‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 39 sur 138 · EMPRUNT FORCÉ · texte numérisé non relu

EMPRUNT FORCÉ

quand la liberté sera établie , on te rendra tes capitaux. »

Il proposait que les reconnaissances d’emprunt forcé fussent admises en payement de biens nationaux; en même temps il assurait que la valeur des assignats serait relevée par les versements que les prêteurs allaient faire. Le grand financier de la Convention croyait, ou disait, qu’on augmentait le crédit d’un papier-monnaie, en diminuant le gage qui lui est affecté. On n’était guère en situation de discuter sur le principe de l’emprunt forcé ou de l’impôt progressif; mais la question politique fut surtout agitée. Lanjuinais démontra qu’il ne fallait point taxer les opinions, mais les fortunes; dire que les riches payeront et que les sans-culottes ne payeront pas, capter ainsi les applaudissements de la multitude, c’était établir d’odieuses distinctions. 11 lui fut répondu qu’un emprunt forcé sur les riches était une victoire remportée sur la contre-révolution.

Barbaroux essaya vainement de parler contre tout emprunt forcé; il lui fut impossible de se faire entendre , tant les tribunes publiques devinrent bruyantes et injurieuses. Les clameurs étaient surtout poussées par des femmes. Elles venaient de ce club de républicaines, annexe des Jacobins. Peu de jours auparavant elles avaient proposé d’envoyer à l’armée tous les hommes de dix-huit à cinquante ans , et de confier le maintien de l’ordre public à des compagnies d’amazones recrutées parmi les femmes de sans-culottes. Elles avaient parlé en mauvais termes des femmes des représentants , qui ne feraient pas le sacrifice d’une épingle pour la république.

« Les tribunes de la Convention ne devraient pas,

AGITATION DE PABIS.

disait Buzot, appartenir à quelques femmes forcenées, avides de meurtres et de sang, qui puisent les principes les plus féroces dans des sociétés dépravées. »

Bentabolle appelait toute objection présentée contre l’emprunt forcé, une conspiration en faveur des aristocrates et des riches. Marat disait aux Girondins ; « Vous vous plaignez sans cesse du peuple des tribunes et vous n’avez pas encore reçu une égratignure. » On se traitait réciproquement de monstres et d'assassins.

La discussion ne portait plus sur l’emprunt forcé, mais sur les désordres provoqués par la commune , les sections et les Jacobins, sur les menaces adressées à la Convention.

Le trouble se répandait dans les sections : elles étaient en proie à la discorde; leurs assemblées n’étaient plus que des réunions confuses : tantôt les élections étaient faites ou les adresses votées par une minorité installée dans la salle, sans convocation régulière, à une heure qui n’avait pas été indiquée; tantôt c’était parla violence qu’un parti écartait l’autre. En ce moment les modérés étaient sortis de leur inertie accoutumée ; se voyant menacés , ils tentaient quelques courageux efforts : c’était ainsi qu’à la section Bon-Conseil ils avaient conquis la majorité, en chassantà coups de bâton leurs adversaires.

La section des Champs-Elysées vint conjurer l’Assemblée de faire cesser l’anarchie , de renvoyer les monstres désorganisateurs dans leurs souterrains , et d’ordonner que la sûreté des personnes et des propriétés ne serait plus violéç. « Il n’y a plus de gouvernement; faites que la municipalité soit organisée; nous

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