RAPPORT DE SAINT-JUST CONTRE LES GIRONDINS
érigé, quelques semaines auparavant, un monument sur le Carrousel en l’honneur de Lazowski, un des tueurs du 2 septembre. Il était mort de crapule et de débauches; on avait dit que c’était des suites d’une blessure reçue le 10 août, et on avait solennisé sa sépulture. Dans toutes les salles publiques, on voyait les bustes ou les portraits de Marat et de Lepelletier. Les citoyens les plaçaient dans leurs demeures, en témoignage de leur civisme ou comme préservatifs des persécutions révolutionnaires.
Avant la mort de Marat, et lorsque la Convention fut assurée qu’en accueillant avec indulgence la rétractation des magistrats locaux, elle réduirait les députés fugitifs à l’isolement et à l’impuissance, le moment sembla venu de procéder contre eux avec rigueur. Déjà Buzot, Barbaroux et Brissot avaient été décrétés d’accusation. Le 9 juillet, Saint-Just qui, depuis le' 21 mai avait été adjoint au comité de salut public, fit un rapport sur les trente-deux députés mis en état d’arrestation par le décret du 2 juin.
C’était une de ces longues compositions, dont l’usage s’était établi, depuis que les opinions, la vie publique, les discours de tribune, les écrits imprimés, les injures de l’esprit de parti et les calomnies répandues dans le vulgaire étaient devenus des crimes de lèse-révolution. Saint-Just traduisit en langage sérieux les plaisanteries de Camille Desmoulins, et amplifia les diatribes de Robespierre. « La conjuration, dont je viens de vous entretenir, est enfin démasquée. Je n’ai point à confondre les hommes, ils sont confondus; je n’ai point à arracher par la force du discours , la vérité sanglante de leurs cœurs ; je