CONTINUATION DE LA GUERRE CIVILE
Bientôt les colonnes incendiaires, isolées les unes des autres, dispersées pour piller et brûler ne se trouvèrent plus en mesure de se défendre contre les rassemblements des rebelles devenus plus nombreux; elles éprouvèrent de fréquents échecs. Chollet fut surpris par Stofflet; il fallut évacuer Bressuire. Un assez vaste territoire était entièrement occupé par les rebelles sur la rive gauche de la Loire. — « Je suis étonné, écrivait Turreau, de l’espèce de terreur qui s’empare de nos troupes et du peu de mesures que prennent les généraux pour s’opposer aux progrès de l’ennemi. » — 11 n’en persistait pas moins dans son plan. — « Il faut encore passer vingt mille de ces scélérats au fil de la baïonnette. » — Encouragé par l’approbation du comité de salut public, c’était en ces termes qu’il s’exprimait, lorsqu’il racontait les revers de ses lieutenants.
Ils ne réussissaient pas mieux dans le bas Poitou; Charette continuait à occuper le pays, en se portant d’un lieu à un autre et combattant seulement, lorsqu’il se trouvait en position avantageuse ou en nombre supérieur.
Mais la Vendée venait de faire une perte cruelle. Henri de La Rochejaquelein avait été tué le 28 janvier 1794. En poursuivant les républicains après un léger avantage qu’il venait de remporter à Nouaillé près de Chollet, il aperçut sur la route deux chasseurs républicains. On voulait les tuer : — « Non, dit-il, je veux les faire parler. « — Un d’eux se retourna, tira sur lui à bout portant; la balle le frappa à la tempe, il tomba mort; les Vendéens tuèrent le chasseur. Comme on voyait de loin arriver une colonne ennemie, on se hâta d’enterrer dans la même fosse La Rochejaquelein et son
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meurtrier. Ainsi finit celui de leurs chefs que les Vendéens ont le plus aimé, en qui ils avaient le plus de confiance, celui dont le nom est demeuré inséparable de leur glorieuse défense contre la tyrannie révolutionnaire : il avait vingt et un ans.
Comme nulle communication n’existait entre l’armée républicaine et les rebelles qu’elle exterminait : comme eux et les habitants vivaient non dans les villes ou les maisons, mais dans les bois, on ne savait rien chez les uns de ce qui se passait chez les autres. La mort de La Rochejaquelein ne fut connue que vingt jours après.
Stofflet demeura le seul chef de cette région. Vers le même temps M. de Marigny, qui avait réussi à passer la Loire, forma un rassemblement peu nombreux aux environs de Bressuire, au centre du pays de Bocage.
Le comité de salut public ne pouvait se refuser à voir que le plan de Turreau avait eu pour résultat de faire renaître la guerre de la Vendée; néanmoins le destituer ou le blâmer ouvertement était une détermination incompatible avec la politique de Robespierre et de la majorité de ses collègues. Barère se risqua seulement à placer dans un rapport quelques remarques sans conclusion.
— a Le comité se reposait sur l’esprit et sur les termes des décrets qui prescrivent de détruire et d’incendier les repaires des brigands, mais non pefe les fermes ou les demeures des bons citoyens. En vérifiant les faits, quel a été son étonnement quand il a vu les forces morcelées, et des rassemblements de brigands se former et se grossir de tous les mécontents que l’exécution barbare et exagérée des décrets avait suscités de nouveau dans un pays qu’il ne fallait que désarmer. »