DISCOURS DE PONTÉCOULANT
présentation nationale. 11 a été. démontré à la France et à l’Europe que Robespierre conspirait, aussi claà- • rement qu’il était démontré que les détenus des Carmes , de l’Abbaye et du Luxembourg ne conspiraient point.
« On dit encore : Vous allez donc traiter comme innocents Chaumette, Hébert et Ronsin? Eli bien! je le confesse, Chaumette, Hébert et Ronsin ont été assassinés; ils ont péri sans être entendus; ils ont péri , non pas en juste expiation de leurs crimes, mais parce qu'ils étaient en rivalité avec les tyrans.
« Ici je ne puis me défendre d’un sentiment profond de douleur et de regret. O ma patrie ! à quel degré d’avilissement et de malheur tu étais tombée! Même les plus grands scélérats étaient frappés injustement. »
Pontécoulant montrait ensuite combien serait absurde et impossible la révision de toutes les procédures révolutionnaires.
Passant à la question de finance, il disait : — « 11 n’y a point de crédit public où il n’y a point de foi publique. Il n’y a point de foi publique, lorsque le trésor national compte parmi ses ressources la dépouille de l’innocent, le champ de la veuve et des orphelins. Le crédit public repose sur la morale et l’honneur politique du gouvernement.
« Si vous refusez ce grand acte de justice, vos successeurs s’en empareront. » — S’armant encore de la parole de Montesquieu : — «La raison a un empire naturel; elle a même un empire tyrannique; on lui résiste; mais cette résistance est son triomphe. Encore un peu de temps , et on sera forcé de revenir à elle. »
L’orateur terminait ainsi: — «Vos ennemis vous ont fait un crime du long silence que vous avez gardé pendant l’avilissement de votre pays. Vous allez prouver que si vous avez consenti à survivre à la tyrannie, c’est parce que vous aviez juré qu’elle ne vous survivrait pas, et que vous répareriez ses forfaits. »
L’histoire de la Terreur ne serait pas complète si nous ne rapportions pas les impressions vives et profondes qu’elle avait laissées dans les cœurs généreux , et le jugement qu’en portaient les esprits élevés et raisonnables.
Le discours de Pontécoulant fut souvent interrompu par les applaudissements j mais le débat fut encore ajourné. La question était devenue de plus en plus importante. C’était une sorte de procès intenté contre une époque de la Révolution ; une flétrissure à imprimer sur le gouvernement qu’avait subi et servi l’Assemblée pendant quinze mois.
Louvet, lorsque la discussion fut 'reprise, parla dans le même sens que Pontécoulant, et proposa d’abolir en principe la confiscation , hormis sur les émigrés. Le principe général était maintenant le point vif du débat. Lors même qu’ils étaient modérés, les hommes imbus de l’esprit révolutionnaire ne pouvaient renoncer à voir dans la confiscation une précaution prise contre la famille des condamnés politiques. L’injustice était toujours pour eux une arme de guerre contre des ennemis en présence.
Raffron essaya de répondre à Pontécoulant : — « Des innocents ont péri avec les coupables : effet affreux, mais inévitable d’une révolution. Tous les condamnés ont été . jugé3 coupables de trahison ; la