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LES VICTOIRES. — LES TRAITÉS DE PAIX

Le découragement et l’indécision du cabinet de Vienne avaient déjà contribué aux premiers succès que les armées françaises venaient d’obtenir dans la campagne qui s’ouvrit au printemps de 1794. La bataille de Fleurus augmenta le trouble et le désaccord des puissances coalisées. Le prince de Cobourg abandonna la défense de Bruxelles et se retira du côté de Liège , s'éloignant de l’armée anglaise et hollandaise commandée par le duc d’York. Il laissait ainsi aux armées de I'ichegru et de Jourdan toute facilité de se joindre, tandis que les Flandres et les Provinees- Unies n’étaient plus défendues par des forces suffisantes. La mésintelligence qui régnait déjà entre les généraux de la coalition s’aigrissait de plus en plus; ils agissaient sans se concerter; non-seulement les opérations n’étaient pas exécutées avec ensemble, mais il était évident que le plan de campagne n’était pas le même pour chaque puissance, de même que les vues politiques étaient différentes.

Le comité de salut public ne se hâta point de profiter de ces circonstances favorables; l’armée du Nord

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s’arrêta à la Meuse, et occupa une ligne qui s’étendait d’Anvers à Namur. Le prince de Cobourg, continuant sa retraite sur Maëstricht, laissa l’armée de Sambre-et-Meuse occuper Liège.

Le gouvernement conventionnel voulait, avant tout, reprendre les quatre places fortes de la Flandre française. Une autre cause lui inspirait la modération dans la victoire ; le comité de salut public, renouvelé presque en entier depuis le 9 thermidor, concevait la possibilité de la paix, et même d’une paix glorieuse; on savait que, dans le cabinet de Vienne, un parti voulait la fin de la guerre; quaut à la Prusse, sa disposition à traiter était connue depuis longtemps.

Il n'en était pas ainsi de l’Angleterre; les succès de la République française étaient, pour M. Pitt, un motif de plus pour continuer la guerre, en redoublant d’efforts. La paix imposée à l’Europe par la France lui semblait l’établissement d’une prédominance souveraine ; les premières conquêtes , si elles étaient concédées , étaient à ses yeux le présage d’un vaste système d’envahissement. Ainsi le cabinet anglais renouvelait sans cesse scs instances auprès de l’Autriche et de la Prusse; il faisait agir toutes sortes de ressorts pour rendre courage à la coalition; l’opinion nationale était alors, en Angleterre, favorable à la politique de M. Pitt; les succès de la guerre maritime contribuaient à entretenir un sentiment populaire d’orgueil et d’obstination.

La marine française avait d’abord été privée d’une partie de ses officiers par l’émigration; la rébellion de Toulon, favorisée par plusieurs amiraux et conforme

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à l’opinion d’un grand nombre de marins, avait rendu le comité de salut public et les représentants en mission hostilement méfiants contre le corps de la marine. Saint-André fut, dans ces circonstances, envoyé à Brest. Le gouvernement révolutionnaire, sans accorder un plein et absolu pouvoir à ceux de ses membres qu’il chargeait d’un département spécial, avait en quelque sorte créé des ministres, dont les attributions étaient grandes : de même que Carnot était ministre de la guerre, Saint-André devint à peu près ministre de la marine. Mais il était loin d’avoir autant de discernement et de connaissances ; il était môme révolutionnaire plus passionné. Dans sa jeunesse, avant d'être pasteur dans la religion protestante, il naviguait sur des bâtiments de commerce et avait adopté tous les préjugés que la marine marchande nourrissait contre la marine royale. Il les poussait à ce point que, dans un projet présenté par lui à la Convention, il voulait supprimer les écoles de marine, abolissant ainsi toutes les études préliminaires; tant il craignait de voir renaître l’esprit de corps et les habitudes aristocratiques qui , autrefois, lui avaient tant déplu. Pourtant il regrettait quelque peu les connaissances mathématiques, qui auraient pu être l’objet d’une instruction spéciale; mais comme il portait dans la guerre navale la tactique déclamatoire que les Jacobins croyaient avoir installée dans l’armée de terre, il disait : — « Le courage et l’audace, voilà ce qui doit animer nos marins; il faut qu’ils renouvellent le temps de Jean-Bart, qui n’était pas géomètre, mais qui avait cette chaleur d’âme, ce coup d’œil rapide, vrai talent du marin; il faut qu’ils mettent à profit l’impétuosité française et l’enthou-

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siasme de la liberté. » — Pour compléter ce système inspiré par les chimères patriotiques des orateurs de club, il proposait que les officiers de marine fussent choisis par l’élection; toute l’armée navale, officiers et matelots, seraient tirés des classes maritimes; les hommes inscrits sur le rôle de chaque circonscription maritime devaient se rassembler et désigner les officiers; le ministre toutefois demeurait maître de les employer , mais il ne pouvait donner de brevet qu’à ces élus des assemblées de classe.

Telles étaient les idées ou plutôt les opinions de Saint-André, lorsqu’il fut, ajirès la prise de Toulon, chargé de porter la réforme révolutionnaire dans la marine de Brest. Un grand nombre d’officiers lurent destitués, non pas seulement ceux qui étaient suspects d’avoir conservé des sentiments royalistes, mais ceux à qui on imputait d’être Girondins : accusation sans vraisemblance, puisque le ministère de la marine n’avait jamais été confié à un homme de ce parti.

Saint-André porta ainsi le désordre dans l’armée navale, mais il se refusa à la faire décimer par un tribunal révolutionnaire. Ce ne fut pas lui , mais d’autres représentants, ses collègues, qui répandirent le sang des officiers de marine.

Il fallait cependant remplir les vides que faisaient l’échafaud et les destitutions. Les choix, quel que fût le soin que Saint-André voulût y apporter, étaient faits avec précipitation; l’opinion, plus que le mérite, était un motif de préférence. Les recrutements et la levée en niasse ne pouvaient fournir des marins. La discipline est plus indispensable à bord d’un vaisseau que dans un régiment; on adoucit le code maritime; on

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