‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 138 sur 168 · CONTINUATION DE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA GUERRE CIVILE

Un nouveau commissaire fut envoyé avec des pouvoirs illimités pour se faire rendre compte de la conduite de cette guerre. Hentz , que le comité avait choisi et qui déjà avait fait ses preuves dans les départements de l’ouest, n’était pas homme à réprimer les barbares exécutions deTurreau. Le général lui adressa un long récit de tout ce qui s’était passé depuis six semaines, rejeta sur les fautes de ses lieutenants les échecs de son armée , et ne désavoua aucune des mesures qu’il avait prises, s’obstinant à les croire nécessaires; il terminait en disant « qu’elles lui avaient mérité l'approbation du comité de salut public. »

Le comité se décida enfin à envoyer un général sage et honorable, pour « se concerter avec Turreau, et combiner un nouveau système de guerre ferme et exécutable. Il faut tuer les brigands et non pas brûler les fermes ; faire punir les fuyards et les lâches, enfin écraser totalement cette horrible Vendée. Le comité te confie le soin de combiner avec Turreau les moyens les plu s assurés d’exterminer toute cette race de brigands. Est-il possible, quand nous battons toutes les armées de l’Europe , que nous soyons sans cesse tourmentés par des brigands et des rebelles sans moyens? »

Dembarrère avait déjà paru dans la Vendée : il savait comment s’y passaient les choses; il n’avait qu’à lire les instructions qu’on lui donnait pour être convaincu que*le gouvernement voulait que la guerre fût conduite selon la politique jacobine; il trouva moyen de s’excuser et déclina cette mission.

Ainsi la guerre fut continuée telle que la voulait Turreau : ses colonnes parcouraient le pays, brûlant et massacrant ; les bandes vendéennes allaient se reformer par derrière. Un poste n’était pas plutôt aban-

ÉTAT DÉSASTREUX DES DÉPARTEMENTS DE t/OUEST. 475

donné ou confié à une garnison insuffisante, que les rebelles revenaient l’occuper. Cbarette, lorsqu'il était entouré et pressé, licenciait ses hommes; ils se dispersaient et se trouvaient au rendez-vous à quelques lieues plus loin. Les généraux ignoraient sans cesse où pouvait être Charette ; il passait alternativement d’un bord de la Sèvre à l’autre , du Bocage dans le Marais. La Cathelinière, autre chef moins important, mais fort redouté aussi des républicains, fut pris et fusillé; de l’autre côté, le plus brave et le plus habile des lieutenants de Turreau, Haxo, se tua au moment où il allait tomber entre les mains des rebelles.

Cependant tout le pays gémissait d’être livré à de tels désastres, à de telles horreurs. Les sociétés populaires, les comités révolutionnaires eux-mêmes réclamaient contre les incendies, contre les massacres qui exterminaient la population, souvent sans distinguer à quelle opinion , à quel parti appartenaient ceux qui étaient passés au fil de la baïonnette. Des plaintes s’élevaient de Fontenay, de Mortagne, de Luçon. Voici ce qu’écrivait à Turreau un commandant d’une des colonnes infernales :

— « J’ai fait fusiller trois particuliers, qui ont servi dans les brigands, et la société populaire de Luçon me dénonce comme un Néron parce que j’ai dit au président, qui paraissait blâmer cette manière d’agir, que je le ferais fusiller lui-même avec son comité, s’il favorisait de tels scélérats. Luçon est rempli de modérés, d’aristocrates et d’égoïstes; on voudrait, dans les incendies, épargner les patriotes; je le voudrais bien aussi, mais tes ordres sont calqués sur l’intérêt de la Hépublique. Il faut retirer aux armées brigandines les

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