‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 153 sur 168 · CHARETTE VIENT A NANTES · texte numérisé non relu

CHARETTE VIENT A NANTES

nous nous sommes souvent battus sans lui, nous nous battrons contre lui. »

Il assembla ses chefs de division.

« Croyez-vous, leur dit-il, que je sois devenu républicain depuis hier ? — Non , non ! répondirent-ils , nous avons toujours confiance en vous. — Eh bien ! croyez que si j’ai fait la paix , c’est par de bonnes raisons. J’ai des projets que vous approuverez quand vous les connaîtrez. « Vive le roi ! » lis répétèrent ce cri de guerre : — «Camarades, dit-il aux paysans, on vous trompe, la paix est faite, retournez chez vous; ne vous inqùiétez pas et demeurez tranquilles. »

Tout rentra dans l’ordre; la sédition fut calmée, il donna l’ordre d’arrêter Delaunay, qui avait déjà pris la fuite pour se réfugier à l’armée d’Anjou; les autres officiers confessèrent leur tort et obtinrent son pardon. Une proclamation expliqua, sinon les projets, du moins les motifs de Cbarette pour- conclure la paix. Il montrait qu’elle était faite surtout dans l’intérêt de la population des campagnes. — « Nous n’avons songé qu’à vous; nous avons tout sacrifié à votre bonheur; comment supporterions - nous l’affreuse idée qu’en voulant vous rendre heureux, nous vous trouverons ingrats? »

Charette avait promis aux représentants de se montrer à Nantes afin de donner un éclatant témoignage de la pacification. Il hésita pendant quelques jours à tenir cet engagement; il éprouvait une extrême répugnance à une telle démarche. Presque tout son entourage» même ceux de ses officiers qui avaient désiré la paix, pensaient que c’était faire acte de soumission et orner

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le triomphe de la République; d’autres conseillers y voyaient une rupture éclatante avec Stofilet, et priaient Cliarette d’attendre que le chef de l’armée d’Anjou eût accepté le traité ou en eût conclu un autre. Ce n’était pas un moyen de persuasion, car l’irritation était devenue extrême et passionnée entre les deux généraux vendéens. D’ailleurs, les officiers que Stofilet avait envoyés à Nantes, mécontents de sa résistance à la paix , consentaient à signer pour leur propre compte la déclaration de la Jaulnaye. M. de Scepeaux et trois autres chefs de Chouans venaient aussi ajouter leur signature à celles de Cormatin et de Solilhac.

Le 26 février, Charette fit son entrée à Nantes, à côté du général Canclaux, et accompagné de quatre de ses principaux officiers; il portait le panache blanc et tous les signes du parti royaliste, et consentit pourtant à les quitter après quelques instants. Le peuple courait en foule pour voir ce chef redoutable , dont on était sans cesse occupé depuis deux ans, qui avait tenu en échec les armées de la République et dont le nom avait si souvent effrayé la ville de Nantes. Bien qu’il fût le héros et le défenseur d’une cause qui était loin d'être populaire , il semblait que le triomphe fût pour lui; les représentants, dans leurs voitures que surmontait un bonnet de la liberté, n’étaient regardés que comme faisant partie de son cortège. On étouffa quelques cris de : «Vive le roi ! » Le mot d’ordre était de crier : « Vive la paix ! » mais on entendait aussi : « Vive Charette! » A cette époque, Carrier et le règne de la Terreur avaient fait oublier la haine et la crainte que les Vendéens avaient inspirées aux habitants de Nantes.

Charette se laissa conduire à la société populaire,

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puis au théâtre. Au milieu de cet empressement de la foule, de cette affectation de cordialité avec laquelle le traitaient les chefs républicains, il parut réservé et soucieux; son regard morne exprimait le regret et l’embarras du rôle qu’il avait consenti à jouer.

11 logea pour une nuit dans la maison de M“* Gasnier, où demeuraient aussi plusieurs des conventionnels. Dès le lendemain, il retourna à son quartier général de Belleville.

Pendant ce temps, Slofflet se livrait à une fureur insensée; il avait envoyé un détachement pour se saisir de Sapinaud, qu’il voulait punir d’avoir signé avec Charette la déclaration du 17 février. Ne le trouvant point, car il s’était réfugié à Belleville, on mit au pillage le quartier général de la petite armée du Centre. Stofïlet marcha lui-même sur Cerisaie, afin d'arrêter Richard qui avait adhéré à la pacification. Richard lui échappa aussi, mais il fit sabrer un officier de son armée d’Anjou pour avoir mis aussi sa signature à la déclaration.

Le 2 mars, l’abbé Bernier proposa et fit accepter par Stofflet et le conseil militaire, un arrêté qui flétrissait le « lâche abandon que MM. Charette, Sapinaud, de Couetus, Fleuriot, de Bruc et Bejarry, avaient fait de leur poste pour se réunir aux ennemis de l’Etat. « Puis, afin d’arrêter par des mesures promptes et vigoureuses les progrès de la séduction et offrir aux peuples restés fidèles à Dieu et au roi, un centre d’union et un point de ralliement, un appel était fait à tous les officiers royalistes, promettant de les incorporer à l’armée d’Anjou. Des dispositions pénales étaient prononcées contre quiconque entrerait en communication avec des républicains, ou affaiblirait, par

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