‹ Histoire de la Convention nationale. T. 5Chapitre 161 sur 168 · GUERRE D’ESPAGNE · texte numérisé non relu

GUERRE D’ESPAGNE

quels se trouvaient un officier général et trois colonels : ce fut une déroute complète.

Les villes de la côte furent délivrées et Dugommier poursuivit son invasion de la Cerdagne avec une activité infatigable; bientôt il allait pénétrer en Catalogne en suivant la route qui longe la côte. Cependant les Espagnols occupaient encore la place forte de Bellegarde; elle était investie et bloquée, de sorte que la capitulation ne pouvait tarder. Le comte de La Union tenta un grand effort pour délivrer ou ravitailler cette importante forteresse. Le combat fut obstiné de part et d’autre. Un général français, Mirabel, fut tué, Augereau et Sauret blessés; mais enfin la journée se termina au grand avantage de l’armée française, et les Espagnols, après avoir perdu plus de deux mille hommes, se retirèrent en désordre.

Une dernière victoire honora le courage et le talent de Dugommier. Le 17 novembre 1794, il attaqua l’armée espagnole devant Eiguières; mais il fut tué par un obus pendant la bataille; elle ne fut complètement gagnée que dans la journée du 20, sous le commandement du général Pérignon : à l’attaque de la dernière redoute du camp espagnol , le comte de La Union fut frappé mortellement d’une balle. Ainsi les généraux des deux armées qui, avec une égale vaillance, mais non point avec la même habileté, ni avec des soldats pareils , venaient de lutter pendant une année l’un contre l’autre, tombèrent sur le même champ de bataille; Dugommier ne put jouir de son triomphe : son adversaire expira lorsqu’il n’espérait plus d'éviter une défaite.

Le comte de La Union était le second fils du duc de San Carlos : il s’était fort distingué en 1791 dans la

GUERRE d’f.BPAGNE.

guerre que l’Espagne eut à soutenir contre le Maroc; puis dans la première campagne aux Pyrénées orientales où il commandait une division sous le général Ricardos, qui mourut peu de temps après. La Union, qui avait toute la confiance du gouvernement espagnol, fut mis à la tête de l'armée, au grand mécontentement de plusieurs officiers généraux plus anciens que lui. Sa bravoure ne fut jamais mise en doute, mais les fautes qu’il commit furent remarquées par Dugommier, comme on peut le voir dans sa correspondance, et il sut habilement en profiter.

Ils eurent ensemble un différend d’une extrême gravité. Lorsque la garnison espagnole de Collioure fut contrainte à capituler, il fut stipulé qu’elle serait prisonnière de guerre pour être échangée contre un nombre pareil de prisonniers français. Le comte de La Union prétendit que le commandant n’avait pas de pouvoirs suffisants pour consentir à une telle condition. Dugommier avait par avance renvoyé cette garnison en Espagne. On refusa de lui rendre les prisonniers français; le général ennemi promit seulement qu’elle ne porterait pas les armes contre la France. Une correspondance s’engagea entre les deux généraux; elle fut de part et d’autre très-discourtoise et lorsque la Convention en eut connaissance, il fut prononcé à la tribune des paroles aussi injurieuses que pouvait en dire Barère. Le décret, qu’il proposa et qui fut voté, dénonçait le général espagnol à tous les peuples comme violateur du droit des gens et de la foi des traités; en même temps il était déclaré qu’à l'avenir, il ne serait plus fait de prisonniers espagnols et que tous les nobles et prêtres espagnols qui pourraient être saisis seraient gardés comme

Page 1