge en faisant un appel aux capitalistes; Paris donnera le moyen d’ étouffer les troubles de la Vendée. A tout prix nous devons les étouffer. Il faut diriger Paris sur la Vendée; cette mesure prise , les rebelles se dissiperont. Si le foyer des discordes civiles est éteint, on nous demandera la paix, et nous ln ferons honorablement. »
Sur la proposition de Danton, il fut décrété à l’unanimité que vingt-cinq mille hommes pris sur les levées, que voteraient les départements, seraient dirigés sur la Vendée. .
Le conseil général de la commune de Paris se hâta d’ordonner une levée de douze mille hommes. La désignation était confiée à six membres du comité révolutionnaire de chaque section. On indiquait spécialement à leur choix, les clercs de notaires et d’avoués , les commis non mariés, employés dans les bureaux, chez les banquiers, négociants ou marchands, les garçous de cafés ou de restaurateurs.
Ce recrutement devait être exécuté dans les trois jours; mais la jeunesse, que la municipalité voulait envoyer dans la Vendée, n’aVait point l’ardeur patriotique ou la docilité sur laquelle on avait compté. « On ne peut se dissimuler, disaient à la Convention les administrateurs du département, que cette levée d'hommes éprouve des contradictions. Le mode déterminé par la municipalité n’a pas été accepté par la majorité des sections; on a trop compté
LEVÉE d'iIOMMES A PARIS.
sur le zèle des citoyens. Les sections sont inondées de gens aimant peu la Révolution. Plusieurs d’entre elles ont pris des mesures dictées par les modérés et les aristocrates. »
La colère était vive aux Jacobins contre les garçons
limonadiers. On disait qu’ils étaient infectés d’aristocratie; on demandait que, comme à Montpellier, le recrutement fût forcé. Le conseil général invitait les membres de la société à se rendre dans les sections pour déconcerter les malveillants. Les épiciers et les clercs d’avoués formaient des rassemblements qui criaient : « A bas les Jacobins! A bas la Montagne! »
Marat disait qu’il fallait bien se garder de les envoyer dans la Vendée, parce qu’ils corrompraient l’esprit public; il déclarait que les épiciers, les clercs, les hommes riches étaient indignes d’entrer dans les bataillons; il voulait qu’on désarmât les riches, dûton ne pas leur laisser un couteau de table, qu’on levât sur eux des contributions de guerre; qu’on les rendît sans-culottes eu les déshabillant, et qu’alors les sansculottes devinssent propriétaires à leur place, t
Les classes moyennes, déjà atteintes dans leur aisance par la législation révolutionnaire , se voyaient maintenant soumises à un recrutement arbitraire. Leur mécontentement devenait de plus en plus prononcé. Un rassemblement de plusieurs centaines de jeunes gens se forma aux Champs-Elysées; ils étaient sans armes et se dispersèrent devant quelques patrouilles ; mais ils crièrent beaucoup contre les Jacobins. On en arrêta plusieurs.
La résistance prit une forme plus régulière. Quelques sections vinrent protester devant la Convention, non contre le recrutement, mais contre le mode arbi-