‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 160 sur 168 · GUERRE D ESPAGNE · texte numérisé non relu

GUERRE D ESPAGNE

ganiser. » — Pache répondit que la Convention n'avait ouvert aucun crédit aux représentants envoyés en mission.

Lorsque les opérations commencèrent, l’armée était devenue plus nombreuse, mais non pas mieux exercée. Aussitôt après le début de la campagne, la frontière fut passée par les Espagnols, et les troupes françaises se retirèrent sous le canon de Perpignan et de Bayonne. L’établissement de deux camps retranchés arrêta les progrès des ennemis.

Le général Servan avait d’abord commandé l’armée des Pyrénées, Elle fut divisée en deux corps qui étaient trop éloignés pour concerter leurs mouvements. Servan fut général en chef de l’armée des Pyrénées occidentales. Fiers , Pujet, Barbantanne , Dagobert, Daoust se succédèrent à peu d'intervalle dans le commandement de l'armée des Pyrénées orientales.

Pendant l’année 1 793, les Espagnols avancèrent peu sur le territoire français. Les soldats républicains ac- ’ quéraient de l'expérience, apprenaient la discipline et recevaient de leurs ofiiciers l’exemple du courage et de la fermeté. L’armée des Pyrénées occidentales plus nombreuse arrêta complètement l’ennemi et se maintint sur la Bidassoa, frontière des deux pays. La guerre fut plus animée aux Pyrénées orientales et plus heureuse pour les Espagnols qui s'emparèrent de Bellegarde. Fiers et Daoust avaient été envoyés au tribunal révolutionnaire et à l’échafaud, non pour avoir manqué de courage et de patriotisme, mais pour expier leur naissance noble. Turreau , puis Doppet avaient ensuite commandé l’armée ; ils s’étaient chargés de la révolutionner et de l'épurer par la guillotine,

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mais ne l'avaient pas conduite à la victoire. Les succès de l’ennemi avaient été, au contraire, moins contestés que sous leurs prédécesseurs. Les villes de la côte, Collioure, Port-Vendres, Saint-Lime étaient occupées.

Au mois de janvier 1794, Dugommier, qui venait de se signaler par la prise de Toulon , fut envoyé à l’armée des Pyrénées orientales ; en même temps elle reçut quelques renforts. Le comité de salut public avait délégué pour commissaires Soubrany et Milhaud, tous deux ardents révolutionnaires; leur correspondance avec la société des Jacobins pouvait faire supposer une tyrannie cruellement exercée sur les départements de la frontière, pourtant ils se comportèrent en hommes sensés et ne portèrent pas l’indiscipline et le désordre dans l’armée; ils ne décimèrent pas les officiers, sous prétexte d'incivisme, et ne dénoncèrent pas comme contre-révolutionnaire le brave général Dugommier. Sans substituer leurs projets à son expérience et leur volonté à la sienne, associés à lui pour l’aider de leur autorité et pour l’accompagner devant le feu de l’ennemi, ils contribuèrent à la réorganisation de l’armée; de sorte qu’au mois d’avril, lorsque la campagne allait s’ouvrir , ils pouvaient écrire à la Convention : — « Les vieux militaires disent qu’on n’a jamais vu de troupes plus belles et mieux tenues; les amis de la liberté et de l'égalité n’en ont jamais vu de plus républicaines. Les soldats et les généraux, animés du même amour pour la patrie, sont unis par les liens indissolubles du courage et de la fraternité philanthropiques. Le général Dugommier va exécuter un vaste plan d’attaque générale par terre et par mer, dont le succès doit

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anéantir l’armée espagnole; les bonnes dispositions militaires déjà prises, l’excellente composition et l’ardeur de l’armée sont le garant de nos brillantes espérances. » — Vinsi, sur cette frontière, comme sur le Ilhin et la Meuse, l’hiver avait été employé à exercer les nombreux soldats qui avaient été levés pendant l’année 1793, à les discipliner, à fournir à leurs besoins par une meilleure administration; les généraux en chef n’avaient plus été proscrits au gré des Jacobins, ni destitués selon le caprice des représentants en mission. Carnot avait pu les maintenir, les sauver ou les réintégrer après leur disgrâce. Dugommier, comme Pichegru et Jourdan, pouvait exécuter le plan qu’il avait conçu et conduire l’armée qu’il avait formée.

Dès la fin d’avril, il entra en Cerdagne par sa droite; la Seu d’Urgel fut emportée par une attaque de nuit. Le général Dagobert, qui avait été chargé de cette expédition, succomba à des fatigues que ne comportait pas son âge avancé. C’était un des généraux que les représentants jacobins avaient destitués du commandement; il avait repris du service sous le général Dugommier; la Convention, pour honorer sa mémoire, ordonna que son nom serait inscrit au Panthéon.

Peu de jours après, le camp retranché que l’armée espagnole occupait pour garder le passage des montagnes, tomba au pouvoir des Français. Le comte de La Union, commandant de l armée espagnole, trompé par une manœuvre habile de Dugommier, avait porté ses forces sur un point où n’était point dirigée la véritable attaque; il perdit tout son pare d’artillerie et ses magasins, quinze cents prisonniers, parmi les-

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