SOUMISSION DES CHOUANS
les chefs qui recevaient des instructions et des encouragements de la part des princes émigrés , ni par les paysans prêchés par les prêtres ou accoutumés à une vie de brigandage. Le comité de salut publie, et en-' core bien plus ses commissaires, semblaient fermer les yeux à un tel état de choses et vouloir la paix à tout prix. La politique du gouvernement conventionnel consistait en ce moment à prendre son appui et sa force dans l’opinion publique, sauf à user plus tard de son pouvoir contre une réaction royaliste ou hostile à la Révolution. D’ailleurs les modérés ne savaient pas faire une juste distinction entre la guerre atroce et insensée de Turreau et la guerre conduite avec fermeté et bonne discipline, comme l’avait conçue Kléber, comme Hoche la voulait.
Les représentants, parmi lesquels se trouvaient Lanjuinais et Defermon , parvinrent enfin à obtenir une nouvelle signature de Cormalin et d’un assez grand nombre de chefs de chouans. D’autres s’étaient éloignés et protestaient encore contre la pacification. Les conditions étaient les mêmes que pour la Vendée; mais on amnistiait les récentes infractions à des engagements déjà consentis auparavant. Croire que ceux-ci seraient plus fidèlement observés et qu’on avait réellement pacifié la Bretagne, c’était fermer les yeux à l’évidence.
Néanmoins les Vendéens et les chouans étaient plus trompés que trompeurs dans cette fausse paix; elle devait nécessairement les affaiblir et donner plus de puissance au gouvernement de la République. En recommençant la guerre, ils étaient destinés à combattre à armes encore moins égales qu’au moment où ils faisaient le semblant de se soumettre.
GUERRE AVEC l’eSPAGXE.
La Convention, ou du moins la grande majorité, se montra donc satisfaite et triomphante d’avoir apaisé la guerre civile. Pendant qu’elle approuvait la conduite de ses commissaires et déclarait que les armées de l’Ouest avaient bien mérité de la patrie , la Bretagne restait encore livrée à de déplorables désordres. En même temps les émigrés , leurs agents et le ministère anglais s’occupaient à renouveler et à soutenir la guerre civile. De son côté, le gouvernement de la République mettait à profit cet armistice qu’il lui convenait d’appeler la paix.
Un traité véritable, dont l'importance était grande, allait bientôt être conclu. Peu après le 9 thermidor, le comité de salut public avait su avec certitude que le gouvernement espagnol était disposé à la paix. Depuis ce moment des négociations avaient été entamées d’une manière occulte, sans que le comité s’y montrât empressé ; mais il ne repoussait point la pensée ni l’éspérance de faire reconnaître la République française par un prince de la maison de Bourbon.
La cour d’Espagne avait, dès le commencement de la révolution française, manifesté son aversion des atteintes portées au pouvoir et à la dignité du roi. Toutefois, menacée d’une rupture avec l’Angleterre, elle eut recours au gouvernement constitutionnel de Louis XVI et réclama les stipulations d'alliance portées dans le pacte de famille. Un rapport de Mirabeau, présenté le ‘25 août 1790, tout en blâmant le nom et l’esprit de ce traité, reconnaissait l’engagement pris de secourir l’Espagne dans une guerre défensive, et démontrait que la France avait intérêt à y être fidèle.