STOFFLET ET LABBÉ BERSIER
Stofflet pour faire la guerre, il devait y en avoir moins encore pour faire la paix.
Charette se décidait à négocier; c’était une raison pour que Stofflet s’y refusât.
Sur ce point il subissait encore l’influence de l’abbé Bernier. L’armée d’Anjou n’était point bloquée et menacée de manquer de vivres, comme l’armée de Charette; ainsi on pouvait ne point se presser, ne point accepter les conditions auxquelles il était contraint de se soumettre, et l’on trouverait avantage à traiter séparément. Bernier voulait une négociation qui serait conduite par lui seul, où il se présenterait comme le personnage principal de la guerre civile. Son importance eût paru moindre s’il se fût mêlé à Charette et aux chefs des Chouans.
D’ailleurs, il connaissait trop bien son pays et l’esprit des populations pour partager les espérances illusoires que le parti royaliste plaçait sur la paix qui allait être conclue. Croire aux avantages d’une trêve, se flatter de donner pendant ce temps-là, une meilleure organisation aux armées rebelles, de former des magasins, de se procurer des munitions, de ranimer le courage fatigué des paysans, c’était, Bernier le savait bien, se bercer de vaines idées. Il voyait que cette paix mettrait fin à la guerre de la Vendée, qu’elle éteindrait à jamais le feu et le dévouement des habitants des campagnes; il se rendait compte des circonstances qui avaient donné une telle grandeur et un tel éclat à cette guerre. Tant d’enthousiasme et d’illusions dans l’insurrection, tant d’absurdité et de barbarie dans le gouvernement ne pouvaient se reproduire une seconde fois’.
* Notes manuscrites de l’abbé Bernier
ST0FFLET ET l’aBBÉ BEBNIF.R. 511
Au moment où Charette venait de se décider à une conférence avec les représentants du peuple, l’abbé Bernier fit signer par le conseil militaire de l’armée d’Anjou une proclamation adressée aux républicains qu’il appelait des Français égarés, de même que, de son côté, la Convention nommait les Vendéens des frères égarés. Après une guerre de massacres, on se faisait une guerre de phrases : les uns parlant d’humanité, de concorde, d’amour de la patrie; les autres,. de loyauté, de constance, de fidélité à leur parole; sous ces mots, il n’y avait rien de vrai. Le gouvernement républicain comprenait l’impossibilité actuelle de continuer la guerre; les chefs Vendéens voyaient la nécessité d’une trêve. A peine avait-on la prétention de se tromper les uns les autres.
La proclamation de l’abbé Bernier était intitulée au nom du roi : elle était plus injurieuse que persuasive.
— « Teints du sang de nos rois, souillés par le massacre d’un million de vict imes, par l’incendie et la dévastation de nos propriétés , quels sont vos titres pour nous inspirer la confiance et la sécurité?De quel droit nous offrez-vous un pardon que ce serait à vous de demander? Si vos vœux étaient sincères, si vos cœurs changés voulaient réellement la paix, nous vous dirions : Rendez à l’héritier de nos rois son sceptre et sa couronne; à la religion son culte et ses ministres; à la noblesse ses biens et son éclat; au royaume son antique et respectable constitution, dégagée des abus que le malheur des temps y avait introduits. Alors oubliant vos torts, nous volerons dans vos bras : sans cette condition, nous méprisons une amnistie que le crime ne doit jamais offrir à la vertu et nous bravons