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ÉTAT DÉSASTREUX DES DÉPARTEMENTS DE L’OUEST

conseil de guerre les fonctions du comité révolutionnaire et ordonna que les membres seraient arrêtés pour être conduits à Paris.

Les commissaires de la Convention jugeaient toutes choses comme Turreau ; ils écrivaient au comité de salut public que le plus mauvais esprit régnait partout, même à Angers, Saumur et Nantes. Fidèles aux haines des Jacobins, ils imputaient ce mécontentement général aux opinions qu’avait répandues Phélipeaux, et se félicitaient d’avoir appris sa mort et celle de Danton. Ils dénonçaient l’influence qu’avaient exercée Goupilleau et Bourdon de l’Oise pendant leur mission.

— « Voilà pourquoi les riches et les coquins des bords de la Vendée vous tourmentent de pétitions contre les généraux. Celte lisière de propriétaires a des parents ou des fermiers dans le pays insurgé; ces égoïstes aiment mieux leurs cousins ou leurs métayers que la République. Ainsi les brigands trouvent des patrons à Niort, à Fontenay et dans cet exécrable Luçon. Quels sont les généraux que ces scélérats calomnient? ce sont ceux qui tuent impitoyablement les brigands. Les pétitionnaires qui vont vers vous sont des contre-révolutionnaires détestés du peuple. »

A la ligne suivante , on lisait : — « Le pays est infâme, les aristocrates des villes ont trompé et acharné le peuple des campagnes. Les mesures qu’on appelle de rigueur sont des mesures d’humanité; elles tendent à terminer cette infâme guerre, en faisant sortir du pays le peu qui y reste d’hommes.

— «On vous parle de la richesse du pays : cela est vrai ; mais la population est détruite et il n’y reste que des assassins. Ce n’est plus une guerre que

nous faisons, c’est une chasse. Les plus forts rassemblements ne passent pas deux mille hommes, la Vendée ne peut présenter désormais rien d’alarmant. Les brigands n’ont plus d’organisation, plus de conseil, plus de centralité. Soyez assurés que la Vendée est un désert qui ne contient pas douze mille personnes vivantes. Au nom de la liberté, ne croyez pas à tout ce qu’on vous en dit. Surtout n’envoyez dans ce pays que des hommes forts de caractère et méfiants , qui ne se laissent pas tromper ; il faut ici Carrier ou quelqu’un de semblable à lui. »

Cette lettre était à la fois féroce et stupide. Les colonnes infernales avaient sans doute massacré les habitants par centaines; mais il restait une population nombreuse, errante ou réfugiée dans les forêts. Les soldats de Turreau éprouvaient chaque jour qu’il y avait encore beaucoup d’hommes en état de combattre. Quant aux habitants des villes, que les commissaires appelaient des aristocrates, c’était précisément les patriotes du commencement de la Révolution, qui au début de la guerre civile avaient été adversaires quelquefois trop zélés des Vendéens; mais, témoins et victimes de cette horrible conquête, frappés dans leurs affections de famille, ruinés par les réquisitions, le pillage et l’incendie, ils se plaignaient des généraux de la République. A cela se bornait l’audace de leur mécontentement.

Enfin , malgré la protection que lui accordaient Ilentz et Francastel, commissaires de la Convention , Turreau fut destitué au mois de mai 1 794.

Robespierrè l’avait longtemps défendu et empêcha que sa disgrâce ne fût complète. Il fut d’abord nommé

commandant de Belle-Ile en Mer. Un général peu connu du nom de Vimeux le remplaça.

Le comité de salut public, sans renoncer expressément au plan deTurreau, sembla supposer qu’on lui avait donné une exécution su disante. Il prit un arrêté dont les dispositions étaient telles qu’on pourrait les prescrire s’il s’agissait d’un pays entièrement dévasté.

« 11 sera fait dans chaque commune du département Vengé (c’était ainsi qu’on appelait la Vendée) un recensement exact de toutes les familles et des individus.

« Chaque chef de famille déclarera la consistance et l’étendue de son exploitation. S’il est fermier ou propriétaire, le nombre de ses chevaux, bestiaux, charrues et charrettes, la quantité de grains et de boisson qui lui restent.

« 11 sera dressé un état des tçrres qui ont été cultivées.

« On constatera s’il existe un nombre suffisant d’individus pour faire la récolte.

« On constatera s’il existe les bâtiments nécessaires, logements, fours, écuries, étables, granges, caves, greniers.

« On désignera le lieu où les récoltes pourront être déposées.

« On prendra pour la conservation et la sûreté des récoltes appartenant soit à l'État, soit aux particuliers, les précautions nécessaires.

« Dans les lieux où les récoltes seront exposées au pillage des brigands, on ne laissera au cultivateur qu’un approvisionnement de deux mois.

« On délivrera des grains pour ensemencer les terres.

4 On assurera !e payement des ouvriers et journaliers employés à la récolte.

« L’exécution de ces dispositions sera confiée à des citoyens choisis par le comité de salut public.

« La force armée appuiera et protégera les agents dans leurs opérations, qui s'exécuteront à mesure qu’on avancera dans le pays.

a La force armée parcourra en ordre et en force tout le pays, de manière à n’éprouver aucune résistance et que tout cède au nombre, à la force, à l’ordre et à la bonne tenue.

« On réglera le plan et l’ordre des opérations des agents, ainsi que la marche des troupes, dans une assemblée formée des agents de l’agriculture et des officiers généraux.

« Ce plan, qui ne sera qu’un itinéraire, sera dressé avec précision.

« Il est essentiel que toutes ces opérations, qui doivent précéder la récolte, s’exécutent dans le plus bref délai. »

Ce programme, qui semblait rédigé par une société d’agriculture, étrangère aux habitudes de la guerre comme à l'administration de la propriété, ne pouvait recevoir aucune exécution; mais comme ce n’était plus un système de destruction , comme le nouveau général n’était pas un homme féroce ni exalté, la Vendée éprouva quelque adoucissement des mesures révolutionnaires.

En même temps les projets que le comité, et Carnot surtout, avaient formés pour la campagne du printemps 1792 exigeaient que les armées destinées à prendre l’offensive sur les frontières reçussent des renforts considérables; on feignit de croire que la

guerre de la Vendée était à peu près finie'. llentz, Francastel et Bourbotte, les chauds partisans du système de massacre et d’incendie, avaient souvent affirmé sa complète efficacité ; ils auraient été embarrassés à se démentir; ainsi Carnot leur écrivait qu’ils ne feraient sans doute nulle objection aux ordres donnés pour enlever plus de vingt-cinq mille hommes aux armées de l’Ouest, afin de renforcer les armées de la Moselle , du Nord et des Pyrénées.

Sur la rive droite de la Loire , Rossignol «avait fait la guerre aux Chouans avec moins de cruauté, mais sans plus de succès que Turreau. Les bandes étaient composées d’un bien moindre nombre d’hommes qu’en Anjou ou en Poitou, et plus difficiles à atteindre; il écrivait :

— « Le nombre et l’audace des Chouans augmentent chaque jour. Je viens de faire encore une course de plusieurs jours et de plusieurs nuits; malgré toutes mes recherches, nous n’avons pu parvenir à les rencontrer. La lassitude nous force à rentrer dans nos cantonnements. 11 faudrait envoyer de la troupe, afin d’établir des postes plus rapprochés. On compte dans nos cantons plusieurs bandes de deux ou trois cents hommes. Il ne se passe pas de jour sans que quelques patriotes soient massacrés dans la campagne. »

Ainsi s'exprimait le rapport de l’adjudant général

Savarv.

Rossignol, comme Turreau, fut destitué et remplacé par le général Moulin, qui depuis fut membre du directoire exécutif. On retira aussi des troupes à cette armée. Kléber, qui y était resté, fut appelé

1 Dépêche de Carnot.

à l’armée de Sambre-et-Meuse. Le comité de salut public paraissait déterminé à employer toutes les forces militaires contre les armées étrangères. Là devait se décider le sort de la République ; elle n’était plus menacée dans son existence par la guerre civile ; il suffisait de contenir la rébellion.

— « L’armée ne livrera aucun combat inutile ; elle se portera en force aux lieux où il y aura des rebelles à punir. Le plus grand ordre, la plus exacte discipline sont indispensables; il faut que les avant-gardes et les postes avancés ne soient jamais surpris. »

C’était ainsi que la guerre de la Vendée devenait à peu près une guerre défensive. Vers ce même temps , au commencement de juin, Stofflet et Cbaretle avaient concerté leurs mouvements, réuni leurs forces pour quelques jours et obtenu des succès plus notables en Anjou. Presque tous les postes situés dans l'intérieur du Bocage avaient été retirés et reportés sur * les limites de cette région. La situation était devenue si mauvaise que le général Vimeux, alléguant son âge et ses infirmités, conjurait le comité de lui accorder sa retraite. — « H y a encore , disait-il , des combats à livrer et bien des brigands à détruire. Non-seulement nous les trouvons en force, mais ils nous attaquent. Sans doute cette guerre n’est plus dangereuse pour la politique de la République; mais vous répondre qu’elle sera finie dans quelques décades, il faudrait être ignare ou charlatan pour vous tenir ce langage. » il y avait pourtant un moyen de terminer la rébellion de la Vendée, et ce moyen commençait à être aperçu, même avant le 9 thermidor, par le comité de salut public. Depuis que la guerre se faisait sans férocité, depuis que les colonnes infernales ne parcou-

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