‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 82 sur 138 · CHARLOTTE CORDA Y · texte numérisé non relu

CHARLOTTE CORDA Y

peintre : — « Je n’ai que ce moyen de reconnaître l’intérêt que vous me témoignez : prenez mes cheveux pendant qu’ils sont encore à moi ; » car le bourreau s’avançait pour couper sa chevelure, puis il jeta la draperie rouge sur ses épaules.

Elle était si belle ainsi, son expression avait tant de noblesse et de fermeté que lorsqu’elle traversa la foule, qui entourait la fatale charrette, au lieu des imprécations et des propos féroces, qui ordinairement étaient adressés aux condamnés quand ils marchaient au supplice, on entendait : « Mon Dieu, quel dommage ! si jeune et si belle ! » Son courage ne se démentit point pendant le funèbre trajet, ni lorsqu'elle fut sur l’échafaud.

Un garçon charpentier releva cette tête sanglante, la montra aux spectateurs et la frappa d’un soufflet ; cette abomination indigna la foule qui se pressait pour assister au supplice. Le bourreau publia une lettre pour se disculper, et le misérable fut puni par le tribunal de police.

Un sentiment de profonde pitié s’est attaché à la mémoire de Charlotte Corday. Il est impossible de ne pas être désolé en voyant quel désordre avait jeté , dans une âme si généreuse et si pure , l’influence de l’époque où elle vivait. L’oubli ou le dédain des devoirs religieux et moraux, l’orgueil du sens individuel, la foi accordée à un langage emphatique et théâtral, l’anarchie des opinions avaient égaré et comme enivré ce caractère naturellement noble et sensible ; l’acte insensé qu’elle conçut et qu’elle accomplit fut le crime de son temps plus que le sien; elle marcha à l’assassinat comme elle eût marché au martyre, et répandit le sang de Marat moins volontiers

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