‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 8 sur 138 · SÉANCES TL MC LT CEI SES · texte numérisé non relu

SÉANCES TL MC LT CEI SES

mesures de rigueur qui menaçaient les ennemis de la patrie : « Mais nous n’avons point voulu parler de liberté parmi les poignards et les bourreaux.

« Ah ! qu’on nous rende grâce de notre modération. Lorsqu’on est venu à cette tribune secouer les torches de la discorde, outrager avec une insolente audace la majorité des représentants du peuple; lorsqu’on s’est écrié avec autant de fureur que d’imprudence : « Plus « de trêve, plus de paix; » si, cédant aux mouvements d’une juste indignation, nous avions accepté ce cartel révolutionnaire ; je le déclare à nos accusateurs, de quelque calomnie qu’on veuille nous flétrir, nos noms sont encore plus estimés que les leurs, et l’on aurait vu accourir de tous les départements, pour combattre les hommes du 2 septembre, des citoyens également ennemis de l’auarchie et du despotisme. Nos accusateurs et nous, nous serions peutêtre déjà consumés par le feu de la guerre civile. Notre modération a sauvé la république; notre silence a sauvé la patrie. »

Le discours de Vergniaud obtint un grand succès, non-seulement parmi la Gironde, mais aussi parmi les craintifs modérés de la Plaine, qui déplaçaient la majorité, selon leurs alarmes ou leurs impressions. La conclusion de l’orateur était que les signataires de la pétition seraient mandés à la barre et les registres de la section produits sur le bureau.

La discussion fut reprise le lendemain à la séance du soir ; elle fut bruyante et scandaleuse. Marat commença par demander la tête des meneurs de la faction criminelle. Pour les pousser, disait-il , au pied du mur, il les défia de mettre à prix la tête d’Rga-

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lité lils et de tous les Bourbons émigrés. Lecointre objecta que ce serait compromettre la vie des représentants livrés par Dumouriez : « Qu’est-ce que sont des membres de la Convention? cria-t-on. — N’y a-t-il donc plus de représentation nationale? » répliqua-t-il.

Les murmures couvraient sa voix : « I)e quelle douleur notre âme doit être navrée, continuait-il, lorsqu’on considère que Marat a été entendu paisiblement, vomissant des calomnies contre de bons citoyens.... »

Ici les clameurs redoublèrent; des deux côtés de la salle, on descendait devant la tribune en se menaçant les uns les autres. Un député de la droite, Duperret, tira l'épée qu’il portait dans sa canne. Les cris « à l’Abbaye ! à l’Abbaye ! en prison l’assassin ! » retentissaient avec fureur.

Marat monta à la tribune en bravant hautement le refus du président qui le rappelait, disait-il, pour la vingtième fois à l’ordre.

Enfin Duperret parvint à être écouté; il n’avait tiré son épée qu’en se voyant menacé par le pistolet d’un de ses collègues de la gauche. « Nous avons à lutter, disait-il , contre des scélérats qui perdent la chose publique. »

Les tribunes publiques prenaient une part active au désordre. Le président ordonna l’arrestation d’un spectateur qui faisait des gestes menaçants. La séance fut levée, sans qu’aucune discussion fût possible.

Le jour suivant, après avoir lu la correspondance des armées, Poultier, au lieu de donner lecture, ainsi qu'il en était chargé, des interrogatoires de deux

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généraux accusés, Stengel et Lanoue, critiqua vivement la manière dont le comité militaire, dont il était rapporteur, avait, fait l’enquête. Selon lui, c’était les soldats qu’il fallait interroger sur la conduite des généraux.

Pétion demanda qne Poultier fût censuré pour avoir exposé son opinion personnelle au lieu de parler au nom du comité. Robespierre s’écria : « Et moi, je demande la censure de ceux qui protègent les traîtres. — Oui, les traîtres doivent être punis, répliqua Pétion. — Et leurs complices , ajouta Robespierre. — Oui , leurs complices et vous-même; il est temps que ces infamies finissent; il est temps que les traîtres et les calomniateurs portent leur tête sur l’échafaud. Je les poursuivrai jusqu’à la mort. — Réponds aux faits. — C’est toi que je poursuivrai. »

Tel était le dialogue de deux hommes éminents parmi les factions révolutionnaires, qui avaient travaillé de concert à renverser le trône, à abolir la constitution, à détruire l’ordre social, et qui, dès le lendemain, avaient commencé à s’entre-déchirer, montrant à la France qu’ils n’avaient eu d'autre mobile que leurs passions, leur intérêt personnel ou leur envieux orgueil. Ils étaient de bonne foi en s’accusant mutuellement de complot. Dans un gouvernement libre, établi et régulier, les mécontents et les opposants, après avoir exprimé leur opinion, après avoir fait, dans le cercle légal, tous leurs efforts pour la faire prévaloir, se soumettent et se résignent. Les hommes de révolution étaient toujours prêts à en appeler à la force; ils ne reconnaissaient nul autre droit, nul autre moyen de succès; de sorte que, dans leur pensée et selon leur habitude, toute opposition était le préliminaire d’une

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conspiration et un crime politique. Dans les luttes de la parole, la péroraison de chaque discours était une invocation à l’échafaud. Les deux factions révolutionnaires ne s’étaient séparées et n’étaient devenues ennemies qu’après avoir marché de concert à la république par la violence et l’iniquité. Maintenant elles ne pouvaient s’accuser réciproquement que de comploter contre celte république conquise à frais communs.

La parole fut enfin maintenue à Pétion et il continua sur le même ton; interrompu souvent par Marat qu’il traitait de vil scélérat, par David, qui s’élancait dans la salle, s’écriant : « Et moi aussi je suis un homme vertueux, ainsi assassinez-moi. »

Il termina son discours au milieu de ce continuel vacarme. .

Poultier confessa qu’il avait eu tort et l'on passa à l’ordre du jour. La discussion recommença sur l’accusation de Robespierre. Guadet, avec plus de vivacité, moins de talent et moins d’effet, répéta ce qu’avaitdit Vergniaud; renvoyant l’accusation de complicité avec Dumouriez aux ennemis de la Gironde. 11 reprocha à Robespierre ses variations d’opinions en 1792, ses lâchetés, son habitude de calomnie, ses rêveries de méfiance. Passant à Marat, il parla de ses propositions répétées de dictature et de pouvoir despotique. Puis il ne craignit point d’attaquer Danton. Rappelant le premier séjour de Dumouriez à Paris, il disait : « Qui était sans cesse à ses cùtés? votre Danton!

— Ah ! tu m’accuses, moi! Tu ne connais pas ma force. Je te répondrai, je prouverai tes crimes, » répliquait Danton.

Cette fougueuse interruption ne troubla point Guadet.

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