‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 43 sur 138 · POPULARITÉ DÉS GIRONDINS · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DÉS GIRONDINS

à la faction qui aujourd’hui les menaçait, le 10 août qu’ils avaient suscité et dont ils réclamaient la complicité, leur coopération empressée ou docile à toutes les mesures révolutionnaires , la mort du roi lâchement votée; tout leur passé si récent fut oublié; on vit en eux des sauveurs ; les députations arrivées des départements les entouraient de louanges et d’hommages; les négociants et les banquiers de Paris, menacés de pillages ou d’avanies , ouvraient leurs maisons où les Girondins régnaient sur une société qui se risquait à faire revivre un peu de luxe, d’élégance et même de conversation. Leur amour-propre goûtait ce succès avec imprévoyance ; on eût pu croire qu’ils avaient oublié, en sortant de la salle des séances, les scènes orageuses où ils passaient leurs militantes journées.

Pas une pensée de royalisme, ni de contre-révolution ne se mêlait à ce mouvement de l’opinion.

La fureur des Jacobins n’en était pas moindre; quiconque s’opposait à leur domination, quiconque résistait à leurs volontés était un conspirateur : dans leur pensée, l’opinion contraire à la leur était un crime. Durant les révolutions, qui depuis soixante ans affligent la France, peut-être deux partis opposés ne se sont-ils jamais mutellement exécrés autant que les Girondins et leurs adversaires ; la présomption des uns offensait les autres; ils avaient marché dans la même voie, et les Jacobins ne pouvaient reconnaître à leurs anciens alliés le droit de les accuser ou de les dédaigner. Cette aristocratie d’un jour semblait étrange et impertinente ; d’ailleurs au point où l’on en était venu, après tant de sang versé, il ne pouvait y avoir entre les opinions que des guerres à mort.

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