DÉCRET CONTRE LES ACCAPAREURS
finances présenta un projet; Robespierre ne l’approuva point. Les fortunes médiocres n’étaient pas , selon lui , assez ménagées; il ne fallait atteindre que l’opulence. Dans un moment où le mécontentement des provinces allait jusqu’à la rébellion, il importait de ne pas exaspérer la classe moyenne; il demanda, presque en l’ordonnant, que le projet fût renvoyé au comité. Dès le lendemain un autre rapport fut produit : les personnes mariées qui avaient moins de dix mille livres de rente et les célibataires qui en avaient moins de six , n’étaient point assujettis à l’emprunt; il était progressif. Ainsi le père de famille qui avait dix mille livres de rente contribuait pour deux mille cent quarante-huit livres, et le père de famille qui avait vingt mille livres de rente payait vingt-sept mille cent quatre-vingt-huit livres.
Il y eut peu de discussion; quelques Jacobins voulaient que l’emprunt portât sur le capital ; leur objection fut mal accueillie et repoussée comme attentat à la propriété. En fait, cette contribution forcée atteignait les capitaux, quoiqu’elle fût répartie selon le revenu. Une autre observation fut aussi écartée ; un Montagnard trouvait cet emprunt immoral : « 11 sera, disait-il, payé en assignats, donc il diminuera la masse des assignats circulant et en relèvera la valeur. Ainsi les riches y gagneront ; ce qu’ils payeront augmentera la valeur de ce qui leur restera et ils ne seront pas ruinés. »
Un autre acte d’obéissance aux passions ignorantes et anarchiques qu’avaient caressées les ambitieux révolutionnaires, suivit de près la contribution progressive exigée sous le nom d’emprunt forcé. Collot