POLITIQUE DE L’ ANGLETERRE
mort » avait été écrite en lettres d’or sur le pavillon de chaque vaisseau.
La résolution, peut-être nécessaire, de rentrer en rade, en abandonnant une des divisions de l’escadre, ne pouvait être imputée à l’amiral Villaret-Joyeuse : c’était une volonté du représentant.
Barère, rapporteur ordinaire des faits de la guerre, annonça comme une victoire le combat du 1er juin. SaintrAndré écrivait que le but de l’opération avait été atteint, puisque le convoi de vivres avait pu entrer dans les ports de France. En effet, la plus grande partie avait échappé aux Anglais.
Une nouvelle combinaison ministérielle avait fait entrer dans le cabinet anglais les chefs de la portion des whigs qui n’étaient pas opposés à la guerre : ainsi, fort d’une majorité considérable et de l'assentiment public, Pitt pouvait dire: — '«Nous continuerons une guerre sacrée et nécessaire. Nous ne voulons point conquérir la France; nous ne voulons pas lui faire une guerre à mort. Notre but est la destruction du système jacobin , et la délivrance de la nation française, opprimée par une tyrannie violente et sanguinaire; c’est le seul moyen pour rétablir l’ordre et la prospérité en France, la paix et la sécurité en Europe.
« Des difficultés temporaires, des échecs passagers ne doivent pa3 nous faire abandonner ce dessein. Dans une si grande cause, d’où dépend notre existence et celle de toute l’Europe , il ne faut pas s’abandonner au désespoir et solliciter bassement la paix aux conditions imposées par l’ennemi. J’ai été en dernier lieu déçu et mortifié de certaines circonstances de la
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conduite de nos alliés; mais lors même que cette conduite aurait été encore plus inconvenante , quand ses conséquences seraient dix fois plus fâcheuses, je n’hésite pas à dire une fois pour toutes qu’elle ne produira jamais la plus légère variation dans mes sentiments sur une guerre à laquelle nous sommes engagés par tous les lions de l’honneur et du devoir.
• Rien n’est désespéré, et je ne pense pas assez mal des puissances du continent pour imaginer qu’elles cessent leurs efforts. »
C’était après la bataille de Fleuras , mais avant le 9 thermidor que Pitt tenait ce langage. Il ne devait pas compter beaucoup sur la possibilité de ramener la Prusse à une volonté active et à une coopération sincère; mais l’influence de l’Angleterre sur l’Autriche était plus grande ; il y avait dans le cabinet de Vienne un fort parti pour la continuation de la guerre. Le comte Spencer et sir Thomas Granville se rendirent à Vienne. Us offrirent à l’empereur un subside de soixante et quinze millions et demandèrent que le commandement de l’armée destinée à reprendre l’offensive dans les Pays-Bas fût confié, non au prince de Cobourg, mais à l’archiduc Charles.
Les envoyés anglais trouvèrent l’empereur indécis et entouré de conseillers divisés d’opinion : toutefois, le général Clairfayt remplaça le prince de Cobourg; il continua le mouvement de retraite de l’armée autrichienne, repassa le Rhin, et laissa le général Jourdan maître de la rive gauche.
Le général Clairfayt se conformait aux instructions qu’il avait reçues de Vienne. Le parti de la paix y conservait encore, malgré les efforts des envoyés anglais, une grande part d'autorité dans le cabinet.
Un de ces hommes, que la diplomatie emploie pour les relations occultes et inofficielles, et qui souvent appartiennent autant à une puissance qu’à l’autre, le marquis de Poterat, avait déjà servi d’intermédiaire entre le baron de Thugut et l’ancien comité de salut public; si Robespierre avait pu souhaiter ou concevoir quelque chance de paix, il semble que ses vues étaient plutôt tournées vers l’Autriche. •
Le nouveau comité , qui sincèrement désirait et espérait une pacification , avait très-bien conçu que les négociations devaient être dirigées dans le sens d’une paix séparée, et que la Prusse serait plus libre et mieux disposée à conclure un traité particulier. 11 était surtout essentiel de ne point demander, de ne point proposer la paix, mais d’attendre qu’elle fût sollicitée par les puissances.
La mission du marquis de Poterat était donc seulement de reconnaître quelles pouvaient être les véritables intentions du cabinet autrichien et les nouveaux engagements avec l’Angleterre.
Lord Spencer n’obtenait aucune réponse décisive; il lui fut seulement promis qu’un corps de vingt-cinq mille hommes, détaché de l’armée de Clairfayt, passerait à la solde des Provinces-Unies, et viendrait se joindre à l’armée du duc d’York.
Pendant ce temps-là, le roi de Prusse était de jour en jour plus déterminé à faire la paix. Par ses ordres, l’armée du maréchal Mollendorf s’était retirée sur la rive droite du Rhin, ne conservant que Mayence. Cette armée avait été très-affaiblie; il avait fallu porter en Pologne des forces considérables; une puissante insurrection, commandée par Kosciusko, y avait
éclaté; elle occupait Varsovie. Le roi de Prusse était venu mettre le siège devant cette ville, puis il avait été contraint à le lever et à se retirer après de graves échecs.
Déjà Mollendorf avait reçu l'instruction confidentielle de ’sc mettre en communication avec les agents français en Suisse , afin de se trouver en mesure de * recevoir ou de faire des propositions de paix.
Mais le cabinet de Berlin aurait voulu ne point traiter séparément; toutes les petites puissances des bords du Rhin souhaitaient ardemment une paix générale, exprimaient hautement leurs vœux et les faisaient savoir au gouvernement français.
Cette question, qui en effet importait à l’Allemagne entière , fut traitée à la diète de Ralisbonne. La proposition de recourir à la médiation de la Suède et du Danemark fut faite, au nom de l’électeur do Mayence, par son coadjuteur le baron de Dalberg; les ministres de Brandebourg, de Cologne, de Bavière y accédèrent. >
Le sort de ce projet dépendait surtout de ce que déciderait l’empereur. Le parti de la guerre, qui avait pour principal organe le comte de Colloredo, redoubla d’efforts. Un mémoire de Mallet du Pan fut mis sous les yeux de l’empereur : cet écrivain, puissant ennemi de la cause révolutionnaire, n'était plus écouté dans le cabinet de Berlin; mais il continuait à être le correspondant et le conseiller du comte de Colloredo. Il ne se flattait pas que, malgré la Réaction, l’opinion royaliste, ni même l’opinion qui était seulement hostile à la Convention, pût prévaloir en France. Conséquemment la paix devait accroître la puissance et l’orgueil des révolutionnaires ; c’en était assez pour