‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 50 sur 138 · DISCORDE ENTRE LES SECTIONS · texte numérisé non relu

DISCORDE ENTRE LES SECTIONS

bruit; mais dans les rues où elles passaient, personne ne se joignait à cette troupe confuse. Il ne fut pas difficile de les disperser; on sut qu’elles avaient reçu cinquante sous chacune.

La séance fut calme. .Marat réclama la liberté d’Hébert, mais sans fureur, disant seulement que les douze mettaient en liberté les aristocrates arrêtés et retenaient les patriotes. Malgré son opposition, un décret prescrivit aux comités révolutionnaires de quitter cette dénomination qui n’était point légale. — Les députés des diverses sections se présentaient, les uns demandant la liberté d’Hébert, les autres protestant de leur dévouement à la Convention.

Les faibles démonstrations des bons citoyens sutlisaient cependant à jeter du découragement dans le parti insurrectionnel, au point que, pendant la soirée, lorsqu’on vint annoncer aux Jacobins que les citoyens de la Butte-des-Moulins étaient aux prises avec une autre section d’opinion opposée, la consternation et le trouble se répandirent parmi la société. Robespierre parlait et ne pouvait se faire écouter; il cherchait à les ranimer. « J'invite le peuple à se mettre en insurrection contre l’Assemblée. Si l’on continue à m interrompre , je déclare que moi seul je me mettrai en insurrection. » La nouvelle avait été exagérée ; les Jacobins se ranimèrent aux paroles de Robespierre.

Le 27 mai, au commencement de la séance, l’inquiétude était générale; la Montagne semblait plus audacieuse et plus agressive. Un rapport transmis par le maire de Paris disait: « Les deux partis sont très-prononcés, l’explosion est prête à éclater. -—Oui, s’écriait Levasseur, voici le moment d’en décider. » Marat avait

DISCOnDE ENTIIE LES SECTIONS.

retrouvé son langage injurieux et menaçant. « Vous croyez peut-être, disait-il, que, pour avoir incarcéré les patriotes, vous resterez maîtres du champ de bataille; si les patriotes se portent à une insurrection, ce sera votre ouvrage. Je demande que la commission des douze soit supprimée, elle provoque l’insurrection du peuple qui n’est que trop prochaine. »

Pache écrivait que tout avait été examiné et prévu ; que tout aurait été arrêté, et qu’il n’y aurait eu aucun danger à redouter, sans la mesure prise contre Hébert.

La section de la Cité vint réclamer contre l’arrestation de Dobsent, son président. « Le temps de la plainte est passé, disait l’orateur, nous venons vous avertir de sauver la république , ou la nécessité nous forcera à le faire. Punissez une commission infidèle qui viole les droits de l’homme; traduisez les douze au tribunal révolutionnaire. Nos frères des départements approuveront nos saintes insurrections. »

Le président répondit : « L’Assemblée pardonne à l’égarement de votre jeunesse; sachez que la liberté ne consiste pas dans des mots ou des signes; sachez que la tyrannie, soit qu’elle se cache dans une cave ou qu’elle se montre sur la place publique, qu’elle soit sur un trône ou à la tribune d’un club, qu’elle tienne un sceptre ou un poignard, qu’elle porte sur la tête une couronne ou un bonnet, n’en est pas moins tyrannie. « Robespierre demanda la parole. Après un long désordre et beaucoup d’injures coup sur coup renvoyées, la parole lui fut refusée. La gauche demandait l’appel nominal et protestait qu’elle résisterait à l’oppression. « Oui, je le déclare, vociféra Danton,

SÉANCE ORAGEUSE Dl' 27 MAI.

tant d’impudence commence à nous peser, nous résisterons. Si a ous vous obstinez, continuait-il en dominant les interruptions, à refuser la parole à un représentant du peuple, lorsqu’il veut parler pour un patriote jeté dans les fers, je proteste contre votre despotisme. Le peuple jugera. »

Le bruit dura longtemps. La gauche exigeait toujours l’appel nominal; le président lui-même ne pouvait se faire écouter. Bourdon de l'Oise lui criait : « S'il est assez osé pour proclamer la guerre civile, je l’assassine. »

Enfin l’appel nominal était commencé, lorsque l’Assemblée fut informée, par le bruit qu’on entendait et par les récits de plusieurs représentants, que les abords de la salle étaient obstrués d’une multitude désordonnée, qu’elle remplissait même les corridors; on annonça aussi que plusieurs compagnies de garde nationale étaient rangées devant le palais, du côté du Carrousel.

La commission des douze avait été informée que, selon la résolution prise par le comité insurrectionnel , la Convention devait être attaquée; elle n’avait aucun autre moyen de s’opposer à la sédition que d’appeler la garde nationale des sections on les Jacobins n’étaient pas en majorité. Afin d’être en règle et pour s’assurer d’être mieux obéie, la commission avait demandé au maire de requérir les gardes nationaux des sections de la Butte-des-Moulins, du Mail et de Lepelletier. Paclie, en même temps que, sous ses yeux et par son encouragement, l’émeute était préparée, n’osa point désobéir à la commission. L’ordre fut donné aux sections , et leurs compagnies arrivèrent

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