‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 83 sur 138 · ADAM M!X · texte numérisé non relu

ADAM M!X

qu’elle n'eût versé son propre sang pour la cause de l'humanité.

Malgré la peur qui imposait silence à tous les sentiments , il fut possible de remarquer combien d’intérét et d'admiration se portait vers Charlotte Corday. Un étonnant exemple de sympathique enthousiasme fut donné par un jeune homme, dont le caractère et l’exaltation avaient une grande ressemblance avec celle qu’il admira au point de vouloir mourir pour honorer sa mémoire.

Adam Lux était Allemand, docteur en philosophie; il se trouvait depuis quelques mois à Paris, comme député de Mayence chargé de demander la réunion de cette ville à la république française; il fut d’abord présenté à la société des Jacobins. Les opinions qu’il y entendit exposer, le langage qu’on y parlait lui causèrent un tel dégoût qu’il ne revint plus aux séances. 11 se lia d’amitié et de conformité politique avec les Girondins, particulièrement avec Guadet et Pétion. 11 allait presque tous les jours à la Convention ; plus il écoutait la discussion , plus il se sentait d’attachement et de respect pour ses amis. Son désespoir et son exaltation, après le 31 mai, s’animèrent au point qu’il forma le projet de se présenter à la barre de l’Assemblée et de se brûler la cervelle. 11 pensait qu’on aurait recherché la cause de ce suicide, et que le lendemain de sa mort il aurait été donné lecture d’une sorte de testament où il peignait la douleur qui lui rendait la vie insupportable : le temple de la liberté profané par une poignée de méprisables séditieux; la représentation nationale violentée et opprimée; la souveraineté usurpée par les

APOTHÉOSE DK MABAT.

Jacobins; les seuls hommes vertueux et dignes de sauver la patrie expulsés et persécutés. Il avait aussi écrit une lettre au propriétaire d'Ermenonville pour le prier de faire ensevelir son corps non loin du tombeau de Rousseau : le disciple près du maître.

Ses amis le détournèrent de ce dessein ; il y renonça difficilement. Après la mort de Charlotte Corday, les orages de son esprit devinrent plus impétueux encore; il écrivit et fit imprimer un placard intitulé : « Charlotte Corday, par Adam Lux, député extraordinaire de Mayence. » Ce fut à ce moment que le comité de sûreté générale le fit arrêter; le placard n’avait encore été ni affiché, ni distribué; on y lisait entre autres passages : « L'assassinat est un crime, mais celle qui a assassiné Marat ne peut qu’occuper une place distinguée dans l’histoire à côté de Brutus. » Plus loin il disait : « La guillotine est un autel. »

On le laissa longtemps en prison. Ce fut seulement six mois après qu’il fut envoyé à l’échafaud par le tribunal révolutionnaire.

Au moment où Marat fut assassiné, il ne pouvait plus aller aux séances de la Convention ; rongé d’une dégoûtante maladie, il paraissait n’avoir pas longtemps à vivre. L’attente de cette mort, toute prochaine et vraisemblable qu'elle était, causait peu d’émotion dans les esprits. L’Assemblée ne témoignait pas que la santé de Marat fût pour elle un motif d’anxiété. La société des Jacobins ne lui montra pas beaucoup plus d’intérêt; le propos qu’il avait tenu publiquement, le 2 juin, avait été dénoncé. 11 écrivit par deux fois à la société pour sc justifier; il assurait que le mot prouoncé par lui était: « il faut un chef, »

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