‹ Histoire de la Convention nationale. T. 3Chapitre 86 sur 138 · APOTHÉOSE 1>E MARAT · texte numérisé non relu

APOTHÉOSE 1>E MARAT

La Convention décréta qu'elle assisterait aux funérailles de Marat. David , Maure et Bentabolle furent choisis pour être présents à l’exposition du corps, dans l’ancienne église des Cordeliers, où l’on avait disposé une sorte de chapelle ardente. 11 ne fut possible ni aux commissaires, ni au public, de rester en ce lieu, tant l’infection était grande. On fut obligé de hâter les obsèques. « 11 sera inhumé sous les arbres où il se plaisait à instruire ses concitoyens; sa sépulture aura la simplicité convenable à un républicain incorruptible, mort dans une honorable indigence. Que sa vie vous serve d’exemple. Caton, Aristide, Socrate, Phocion, je n’ai pas vécu avec vous, mais j’ai connu Marat; je l’ai admiré comme je vous admire; la postérité lui rendra justice. » Ainsi parlait Da\id qui, plus qu’aucun autre des révolutionnaires de cette époque, s’était épris d’un tendre enthousiasme pour Marat.

Les obsèques furent célébrées pompeusement. On promena le corps de Marat dans beaucoup de rues et le cortège passa deux fois d’une rive à l’autre, avant de revenir aux Cordeliers d’où il était parti. Aussi la cérémonie dura de cinq heures du soir à uue heure du matin. Peu à peu le plus grand nombre des conventionnels s’en étaient retirés. Le corps fut déposé dans les caveaux de l’église, en attendant qu’on eût construit, dans l’ancien jardin du couvent, une sorte de grotte ouverte ; sous la voûte était le tombeau ; la baignoire et un bloc sur lequel Marat avait coutume d’écrire, furent déposés auprès; des lampes funéraires brûlaient jour et nuit.

Les Cordeliers voulurent célébrer une fête plus solennelle encore. La société avait décidé que le cœur

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de Marat serait conservé dans la salle de ses séances. Cette translation, à laquelle la Convention, la municipalité et toutes les autorités parisiennes assistèrent en corps, fut solennisée par plusieurs discours. Un nommé Jullian prononça une oraison funèbre qui avait pour texte : « O cor Jesu! o cor Marat! — Sacré cœur de Jésus! sacré cœur de Marat! vous avez les mêmes droits à nos hommages ! Marat et Jésus, hommes divins que le ciel avait accordés à la terre pour diriger les peuples dans la voie de la justice et de la vérité. » Pu is l'orateur comparai lies travaux de Jésus aux travaux de Marat, les premiers chrétiens aux Jacobins et aux Cordeliers , les aristocrates aux pharisiens. Les derniers mots étaient : « Si Jésus fut un prophète, Marat fut un dieu. »

Il semblait que rien ne pouvait surpasser celte abominable profanation. Elle ne fut point suffisante. Un juré du tribunal révolutionnaire réclama contre l’insulte faite à l’ami du peuple, en le comparant à l’auteur d’une religion stupide, qui avait ordonné d’obéir aux rois, tandis que Marat les écrasait. — « Qu’on cesse donc de nous parler de ce Jésus. »

Cette espèce d’idolâtrie révolutionnaire ne laissait pas d’avoir quelque influence sur une certaine partie de la population oisive, dépravée et dont on avait troublé l’esprit. Elle conservait une certaine exigence de l’imagination, un besoin d’impressions produites par des objets extérieurs. 11 y avait à la Convention, et surtout à la commune, des hommes qui, en haine de la religion, se complaisaient à en travestir les cérémonies ou à les remplacer par des solennités théâtrales. Marat devenait comme un martyr de la sainte révolution. Il avait scs autels cl ses sanctuaires. Déjà on avait ni. il

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