APOTHÉOSE DE MARAT
qui n’avait pas eu un rapport quelconque avec Charlotte Corday, et Duperret, qui se justifia avec une fermeté courageuse, sans désavouer ni ses opinions ni ses amitiés. Tous deux furent à l’instant même traités en accusés; on les fit descendre à la barre pour répondre au rapport de Chabot. Couthon déclara qu’il était mathématiquement démontré que ce monstre, auquel la nature avait donné la forme d’une femme, était un envoyé de Barbaroux, de Salles, de Busot et des autres députés réfugiés à Caen; puis il développa tout le complot des Girondins. Ils voulaient tirer du Temple le petit Capet et le proclamer roi; ils s’entendaient avec les rebelles de la Vendée. « Ils ont assassiné Marat; peut-être demain, ce sera moi ; cela m’est égal, mon parti est pris. » Il proposa de décréter l’accusation de Duperret. Un décret avait déjà déclaré les députés réfugiés dans le Calvados traîtres à la patrie.
Danton insista pour qu’on votât sur-le-champ. Fauchet fut décrété d’arrestation, mais non encore accusé. Ainsi, comme le disait le montagnard Bentabolle, la mort de Marat était utile à la république. Pour qu’elle le fût davantage encore, on laissa les amis particuliers que Marat avait à la Convention, Chabot, David', Maure, Drouet, épancher leur douleur déclamatoire ; on accueillit les orateurs de section , qui venaient faire des oraisons funèbres où le ridicule l’emportait snr l’enthousiasme ; quelques-unes ressemblaient à des parodies, et sans doute leurs auteurs ne les avaient pas composées sérieusement. On proposait des fêtes funèbres; on demandait les honneurs du Panthéon, par exception à une loi qui prescrivait de ne les décerner que vingt ans après la mort.