I.a demande de l’impression fut rejetée
La séance du 29 mai se passa sans incident. Les adresses présentées par les sections se succédaient et témoignaient entre les divers quartiers de Paris.
Dès le lendemain, on put s'apercevoir que la majorité était déplacée; Mallarmé, député jacobin, fut élu président; il succédait à trois présidents successifs choisis parmi les Girondins. Une décision de l’Assemblée chargea le comité de salut public de présenter un nouveau projet de constitution , et lui adjoignit pour ce travail Hérault de Séchelles, Ramel, Couthon. Saint-Ju«t et Mathieu.
Le triomphe des Jacobins fut encore mieux constaté par un vote surprenant. Le conseil général de la commune envoya une députation pour dénoncer un représentant membre de la commission des douze. Gardien avait été membre de l’Assemblée constituante, mais fort ignoré. Tallien, qui était en mission à Tours, avait fait saisir des papiers où s'étaient trouvées deux lettres de Gardien datées de 1790; elles prouvaient que son opinion avait été contraire à la création des assignats et à la confiscation des biens du clergé. En arrivant à la Convention, il s’était d’abord placé sur la Montagne; puis, reprenant courage, il n’avait pas voté la mort du roi et s’était rangé parmi les modérés. Il n’y avait contre lui aucun grief; toutefois personne ne songea à prendre sa défense; il fut décidé
qu’on mettrait le scellé sur ses papiers et qu’on lui donnerait un garde. ' •
Enhardi par ce succès, Bourdon de l’Oise dénonça la commission des douze tout entière, en produisant un ordre émané d’elle, lorsque, disàil-il, elle avait donné sa démission et cessé d’exister. Fonfrède répondit que la démission n’avait pas été acceptée par une délibération de l’Assemblée.
Lanjuinais , pour prouver l’indispensable nécessité de la commission , donna connaissance des informations qu’elle avait recueillies. Il cita un discours tenu à l’Archevêché par Hassenfralz , un ami intime de Pache, membre du comité d’insurrection, orateur furibond à la commune et aux Jacobins. Après avoir assuré qu’on pouvait compter sur les départements qui environnaient Paris, et qu’une armée nombreuse arriverait de Verailles au premier signal du canon d’alarme, il avait dit : « Alors nous tomberons sur les riches et les égoïstes; l’insurrection est un devoir contre la majorité corrompue de la Convention. » Lanjuinais cita aussi des paroles à peu près semblables de Chabot et de Varlet; il parla de projets annoncés dans la section du Contrat-Social , et demanda que des précautions fussent prises pour la sûreté de l’Assemblée.
Lanjuinais n’exagérait point le danger; Feulement il avait le courage de le faire connaître, tandis que la commission des douze était paralysée par l’cpouvante ; le peu qu elle avait osé pour défendre la Convention et pour sauver le parti modéré, contribuait à augmenter son trouble.
Les hommes prudents de la Plaine avaient trouvé téméraire l’arrestation d’Hébert; Garat l’avait fort reprochée à ses amis de la commission , en leur disant
qu’ils n’étaient pas en état de soutenir cet acte d’autorité. Ils se désavouaient les uns les autres; ils 11e s’étaient point opposés à la libération des détenus ; ils avaient donné leur démission, mais la Convention les ayant maintenus, ils restaient en fonctions malgré eux , sans prendre aucune mesure.
Pendant ce temps-là Danton s’était décidé; il avait eu encore une fois la pensée de se rapprocher des Girondins; mais l’alliance dès personnes et l’union dans la conduite étaient impossibles, lorsque ni les uns ni les autres ne pouvaient changer ni d’opinion ni de drapeau. « Ne nous faisons pas la guerre, » disait-il à Vergniaud. — J’aime mieux une guerre ouverte qu'une fausse paix, » répondit l’orateur de la Gironde. « Vous n’êtes qu’un sot, et vous périrez, 1 » repartit Danton.
YVestermann était venu trouver Vergniaud et lui raconter les complots sanguinaires formés contre lui et ses amis; il lui offrait d’en prévenir l’exécution et d’agir contre leurs ennemis. « J’aime mieux être assassiné qu’assassin,» avait répondu le Girondin.
Il était évident que la Convention ne se laisserait pas entraîner ou gouverner par la Montagne, tant que les Girondins n’en seraient pas exclus, et qu’ils ne pouvaient l’être, que par une insurrection, u Je sais bien, disait Danton , que nous sommes en minorité dans l’Assemblée ; nous n’avons pour nous qu’un tas de gueux qui ne sont patriotes que quand ils sont soûls. Nous sommes un tas d’ignorants; Marat n’est qu’un aboyeur; Legendre n’est bon qu’à dépecer sa viande ; les autres ne savent que voter par assis et
1 Toulongeofi.
134 L ISSIIUIECIION EST DÉCIDÉE,
levé. Nous sommes bien inférieurs en talents aux Girondins; mais si nous avions le dessous, ils nous feraient un crime des journées de septembre, de la mort de Capet et du 10 août, dont ils ont été d’aceord. Il faut donc marcher sur eux : ce sont de beaux parleurs qui délibèrent et qui tâtonnent; nous avons plus d’audace qu’eux, et la canaille est à nos ordres. »
Telle étajt la traduction familière que Danton se plaisait à donner des colères déclamatoires qu'il faisait retentir du haut de la tribune.
Ainsi, tandis que Lanjuinais répétait à la Convention ce que chacun de ceux qui l’écoutaient savait déjà, comme tout le public, Insurrection se préparait. Elle devait être concertée dans le comité de l'Archevêché; Pache ne voulait pas être compromis et se refusait à revêtir d’une forme officielle le mouvement populaire, qui était combiné sous ses yeux.
Un autre état-major, supérieur peut-être à celui-là, se composait d’une partie des mêmes hommes, réunis au conciliabule de ce café Corazza , dont le nom était alors fameux. Chabot était en quelque sorte chef de la conspiration; en cette qualité , il voulait comme Pétion au 10 août et comme Pache maintenant , que son nom ne figurât point dans les manifestations publiques; il demandait à être tenu en charte privée pendant l'émeute. Lhuillier, procureur général du département, avait aussi un rôle important et s’y montrait plus audacieusement que Pache et Chabot.
Le signal fut donné par Danton : sur la table même du comité de salut public dont il était membre, de concert avec Lacroix qui en faisait aussi partie, ils écrivirent, en l’absence de leurs autres collègues, une