‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 152 sur 168 · CONFÉRENCE 1>ES REPRÉSENTANTS ET DE CHARKTTE · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE 1>ES REPRÉSENTANTS ET DE CHARKTTE

la Vendée, mais elles conserveront un libre [tassage sur les routes qui conduisent aux Sables et à la Rochelle, sans pouvoir [tasser plus de deux jours aux étapes.

« La liberté du commerce et des convois sera protégée par la force armée vendéenne.

« Les républicains qui sont venus dans la Vendée pourront y rester; s’ils veulent rentrer dans leurs foyers, ils auront sûreté pour leurs personnes et jouissance de leurs propriétés. »

Le dernier article n’était pas une demande, mais une sollicitation.

« Les habitants de la Vendée, convaincus que les émigrés ont toujours le cœur français, et que la persécution seule les a forcés à fuir sur un sol étranger, sollicitent la Convention de leur accorder la faculté de rentrer dans leur patrie pour y jouir des bienfaits de la pacification ; ils réclament la même faveur pour les ministres du culte catholique qui ont été déportés. » De telles propositions n’étaient pas admissibles; comment consentir à faire du territoire de la Vendée une province indépendante sous le pouvoir souverain des chefs de l’insurrection? Ni la raison, ni la victoire ne les autorisaient à élever de pareilles prétentions; elles donnèrent lieu à de longues discussions. L’assemblée des plénipotentiaires était nombreuse : Charette avait amené avec lui quatre de ses officiers supérieurs et quatre employés civils. Les représentants étaient au nombre de onze. L’habitude des assemblées et des clubs, le langage déclamatoire qu’ils portaient même dans la conversation, leur argumentation qui se composait de phrases plus que de raisonnements, convenaient assez mal à une négociation. Parfois, ne s’étant pas mis d’accord avant la conférence, ils se eontredi-

saient les uns les autres. Cette façon de traiter les affaires, ce ton et ces gestes de tribune étonnaient les Vendéens. Ils n’étaient point préparés à ce genre de combats ; peu lettrés, vivant depuis deux ans au milieu des bois, parmi une population rude et agreste, complètement étrangers aux questions politiques qui pendant la guerre civile avaient divisé et déchiré la Convention ou les divers partis révolutionnaires, ils écoulaient sans répondre, comme s’ils avaient ignoré la langue de leurs interlocuteurs. Après la conférence, ils rédigeaient à loisir des espèces de notes ou de factum pour les lire le lendemain. Leur discussion n’était ni habile, ni ménagée. Souvent ils exprimaient leurs idées et leurs réclamations avec une certaine rudesse, dont les représentants auraient pu être choqués. Ils se contentaient de répliquer par de nouvelles et pompeuses harangues1.

Cinq jours après l’ouverture des conférences, la négociation fut terminée , et des deux parts on arriva à s’accorder sur les conditions de la paix. Elles ne pouvaient former le texte d’un traité. La Convention n’aurait jamais consenti à reconnaître l’insurrection de la Vendée comme une puissance avec laquelle il fallait négocier sur le pied d’égalité. Les représentants donnèrent aux stipulations concertées la forme d’arrêtés , qu’ils délibérèrent et signèrent , en vertu des pleins pouvoirs dont la Convention les avait revêtus.

Ces arrêtés étaient au nombre de cinq. — « L’exertice libre, paisible et intérieur d’un culte quelconque sera garanti. Les ministres de tous les cultes ne pour-

' Notes do M. Auvynet.

ront être troublés, inquiétés, ni recherchés. » Ce3 termes s’appliquaient implicitement aux prêtres insermentés. — « Les personnes des chefs et des habitants insurgés de la Vendée qui se soumettent aux lois de la République une et indivisible sont à l’abri de toutes recherches pour le passé. — « Il sera accordé des secours et indemnités aux habitants de la Vendée, pour aider à leur subsistance, pour relever leurs chaumières et leurs maisons , pour rétablir l'agriculture et faire revivre le commerce. » Cet article se rapportait aux patriotes réfugiés aussi bien qu’aux insurgés. Aucune distinction n'était faite entre les uns et les autres. Sur ce point, les demandes de Charetle étaient complètement repoussées.

Elles étaient admises quant à l’annulation des séquestres et confiscations.

« Les Vendéens, sans profession ni état, étaient li bres d’entrer dans les troupes de la République. » — Une garde territoriale do deux mille hommes, au plus, serait organisée par les représentants , soumise aux autorités constituées, et soldée par le trésor public; elle devait être recrutée dans la Vendée.

« Deux millions étaient affectés à rembourser les bons signés par les chefs vendéens des armées du bas Poitou et du Centre, et par les commissaires aux vivres ou autres délégués. »

Charette et les chefs vendéens exprimèrent leur assentiment à la paix et aux conditions qui venaient d’être réglées par une déclaration ainsi conçue :

« Des attentats inouïs contre notre liberté, l’intolérance la plus cruelle, le despotisme, les injustices, les vexations les plus odieuses nous ont mis les armes à la main.

« Nous avons vu avec horreur notre malheureuse patrie livrée à des ambitieux qui, sous le masque du patriotisme et de la popularité , aspiraient à une dictature perpétuelle. Nous avons discerné leurs projets, et nous avons tenté les derniers efforts pour rétablir l’autorité que, dans nos principes, nous regardions comme légitime.

« Tant qu’un gouvernement oppressif a privé nos concitoyens de leurs droits les plus précieux , nous avons soutenu les nôtres avec constance et fermeté. Nos malheurs nous ont donné des forces ; le désespoir nous a prêté son affreux secours, et nous a inspiré la résolution de mourir plutôt que de vivre bous une pareille tyrannie.

« Enfin, le règne du sang a disparu; les coryphées de la secte impie qui couvrait la France de deuil ont payé de leur tète leurs criminels desseins.

« Le représentant Ruelle, ami de l’humanité et des lois, est venu nous apporter des paroles de paix. La confiance, détruite par les actes de barbarie qui ont précédé sa mission , a pu renaître; nous n’avons eu aucune répugnance à des rapprochements qui devaient mettre un terme aux calamités qui nous déchirent.

« De nouveaux représentants , dignes de notre estime , ont été adjoints au premier. Nous leur avons fait connaître nos intentions et le désir d’une pacification sincère, garantie par l’honneur.

« Dans les conférences, nous nous sommes appliqués à faire connaître ce qui importe au bonheur de notre pays, ce que la prudence et la sagesse des représentants pouvaient nous accorder, afin d’atteindre à une pai\ si désirable. Réunis, sous une même tente,

nous avons senti plus fortement encore que nous étions Français, et que le bien général de la patrie devait seul nous animer.

« C'est dans ces sentiments que nous déclarons solennellement à la Convention nationale et à la France entière, nous soumettre à la République française une et indivisible ; nous reconnaissons ses lois, et nous prenons l’engagement formel de n’y porter aucune atteinte.

« Nous promettons de remettre le plus tôt possible l’artillerie qui est entre nos mains, et nous prenons l’engagement solennel de ne jamais porter les armes contre la République. »

Fait sous la tente, le 29 pluviôse, an m de la République

Cette déclaration fut signée de Charette , de ses principaux ofliciers et de son secrétaire Auvynet. Sapinaud , chef de l’armée du Centre, et son état-major, signèrent aussi. Cormatin et Solilhac, chefs de Chouans, avaient déjà conféré à Nantes avec les représentants et avaient promis de se soumettre aux conditions qui seraient réglées avec Charette; ils signèrent de même, mais ils ne pouvaient s’engager pour les autres bandes de la Bretagne; ainsi, la clause relative à la rive droite de la Loire avait un caractère spécial et conditionnel; les articles convenus devaient être appliqués seulement aux Chouans qui se soumettraient aux lois de la République.

Le général Canclaux ne fut pour rien dans la négociation : Charette témoigna assez vivement le désir de le voir admis à la conférence, mais les représentants

* 17 février 4795.

ne consentirent pas à l'y faire appeler; Canclaux luimême ne le souhaitait point. Il savait combien les commissaires de la Convention étaient jaloux de leur souveraine autorité. D’ailleurs , la lettre que lui avait adressée M. de Puisaye l’avait exposé à une méfiance qu’on ne lui témoignait pas, mais qu’il pouvait craindre.

Aussitôt après la signature, il entra dans la tente ; Charette, qui lui .avait toujours témoigné une cordiale déférence, s’avança vers lui pour l’embrasser : — « C’est un républicain que j’embrasse, » dit le général, gêné sans doute par cette intime courtoisie.

Aussitôt après la signature, Charette partit en toute hâte pour Belleville, où Delaunay et les officiers qui s’étaient opposés à la paix soulevaient la population contre lui , et appelaient aux armes les paysans des environs de Belleville et d’Airenay.

Il venait de quitter laJaulnaye, lorsqu’on vit arriver Stofflet avec l’abbé Bernier et une escorte de cavaliers. Il avait probablement l’intention de prendre part au traité. Déjà plusieurs de ses officiers avaient eu de lui la mission de se rendre à Nantes , et ils étaient en pourparler avec les représentants. Lors qu’il apprit que tout avait été conclu et signé sans lui , il entra en fureur, et repartit en criant : — & Au diable la République ! au diable Charette ! »

La fermentation était déjà vive à Belleville, et Charette y arriva à propos. Les officiers , qui l’avaient quitté, répandaient partout qu’il avait été gagné, qu’il avait reçu de l’argent , qu’il s’était fait républicain , et allait marcher avec les bleus contre la Vendée. — » Eh bien, répondaient les plus turbulents,

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