DANGERS DE GOUVERNEMENT CONVENTIONNEL
bins et à la commune, semblait entièrement livré à la satisfaction d’avoir triomphé de ses ennemis, de se trouver maître de leur sort et de ne plus avoir d’adversaires , ni de rivaux dans la Convention. Le reste ne lui donnait point d’inquiétude. Ses préoccupations politiques ne se rapportaient jamais qu'à sa propre situation. Les revers de nos armées sur la frontière, les progrès de la guerre civile, la rébellion des départements ne paraissaient point le troubler. Les révolutionnaires, et lui plus qu’aucun autre, avaient déjà reconnu que les dangers et la détresse de la patrie étaient toujours une occasion d’accroître leur pouvoir et d’abolir la liberté; elle aurait été en effet leur plus dangereux ennemi. D’ailleurs, sa vue politique ne se porta jamais ni sur la conduite de la guerre, ni sur l’administration intérieure; on eût dit qu’il les regardait comme un détail indigne du gouvernement. 11 ne songeait alors qu’à donner une constitution à la France. Rien, selon lui, n’était plus urgent; il y voyait le rétablissement de l’ordre, le calme d’une soumission universelle, l’anéantissement de tous les partis. 11 entretenait les Jacobins de ses espérances et de son contentement; il pressait l’Assemblée de décréter la constitution. « La simple lecture du projet va ranimer, disait-il, les amis de la patrie et épouvanter ses ennemis. L’Europe entière sera forcée d’admirer ce beau monument élevé à la raison humaine et à la souveraineté d’un grand peuple. »
Les membres du comité de salut public ne partageaient point cette sécurité. La pensée d’une transaction leur semblait de plus en plus raisonnable; ils cherchaient à négocier. Garat les encourageait à suivre cette voie. Les délibérations des conseils généraux de
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département, les adresses injurieuses ou menaçantes n’étaient point mises aous les yeux de la Convention. La plupart des hommes politiques , parmi les révolutionnaires, craignaient les déterminations, dont l’effet eût été irréparable.
Garat, toujours ami des Girondins, encore qu’il se fût, en toute occasion, résigné à servir leurs ennemis, s’offrit pour aller à Caen porter des paroles de conciliation. 11 s'assurait qu’il en reviendrait avec la paix. Son émotion le rendait souvent éloquent, et il se croyait persuasif, parce qu’il se faisait à lui-même une vive impression. Peut-être avait-il réussi à émouvoir Saint-Just, qui assistait à cette conversation dans le comité de salut public et qui parla d’accompagner Garat dans cette mission. » Je pense absolument comme vous, lui disait-il ; je crois qu’on peut mener les hommes avec un cheveu. » Un mois après, il demandait la tête des Girondins.
La proposition d’envoyer un ministre traiter avec les députés réunis à Caen, ne fut pas adoptée par la Convention. Mais la voie des négociations ne laissa point d’être tentée d’une manière moins officielle par le conseil exécutif et le comité de salut public. Des agents subalternes furent envoyés sous divers prétextes, pour engager les Girondins à renoncer aux projets de résistance armée. En cas de refus, on menaçait de leur jeter le petit Capet aux jambes; ce qui voulait dire sans doute qu’on les compromettrait dans une conspiration royaliste. Ces démarches n’étaient pas complètement sincères, et se continuèrent pendant plusieurs semaines.
Cependant la Convention et ses comités ne semblaient prendre aucune mesure pour réprimer, par la