‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 99 sur 168 · DISCOURS DE PONTÉCOULANT · texte numérisé non relu

DISCOURS DE PONTÉCOULANT

Les goujats d'une armée peuvent bien dépouiller les cadavres; mais certes ce n’est pas le vainqueur: celui-là est généreux, puisqu’il est brave. Vous ne direz pas aux enfants: Oui, vous êtes innocents, mais vos pères furent coupables et vous serez punis. Ce serait une réponse digne de Tibère ou de Néron , mais non pas d’un représentant du peuple français. »

Citant Montesquieu , il disait encore : « Les confiscations menacent la tranquillité de la patrie comme sa liberté ; elles ne peuvent convenir qu’au despotisme. »

L’orateur établissait la différence des condamnés et des émigrés. 11 la voyait surtout dans les décrets qui avaient prescrit un délai pour rentrer en France, en annonçant d'avance la peine de confiscation.

La seconde question était : — • « Les condamnations prononcées révolutionnairement ont-elles le caractère de jugements? — « La tyrannie a pesé pendant quinze mois sur la France; les preuves sont dans tous les cimetières de la République; elles sont sur les rives de la Loire, où le fleuve rejette chaque jour encore des cadavres; elles sont écrites sur les ruines de Lyon et de Bédouin; les preuves sont dans cette salle où ma voix appelle , sans être répondue , les fondateurs de la République convaincus du crime alors inexpiable d’unir de grands talents à do grandes vertus. Le gouvernement est auteur ou complice de tous les crimes publics qui se commettent au sein de la nation où il règne. Auteur, s’il les commande; complice, s’il ne les prévient, ne les empêche, ne les réprime point.

« Ce n’est pas vous qui êtes auteurs de ces crimes, car vous ne les avez point commandés ; mais c’est à vous de les réparer. Vous ne pouvez rendre à la patrie les victimes immolées ; pleurons sur leurs tombeaux ,

DISCOURS DE PONTÉCOULAMT.

et faisons à 1 egard de leurs familles la seule restitution qu’il nous soit possible de leur faire.

« Les tribunaux établis par les tyrans n’ont rien de légal aux yeux des vainqueurs de la tyrannie. Quoi ! elles seraient appelées jugements , ces boucheries quotidiennes, où quarante, cinquante, soixante victimes amoncelées sur la fatale charrette marchaient ensemble au supplice, sans s'être jamais rencontrées auparavant; condamnées en masse , en une heure , sans témoins , sans défenseurs , quelquefois même sans interrogatoire , et dont l’échafaud était dressé d’avance sur la place publique !

« Ont-ils été jugés ceux dont les actes d’accusation laissent encore aujourd’hui le nom du délit en blanc ?

« Appellerons-nous jugement ces deux heures d’agonie pendant lesquelles l’accusé , interrogé sur son nom et son âge , ne pouvait prononcer un mot de plus, sans qu’on lui dît : « Tu n’as pas la parole ?

a Les fusillades et les mitraillades de Lyon, les noyades de Carrier, les boucheries de Schneider, les assassinats d’Orange ou d’Arras, sont-ce donc des jugements?

« Lorsque de malheureux prisonniers furent égorgés à Paris dans les journées de septembre, quelqu’un a-t-il osé proposer de confisquer au profit de la nation la fortune des massacrés?

« Les tribunaux de Robespierre étaient-ils donc autre chose que le tribunal du 2 septembre?

« Mais, dit-on, les tribunaux révolutionnaires ont pourtant jugé des coupables. Robespierre n’a-t-il pas été condamné?

« Non , Robespierre n’a pas été jugé, la Convention l’a envoyé à l’échafaud par un décret de mise hors la loi , lorsqu’il était en révolte et en armes contre la re-

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