SÉANCE DU CONSEIL DE LA COMMUNE
Le premier usage qu’il en fit, fut de nommer commandant général de la force armée, llenriot, le même qui avait pris une part active aux massacres de septembre; ensuite il fut ordonné de tirer le canon d’alarme. Les canonniers avaient refusé obstinément d’obéir aux ordres de l’Archevêché, dont ils ne reconnaissaient pas l’autorité; quant au tocsin, il sonnait déjà depuis longtemps dans plusieurs quartiers.
Le ministre de l’intérieur était venu chercher le maire que la Convention avait mandé; une députation fut nommée pour l’accompagner; le conseil général le mit sous la sauvegarde des quarante-huit sections.
Pendant que s'accomplissaient à l’hôtel de ville les formalités de l’insurrection , elle était déjà en mouvement. Depuis plusieurs jours, la section de la Bultedes-Moulins s’était, en grande majorité, et av ec quelque courage, prononcée pour l’opinion riiodérée qui avait semblé prévaloir à la Convention ; des émissaires avaient parcouru le faubourg Saint-Antoine, disant que la garde nationale de celte section avait arboré le drapeau blanc et se mettait en contre-révolution.
Les émeutiers du faubourg furent ainsi excités à venir désarmer les gardes nationaux de la Butte-des- Moulins. Ceux-ci se retranchèrent dans le Palais-Royal.
Avant d’en venir aux mains, on parlementa. La colère qui avait été inspirée aux séditieux s’apaisa, lorsqu’ils virent qu’on les avait trompés et qu’il n’était question ni de drapeau blanc, ni de cocarde royaliste. Les gardes nationaux protestèrent qu’ils étaient bons républicains. Il n'y eut aucun t ombât. La Convention n’avait donc nul moyen de défense. Les douze et le comité de salut public- n’avaient pas même tenté
d’appeler à la défense des Tuileries, les compagnies qu’on pouvait croire dévouées au maintien de l’ordre public.
A six heures du matin, la séance s’était ouverte; vingt ou trente députés seulement étaient dans la salle. Le maire et le ministre de l'intérieur commencèrent par se présenter au comité de salut public , où se trouvait déjà Lhuillier, procureur général du département. Fâche rendit compte de ce qui se passait à la commune et assura, mais en prenant une apparence de tristesse, qu’il lui avait été impossible de rien empêcher: il était fort résigné. Lhuillier ne cherchait pas à déguiser sa sympathie pour ce mouvement populaire, seulement il voulait rassurer le comité et promettait qu’il n’y aurait ni combat, ni effusion de sang. « Ce sera, disait-il, une insurrection morale. »
Garat sc rendit le premier à l’Assemblée ; il rencontra Danton dans la cour des Tuileries : « Qu’est-ce que tout cela? demanda le ministre. — Rien; il faut leur laisser briser les presses de quelques journalistes, et puis les renvoyer. — • Ah! je crains Lien qu’ils ne brisent autre chose que des presses. — C’e3t à vous d’y veiller. — Vous en auriez les moyens bien plus que moi, » repartit le ministre. Ils se séparèrent, et Garat entra à la Convention.
Il n’avait rien à dire que ce que chacun savait et voyait. Sa résignation était assez semblable à celle de Fâche ou de Lhuillier. 11 imputa tout ce trouble à la commission des douze , et assura que les patrouilles étaient nombreuses et le bon ordre suffisamment garanti.
Le maire n’en dit pas davantage.
Les canonniers avaient persisté à ne point vouloir lirer le canon d’alarme; un décret récent avait prescrit de ne le tirer que sur un ordre de la Convention ; une discussion s’engagea sur cet incident. Valazé demanda qu’Ilenriot, qui avait l’impertinente audace de commander ce que la loi défendait, fût mis en jugement pour un crime qui comportait peine de mort. La Montagne l’interrompait sans cesse. 11 proposa que la commission des douze informât sur le fait et fit un rapport. .
Thuriot répondit que ce qui était nécessaire, c’était i'ancantissement de la commission.
Comme il parlait, on entendit le canon d’alarme.
Vergniaud ne fut point d’avis que la commission fît son rapport, qui irriterait sans doute les passions. « Ce qui importe, dit-il, c’est de savoir qui a ordonné de sonner le tocsin et de tirer le canon d’alarme. — C’est la résistance à l’oppression , crièrent les Montagnards. — S’il y a un combat, continua Vergniaud, il sera, quel qu’en soit le succès, la perte de la république. »
Ilenriot fut mandé. « Faites auparavant justice de la commission , » disait Danton. 11 monta à la tribune ; lui aussi voulait et espérait une insurrection morale. « Le canon a tonné ; mais si Paris n’a voulu donner qu’un grand signal pour vous apporter ses représentations ; si par une convocation trop retentissante il a seulement averti tous les citoyens de vous demander une justice éclatante, Paris a encore bien mérité de la patrie. Tournez celte explosion au profit de la liberté; réformez vos erreurs ; cassez votre commission, vous la croyez irréprochable; moi je crois qu’elle
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a agi par ressentiment : il Tant donner justice au peuple.
— Quel peuple? demanda une voix à droite.
— Un peuple immense, un peuple sentinelle avancée de la république. Tous les départements avoueront ce grand mouvement qui exterminera tous les ennemis de la liberté et l’exécrable modérantisme. Je demande froidement la suppression pure et simple de la commission , sans rien préjuger sur les imputations dirigées contre elle. »
On commença à crier : «Aux voix! La suppression. >>
Rabaud Saint-Étienne essaya de parler, celui fut impossible; pendant longtemps les deux côtés de la salle échangèrent d’injurieuses paroles ; les tribunes augmentaient le désordre et le bruit. Vergniaad demanda qu’on les fît évacuer. «Et la Montagne aussi,» disaiton à la droite. Enfin la discussion fut fermée avant d’avoir commencé. Les délégués de diverses sections venaient, les uns protester contre le comité d’insurrection, les autres annoncer les mesures que les assemblées sectionnâmes prenaient de leur propre autorité. Le conseil général de la commune désavouait une députation qui avait parlé en son nom; il demandait à concerter toutes ses déterminations avec le comité de salut public.
Les Girondins ne se croyaient pas encore vaincus; ils ne laissaient point mettre aux voix la suppression de la commission; ils demandaient des poursuites ou du moins des enquêtes contre les promoteurs de l'insurrection, contre les usurpateurs de tous les pouvoirs. Les tribunes accablaient d’insultes et de menaces les orateurs, qui pouvaient à peine se faire entendre.
Couthon fui mieux écouté, sinon par toute l’Assemblée, du moins parles spectateurs; il parla d’une faction infernale qui avait provoqué l’insurrection par des mesures contre-révolutionnaires. S’exprimant dans le même sens que Danton, il disait :« Nous sommes disposés aux plus grands sacrifices. Je ne suis ni de Marat, ni de Brissot. Que tous ceux du parti de la liberté se réunissent, et la liberté sera sauvée. »
Versniaud sembla accepter ces idées de conciliation. Se félicitant de l'ordre qui régnait dans les rues, des pat rouilles qui y circulaient, il proposade décréter que les sections de Paris avaient bien mérité de la patrie. Sa proposition fut adoptée avec enthousiasme. L’impuissante majorité cherchait à se faire illusion; toutefois elle ordonna que le conseil exécutif serait tenu de rechercher qui avait fait sonner le tocsin , tirer le canon , fermer les barrières.
Une députation de citoyens, qui étaient envoyés par le comité d’insurrection, vint rappeler l’Assemblée au réel de la situation.' Ils demandaient, avec le ton du commandement, que les intrigants fussent livrés au glaive de la justice; qu’une armée de sans-culottes soldés à quarante sous par jour fût chargée de maintenir l’ordre public; que les douze de la commission et vingt-deux autres députés fussent décrétés d’accusation; que le pain fût maintenu à trois sous au moyen d’une contribution sur les riches; qu’aucun noble ne fût consenédans les grades d’oflieier; que les mouvements contre-révolutionnaires de Marseille et des autres villes du midi fussent sur-le-champ réprimés.
Vergniaud demanda l’impression de cette adresse et l’envoi à tous les départements, afin que la France connût combien les hommes, qui se disaient délégués